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Se cantonner à Mandarin

1 novembre 2004, 20:00

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Deux jours après la parution d?un ?Aparté? consacré à Fernand Mandarin, président du Comité Social des Chagossiens, Olivier Bancoult, président du Groupe Réfugiés Chagos, appelle et dit son désaccord avec les propos de Mandarin. Jusque-là, rien d?anormal. Mais le ton de Bancoult n?est pas commode : lui, qui pourtant occupe depuis longtemps la Une des journaux, est ostensiblement agacé que la parole soit donnée à Mandarin. Le texte qui suit est le résultat d?une rencontre avec Olivier Bancoult. Il met au point certaines choses affirmées par Mandarin et qu?il estime inexactes. Il faudra bien qu?il s?habitue à ne pas croire qu?il est le seul détenteur de la parole lorsqu?est évoqué le problème douloureux des Chagossiens.

Dans l?ensemble, le Groupe Réfugiés Chagos n?apprécie pas du tout les propos de Fernand Mandarin. Lorsqu?il évoque la possibilité que de nombreux Chagossiens aient choisi Bancoult parce qu?il obtient des finances qui lui permettent de ne demander aucune contribution, ce dernier n?est pas du tout d?accord : ?En tant qu?association enregistrée, nous payons une quotité. Nous avons aussi des financements de l??Ilois Support Trust? basé en Angleterre, qui est enregistré comme un ?Charity Fund?. Puis, nous avons, 16 camarades et moi-même, fait une demande auprès la ?British Legal Aid? qui paie nos hommes de lois. Cela inclut aussi nos billets pour les déplacements. Voilà d?où vient notre financement. Il y a aussi d?autres organisations comme l??UK-Chagos Support Association?, le comité suisse de soutien aux Chagossiens et le groupe ?Mo Pense Twa?, un groupe local dirigé par notre aumônier le révérend Mario Li Hing. Si on ajoute à cela nos journées de ?Fund Raising?, on a une idée juste d?où proviennent nos fonds. J?ajoute pour finir que quand nous voyageons, certains d?entre nous achètent des billets d?avion à crédit.?

Pour Olivier Bancoult, la situation est claire : ?Si Fernand Mandarin a des preuves que nous sommes financés par le secteur privé, nous lui demandons de les présenter. Je l?invite à s?exprimer dans une assemblée de Chagossiens. S?il ne veut pas, je saurais qu?il ment. Et j?entamerai alors des poursuites judiciaires, s?il le faut.?

Et la manipulation politique ? Là aussi, Bancoult est catégorique : Il n?est manipulé par aucun parti politique. ?Avant d?entamer notre action contre les Anglais, nous avons été voir Paul Bérenger, Navin Ramgoolam, Xavier Duval et Anerood Jugnauth.? Il n?est pas d?accord non plus que la lutte des Chagossiens gêne la demande de souveraineté mauricienne sur les Chagos. ?Mandarin et son homme de loi ne sont pas capables d?expliquer pourquoi ils croient que notre demande gêne le gouvernement mauricien. Je pense au contraire que nous avons ouvert une voie pour l?Etat.?

Bancoult estime que Mandarin rêve s?il croit que les Anglais vont négocier avec lui.

Le président du Groupe Réfugiés Chagos est on ne peut plus clair : ?Ce qui m?intéresse, ce sont les Chagossiens. Pas la souveraineté mauricienne. Ça c?est un problème entre les gouvernements mauricien et britannique. Je veux dire à Fernand Mandarin et Hervé Lassémillante que je n?ai jamais organisé de collectes avec les Chagossiens !?

C?est justement ce que Mandarin lui reproche : avoir un financement de l?extérieur et être manipulé. ?J?ai expliqué d?où vient notre argent?, répond Bancoult.

Lorsque le président du Comité Social des Chagossiens affirme que le secteur privé veut faire des Chagos ce qu?ils vont faire d?Agaléga, il mentirait ? Bancoult demande à voir des preuves. ?Je n?ai aucun lien avec le secteur privé.? Il apporte des nuances de taille : ?Par contre, nous avons un projet pilote avec un expert en relogement. Pour savoir comment faire si demain nous retournons aux Chagos.?

Mandarin, qui a vécu 23 ans aux Chagos, affirme que Bancoult ne connaît pas la réalité de la vie sur l?île. Il l?a en effet quittée à l?âge de 4 ans. ?C?est faux. Oui, je suis parti à 4 ans, mais je me suis intéressé aux problèmes des Chagossiens depuis que j?ai quitté l?école. Et je connais mieux le problème que Mandarin. Tous mes parents et grands-parents sont nés aux Chagos.?

Quand ils voulaient une fille, les administrateurs mauriciens allaient jusqu?à expulser le père si celui ci ne voulait pas donner son enfant, explique Fernand Mandarin. Il affirme avoir été témoin de ce genre d?agissements. Olivier Bancoult s?insurge. ?Ses propos ont beaucoup blessé la communauté chagossienne, surtout les femmes. Ce sont des bêtises de dire que les administrateurs blancs mauriciens ont profité de nos filles.? Invité à en rester aux faits et à démentir cette information, Bancoult nuance ses propos. ?Je ne dis pas que ce soit faux. Je ne dis pas que cela n?a pas eu lieu. Mais là où est arrivée notre lutte, il y a des choses plus importantes desquelles s?occuper.? En fait c?est vrai, mais Bancoult finit par le formuler de la manière suivante : ?Ce n?était pas le moment de le dire.? En somme, tout cela n?est qu?une tempête dans un verre d?île.

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