Publicité

Seetulsingh : ?J?accuse?

15 février 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

■ La Commission nationale des droits de l?homme (CNDH) n?y est pas allée de main morte dans la partie appelée ?Issues and Questions?. Ses sept pages sont une cinglante mise en cause de la façon de procéder de la Major Crime Investigation Team (MCIT), de l?incohérence des propos des officiers interrogés et d?un système bien trop complaisant envers une équipe connue pour ses méthodes ?lourdes?. Elle tente d?empêcher que de tels drames ne se reproduisent.

Pour accomplir cela, la CNDH estime que ?le commissaire de police doit définir clairement le rôle de la MCIT. La très bonne réputation internationale dont jouit Maurice pour son respect des droits humains ne doit pas être mise en danger?.

La Commission précise qu?une enquête policière ne doit pas résulter ?en la mort d?une autre personne?. La raison d?être de ces commentaires, dit la CNDH, est que ?les explications faites à la Commission ne sont pas satisfaisantes?.

Mais ce n?est pas seulement la MCIT qui est montrée du doigt car, comme le souligne la Commission, ?ce cas demande des commentaires sur les enquêtes policières que la CNDH a déjà faits mais qui, malheureusement, n?ont pas été entendus?. En péchant par omission, les autorités ont donc leur part de responsabilité dans cette affaire.

Il faudrait, avance la Commission, que les aveux soient enregistrés sur des cassettes-vidéo ou devant un magistrat. Ou encore introduire un système de juge d?instruction pour créer une sorte de ?contrôle judiciaire sur les enquêtes policières?. Mais ces recommandations, la Commission les a déjà faites ?

?Ramlogun a été amené de Lallmatie à 14 h 30 le jeudi 12 janvier 2006 pour être interrogé.? Et pourtant, relate la CNDH, le procès-verbal complété par le PC Manaroo affirme que le personnel de la MCIT l?avait arrêté à 16 heures.

Tels les maillons d?une longue chaîne d?anomalies, les témoignages de la MCIT frappent par leurs incohérences. ?Le PC Potié a affirmé qu?un parent avait téléphoné à la MCIT ce soir-là ? 12 janvier ? et a été informé que Ramlogun serait détenu à Port-Louis, mais aucune entrée à cet effet n?a été faite dans le Diary Book.?

Le témoignage du chef de la MCIT, Prem Raddhoa, n?est pas l?exception qui confirme la règle. Reprenant ce témoignage, la Commission rappelle que Prem Raddhoa avait l?intention ?d?utiliser Ramlogun éventuellement comme témoin de la police?. Or, c?est seulement le 13 janvier qu?Avinash Ramgotee a fait une déclaration aux officiers de la MCIT dans laquelle il impliquait son oncle dans le meurtre des belles-s?ur Jhurry.

?Aucun des officiers de la MCIT ne pouvait dire avec précision quelles preuves ou informations existaient de l?implication de Ramlogun dans le meurtre des belles-s?urs Jhurry. Ramlogun devait aider la police qu?il avait accompagnée volontairement. Il a été soumis à un lourd interrogatoire. Il n?y avait pas de mandat d?arrêt.? La Commission s?insurge contre une police qui ?enlève un citoyen de chez lui, qui l?amène au quartier général et qui l?interroge pendant plusieurs heures sans l?informer s?il est un suspect et s?il a droit à l?assistance d?un avocat et aussi sans lui permettre d?informer ses parents du lieu où il se trouve?. Elle fustige l?absence d?un ?protocole qui gouverne la conduite des officiers de la police quand elle emmène un détenu à l?hôpital, qui garantirait une équité pour tout un chacun et qu?il ne laisserait aucune marge de man?uvre pour des abus?.

La CNDH veut aussi des réponses à ses questions. ?Ramlogun n?a fait aucune plainte ? contre la brutalité policière ? au magistrat mais pouvait-il se permettre de le faire en présence d?officiers de la MCIT ? Pourquoi a-t-il été accusé de complicité de meurtre alors qu?il n?y avait aucune preuve contre lui ? N?incombe-t-il pas aux magistrats de demander aux accusés, surtout dans les affaires sérieuses, et même pour des accusations provisoires, s?ils ont pu retenir les services d?un avocat ??

La Commission a tranché. Si elle n?a pas obtenu des réponses à toutes ses questions, elle sait pertinemment bien ce qui ne fonctionne pas dans un système qui permet de tels écarts. Elle conclut : ?Pour que la démocratie puisse s?épanouir, les libertés civiques, les droits humains et le ?law and order? doivent coexister?. Emile Zola en serait fier?

Publicité