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Savoir retomber sur ses «pattes»
Josette Vexlard est comme un poisson dans l?eau sur la propriété Les Lataniers Bleus qu?elle dirige à La Mivoie, Rivière-Noire. Si cette femme toujours bien mise et qui a un rire de gorge particulièrement contagieux est aussi à l?aise en ces lieux, c?est parce que la propriété lui appartient. Elle l?a achetée il y a 25 ans alors que son affaire d?exportation de condiments tournait à plein régime. Elle y a fait construire sa maison et y a ajouté quatre villas. Sans savoir qu?un jour, cette propriété serait sa planche de salut?
Josette est originaire de Phoenix et elle est l?aînée des trois filles Marchal. Comme sa mère, qui exerce comme comptable, donne aussi des cours particuliers de sténodactylographie, très tôt, Josette se retrouve à assumer des responsabilités d?adulte et à faire notamment le marché pour la famille. Si bien que les maraîchers la connaissent. Lorsqu?à 17 ans, elle termine ses études au collège Lorette de St Pierre, son père, qui travaille sur la sucrerie de Médine, la laisse partir en vacances en France.
Josette va rejoindre des amis à Paris. Un jour, elle se promène dans les rues de Montmartre et remarque un commerce vendant des légumes exotiques comme la cristophine ? chou-chou mauricien. Curieuse de nature, Josette veut connaître le pays d?origine. Elle apprend que ces légumes sont importés de la Réunion.
Une idée lui vient alors en tête. Ces légumes poussant aussi à Maurice, pourquoi ne pas les exporter vers Paris ? Elle se dit que l?opération reviendrait à moins cher au commerçant en question à qui elle propose de fournir des légumes identiques mais de Maurice. Le commerçant qui a vu en elle un entrepreneur qui sommeille, lui passe une première commande de 500 kg de légumes exotiques.
Une fois rentrée au pays, Josette prend contact avec ses maraîchers, emballe les légumes dans des boîtes en carton et les expédie par avion cargo. «Je dois dire que j?ai été aidée par les gens sur ma route. Je crois qu?ils étaient intrigués de voir une si jeune fille se lancer dans une telle entreprise.» Le hic est que l?emballage n?est pas le bon. Une partie de la cargaison est abîmée à l?arrivée.
«J?ai été aidée par les gens sur ma route. (...) Ils étaient intrigués de voir une si jeune fille se lancer dans une telle entreprise.»
Magnanime, le commerçant parisien la paie tout de même. Il l?informe aussi dans la foulée qu?il fera bientôt un saut à Maurice et lui montrera comment faire une expédition. Et c?est ce qu?il fait. Josette crée alors sa première compagnie Export Service Zone qu?elle nomme Les Caramboles Ltée. Ainsi, une fois par semaine, elle expédie entre 500 kg et une tonne de cristophines, lalos, feuilles de manioc et manioc, feuilles de cari poulé, fruits à pain, brèdes songes. On est en 1981.
Si au début, le garage familial lui sert d?usine, au bout de 18 mois, elle trouve un local à Plaine-Lauzun et c?est ainsi qu?elle rogne progressivement le marché réunionnais. Trois ans plus tard, son client qui fournit aux épiceries fines Hédiard et Fauchon, lui demande alors de lui fournir des baies roses qui poussent à l?état sauvage dans les chasses mauriciens. Josette n?y connaît strictement rien mais, comme elle aime les défis, elle se jette dans l?arène.
La baie rose se récolte pendant deux mois et doit être conditionnée dans les 24 heures suivant sa cueillette. Josette apprend que la sucrerie de Constance dispose d?un séchoir à gingembre qu?elle n?utilise point. La jeune femme met en place un réseau de familles qui s?occupent de la cueillette des baies roses. Elle leur délègue son chef d?équipe qui effectue le tri et l?achat des baies roses qui sont déshydratées dans le séchoir et expédiées en France. Pour ces opérations, elle crée une autre compagnie qu?elle nomme Carambole Export.
Impressionné par ses capacités à livrer, son client français a une autre demande pour elle : il veut du poivre vert de Madagascar. Josette relève une fois de plus le défi, voyageant vers la Grande Ile pour dénicher et fidéliser des fournisseurs. C?est sous saumure qu?elle expédie ensuite le poivre vert sur Paris. Elle finit par se faire un nom sur la place européenne. Si bien qu?en sus d?Hédiard et Fauchon, la maison suisse Migros s?approvisionne chez elle, de même que Blooming Dale aux États-Unis, Harrods en Grande-Bretagne et plusieurs épiceries fines en Allemagne. Le tonnage de baies roses et de poivre vert à exporter devient «phénoménal». Josette vit alors à un rythme effréné mais gagne bien sa vie. Ce qui lui permet de faire construire d?autres bungalows sur son terrain de La Mivoie et de les louer à des diplomates.
Ses affaires auraient davantage prospéré s?il n?y avait pas eu le fameux cyclone Hollanda en 1994. En sus de dévaster les plantations de baies roses, il anéantit celles du poivre vert à Madagascar. Et quand on sait qu?il faut cinq ans à un plant de poivre vert pour rapporter, autant dire que Josette se retrouve au chômage technique. Bien qu?assommée, la jeune femme trouve le courage de se relever. Elle se lance dans la conserverie de piments, de pâtes de piment et d?achards qu?elle commercialise sous le nom de Carambole. Mais le marché est petit. Elle revend son affaire au bout de 18 mois.
Elle se souvient alors de ses bungalows qu?elle transforme en villas et chambres d?hôte et nomme le tout Les Lataniers Bleus en raison des lataniers bleus poussant sur sa propriété. Pour faire tourner l?établissement, elle prend des cours à l?Ecole hôtelière. Le client preneur de la chambre d?hôte a droit à l?hébergement et au petit-déjeuner. S?il veut dîner sur place, il doit rejoindre son hôte et les autres clients à table. Josette joue les maîtresses de maison, plaçant les clients côte à côte en fonction de leurs affinités et présidant la table. Elle joue ce rôle tous les jours à l?exception du dimanche, jour où la table d?hôte est fermée. Elle encourage alors ses clients - en majorité des Français et des Nordiques ? à découvrir la cuisine des opérateurs de la localité. Le client optant pour la villa peut dîner à la table d?hôte mais ce n?est pas obligatoire. Ses villas et chambres d?hôte peuvent accueillir 24 personnes simultanément. Son établissement figurant dans 17 guides référencés, dont le Guide du Routard et Lonely Planet, fait qu?elle ne connaît pas de basse saison. Si elle s?occupe de la gestion quotidienne des Lataniers Bleus et de sa comptabilité, il y a des services qu?elle sous-traite comme le jardinage et la maintenance. «Quand je gagne, j?aime aussi donner aux petits opérateurs la chance d?en faire autant.»
Bien que l?hospitalité n?ait pas été son premier choix, cette mère de deux filles qui étudient à l?étranger et d?un fils vivant en Afrique du Sud, est ravie de travailler sur son lieu de résidence. «J?aime le côté représentation. J?aime faire le marketing. Je peux me permettre de revoir la décoration de ma maison et des villas et de m?habiller comme je veux. Et tout en restant chez moi, je voyage tous les soirs. Que demander de plus ?»
Mariée à Olivier Vexlard, un ingénieur textile, Josette est persuadée que quel que soit le revers subi, une personne ayant l?esprit d?initiative, réussira. «Le facteur chance a aussi son mot à dire. Il faut savoir la saisir». Au vol, comme elle l?a si bien fait?
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