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Prévention contre la drogue

Les ONG parient sur les talents et la parole

31 juillet 2026, 18:00

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Les ONG parient sur les talents et la parole

Face à l’ampleur de la problématique de la drogue, les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent auprès des enfants et des jeunes développent une prévention allant au-delà d’un simple discours sur les dangers des substances. Informer reste nécessaire, mais ne suffit pas toujours. Il faut aussi créer des espaces sécurisés, développer les compétences de vie, renforcer la confiance en soi et proposer des activités permettant aux jeunes de découvrir leurs capacités et de se projeter dans l’avenir.

Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, une prévention limitée au message «la drogue est dangereuse» a peu d’impact. L’expérimentation peut être liée à la curiosité, à l’influence des pairs ou au mal-être. Les ONG privilégient donc une approche qui aide les jeunes à s’exprimer, à se valoriser et à faire des choix éclairés.

Express.mu (620 x 330) (11) Des membres de Lakaz Lespwar.

Leur donner les clés pour se protéger

Isabelle Philippe, directrice de Développement, Rassemblement, Information et Prévention (DRIP), estime que la prévention doit commencer dès l’enfance. «La prévention dès la petite enfance augmente les facteurs de protection. À cet âge, le cerveau est plus apte à recevoir et à assimiler les informations. Lorsqu’on apporte aux enfants des réponses fondées sur des faits, on réduit le risque qu’ils cherchent leurs réponses ailleurs ou se tournent vers la consommation», explique-t-elle.

Le programme de DRIP s’adresse aux enfants dès l’âge de cinq ans, à travers des jeux, des activités ludiques et des moments de réflexion. Il leur permet de comprendre les effets des substances sur leur santé et de mieux appréhender les situations auxquelles ils peuvent être confrontés.

Express.mu (620 x 330) (12) ** Isabelle Philippe.**

«Dans le cadre du Ciel Drug Prevention Programme, nous formons également les travailleurs sociaux et les animateurs locaux afin qu’ils puissent prolonger la prévention auprès des enfants et des familles à travers des espaces de parole», souligne Isabelle Philippe. L’approche repose sur le développement des compétences de vie, l’accès à des informations adaptées, le dialogue, la résistance à l’influence des pairs, l’implication des parents et la mise en place d’alternatives positives.

L’art pour prévenir et mieux se reconstruire

Le Centre Frère René Guillemin, antenne du centre d’accueil de Terre-Rouge, privilégie une approche fondée sur l’art, l’art-thérapie et le bien-être holistique. À travers le projet Wi a Lavi, destiné aux jeunes de 10 à 24 ans, le centre les sensibilise aux risques, tout en leur donnant des outils pour mieux se connaître et gérer leurs émotions.

Express.mu (620 x 330) (14) ** Karine Dorasamy.**

Pour Karine Dorasamy, coordinatrice du projet, «la connaissance de soi, l’acquisition de compétences de vie comme la capacité à discerner le bien du mal, l’identification et la gestion des émotions, la gestion du stress, les informations sur la consommation de substances, les relations saines ou encore l’Ikigai sont abordées afin d’outiller les jeunes pour qu’ils puissent développer une meilleure maîtrise de soi».

L’art-thérapie aide les jeunes à exprimer ce qu’ils vivent, à mieux comprendre leurs émotions et à «mettre des mots sur les maux». Karine Dorasamy souligne son importance, car «la dépendance aux substances commence souvent par un mal-être ou par un manque de confiance en soi».

La pleine conscience, la méditation, les mandalas et les exercices de respiration, entre autres, complètent cette approche. Les retours sont encourageants : les jeunes sont plus calmes et s’expriment plus facilement. Après 20 heures de séances, ils réalisent une fresque collective portant des mots positifs auxquels ils pourront se raccrocher dans les moments difficiles.

Découvrir ses talents

À Bambous-Virieux, Talents Team propose aux enfants des alternatives concrètes à l’oisiveté et aux comportements à risque. «Il n’y a pas beaucoup d’activités et nous avons créé Talents Team pour permettre aux enfants de découvrir leurs talents», explique Maryrose Gaspard-Pierre Louis.

Express.mu (620 x 330) (15) Maryrose Gaspard-Pierre Louis.

À la suite du programme de DRIP, les parents et les enfants ont demandé davantage d’activités. L’équipe les accueille désormais chaque semaine autour de jeux, d’activités créatives et de moments de partage. Une démarche qui «a renforcé la solidarité entre les enfants, l’esprit d’équipe et le vivre-ensemble».

Faire des choix positifs

Au Mouvement pour le Progrès de Roche-Bois (MPRB), la prévention passe également par le soutien scolaire, le sport, les travaux manuels, le théâtre, la danse, le développement personnel, l’accompagnement psychologique et l’éducation nutritionnelle. «L’objectif est d’aider les jeunes à mieux gérer leurs émotions, prendre soin de leur santé, renforcer leur confiance en eux et faire des choix éclairés», affirme Stéphane Denidal, manager de l’ONG. Le sport et les activités culturelles leur permettent aussi de travailler en équipe, de relever des défis et de développer leur leadership. *«L’être humain est fait pour grandir en communauté», souligne-t-il.

Express.mu (620 x 330) (13) Stéphane Denidal.

Les effets se font sentir chez les jeunes, qui participent régulièrement aux activités. Stéphane Denidal note «qu’ils communiquent davantage, développent une meilleure estime d’eux-mêmes et envisagent leur avenir avec plus d’optimisme». Pour le MPRB, malgré les difficultés liées à leur environnement, le véritable enjeu est de les aider à croire en leur potentiel et à comprendre que leur contexte de vie ne détermine pas leur avenir.

Le sport comme espace sécurisé

À Lakaz Lespwar – Caritas Solitude, environ 75 enfants bénéficient d’un environnement sécurisé où ils peuvent jouer, s’exprimer et s’épanouir. Athlétisme, karaté, chant, danse, bricolage et recyclage rythment leur quotidien. Le terrain de sport occupe une place particulière. «Le terrain de sport est un espace sécurisé. Les jeunes y apprennent à se dépasser, à accepter l’échec et à comprendre que l’on peut réussir un parcours, même sans être gagnant», explique Christiane Pasnin, coordinatrice du centre.

Deux groupes de parole leur permettent aussi d’exprimer leurs préoccupations et de participer aux décisions qui les concernent. «Ils se sentent écoutés et s’expriment librement», souligne-telle. Certains deviennent plus responsables et bienveillants tandis que les plus âgés servent de modèles aux plus jeunes.

Pour Christiane Pasnin, «le problème de la drogue n’est pas une fatalité». En créant des espaces de parole, en valorisant les talents et en donnant accès au sport, aux loisirs et à la culture, les ONG offrent aux enfants et aux jeunes d’autres chemins possibles.

Pour soutenir ou organiser des séances de prévention, contactez :

DRIP sur le 5988 9146

CFRG sur le 248 7041

Talents Team sur le 5922 3605

MPRB sur le 240 4148

Lakaz Lespwar sur le 261 6277

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