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Sarkozy réalisera-t-il son rêve américain ?

11 mai 2007, 00:00

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Bye-Bye Jacques Chirac, welcome Nicolas Sarkozy. La Maison- Blanche savoure l’élection du nouveau président français. Dès l’annonce des résultats, George W. Bush a téléphoné à son futur homologue, l’ “Américain” Sarkozy et l’a assuré de sa “hâte à travailler avec lui”. Il attend beaucoup du “nouvel homme fort de l’Europe”, pour tenter une sortie de crise iraquienne, qualifiée de “piège historique” par Al-Qaida cette semaine sur Internet.

Comme toute fin de règne, il ne reste plus beaucoup d’options armées à Georges W. Bush – le congrès lui a finalement, après de laborieuses tractations entre républicains et démocrates, accordé un moratoire jusqu’à septembre pour revoir sa coûteuse politique en Iraq. Aussi Bush a de moins en moins de soutien, autant sur le plan national (parmi son propre camp) qu’international, surtout avec le départ de son fidèle “ami Blair”. Il ne reste d’ailleurs plus beaucoup de temps pour Bush, dont le mandat présidentiel s’achève sur les ruines iraquiennes.

En attendant de tirer sa révérence en 2008, avec un niveau record d’impopularité, sous les huées des démocrates et certains de son propre camp, entre autres, à cause des affaires Paul Wolfowitz à la Banque mondiale et la nomination et résignation unilatérale des juges, le cow-boy Texan a entretenu, cette semaine en “white tie”, la reine Elizabeth II. Gaffeur, dans son discours, il a vieilli Sa Majesté, déjà octogénaire, de… deux siècles, alors qu’il voulait flatter sa longue expérience, lors du toast de bienvenue au majestueux banquet d’État, lundi à la Maison-Blanche. La Reine s’est contentée de sourire…

Plus sérieusement, pour l’heure, les dirigeants américains voient en Sarkozy un homme qui a une vision de l’Europe qui leur convient. Une “lune de miel” est déjà annoncée entre Paris et Washington. À long terme, les perspectives sont moins acquises. Un certain nombre de décisions sont attendues de la nouvelle équipe de Sarkozy.

À l’automne 2007, le nouveau président devra surtout décider du niveau de la coopération française avec les alliés de l’OTAN. Mais Sarkozy pourra-t-il, à si brève échéance, prendre à contre-pied Jacques Chirac, même si pour l’heure, (celle de la revanche ?), il ne se montre guère pressé de le rencontrer, pour discuter de la transmission des dossiers chauds, dont celui de l’Afghanistan ? Sarkozy cautionnera-t-il, au nom de la morale religieuse, ses “bons” amis contre les “ennemis”, tous désignés, de la démocratie des puissants ?

La jubilation américaine du sacre de Sarkozy n’est pas que présidentielle, elle n’a pas des desseins uniquement conjoncturels, voire stratégiquement politiques. Le nouveau président français, qui n’a jamais caché son admiration pour le peuple américain, d’où son surnom, est salué ici pour le modèle économique qu’il prône. Tous les principaux organes de presse relèvent que la France “a viré a droite”. Ainsi la vision de Sarkozy, qui oriente son projet d’une autre France au diapason d’un contexte économique et politique mondial, capte l’attention et suscite l’intérêt – et une large adhésion – de la presse “mainstream”.

Un président tricolore qui brandit, a tous ses discours, la bannière étoilée en exemple, il y a de quoi passionner la presse américaine. Pour le quotidien national USA Today, c’est surtout le “fait qu’un président pro américain ait été élu en France” qui importe le plus. Car Sarkozy serait apte, selon ce journal, “a changé le fameux mode de vie relax des Français pour une croissance économique plus rapide”.

Le rêve américain est cité, avec allégresse, par le quotidien très conservateur Washington Times, qui avait publiquement pris position pour Sarkozy : “Au revoir Jacques Chirac et bonjour à un nouveau président français, ami des Américains et qui s’identifie au rêve américain et affirme joyeusement que les Français aiment les burgers, Madonna et Miami vice”. Rappelant les origines de Sarkozy, le New York Times souligne que le futur chef de l’État est “une des figures les plus radicales” de l’après-guerre à s’installer à l’Élysée.

Le Washington Post prévient toutefois que les succès (jusqu’ici médiatiques car tout n’est qu’annonces, intentions, rêves, à ce stade) de Sarkozy ne garantissent pas automatiquement sa réussite de réunifier l’Europe et de pactiser durablement avec les États-Unis. “La diplomatie internationale pourrait devenir déterminante en fin de mandat de Bush : la politique se teinte de pragmatisme”, jugent les experts.

Par ailleurs, sous la pression des démocrates, qui montent en puissance, la politique étrangère de la Maison-Blanche change petit à petit de cap. Les récents développements reflètent l’ascendant pris par Rice et de son équipe du Département d’État sur les faucons autrefois menés par (Cheney et Rumsfeld).

En France, on le sait, la victoire et les propos sont plus nuancés, s’accordant à l’échelle du rapport des forces électorales. Si la presse indépendante, en général, a salué la ténacité, le programme et la vision, l’application et l’engagement d’un Sarkozy “qui veut tout donner à une France qui lui a tout donné”, d’autres voix, moins euphoriques, se font entendre. Et elles ont du sens et sont de poids.

Dans Le Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet reconnaît que, “dans l’histoire de la Ve République, la victoire de M. Nicolas Sarkozy marque un tournant. Car il ne s’agit pas de la simple reconduction de la droite française au pouvoir – qu’elle a occupé au plus haut niveau de 1958 à 1981 et à nouveau depuis 1995.” Mais alerte que le programme de Sarkozy est un infléchissement majeur : “Ils en font le premier président à la fois néolibéral, autoritaire, pro américain et pro israélien”.

Son confrère, Jean-Marie Colombani, directeur de publication au quotidien Le Monde, qui penchait pour Ségolène Royal, recentre, lui, le nouveau rapport des forces de la cinquième puissance mondiale. “Une France de droite a voté à droite. Les résultats du second tour ont été en tout point conformes à ceux du premier tour, montrant une gauche historiquement faible (…) Mais la France de Sarkozy est aussi une France qui vieillit. Et plus on avance en âge, plus on a été enclin à voter en sa faveur.” Et souvent au détriment, hélas, d’un enjeu qui touche toutes les générations à venir : l’environnement.

Aux États-Unis, on constate aujourd’hui, de plus en plus, le regain du nationalisme de gauche. Les démocrates se sont débarrassés des vestiges de la “New Left” des années 60-70, décrite comme étant proche de la contre-culture. L’heure est au progressisme civique et au développement durable.

Au-delà des rapports diplomatiques entre la France et les States, ou ceux des “valeurs historiques” partagées “sur des champs de bataille”, il est clair que Nicolas Sarkozy va tout faire pour réaliser son rêve américain : “ Voilà un pays qui connaît le plein-emploi depuis près de quinze ans, un pays où la croissance économique est chaque année supérieure à la nôtre d’un point et demi ”, confiait-il aux journalistes français lors de sa campagne. “Certains en France m’appellent ‘Sarkozy l’Américain’. J’en suis fier. Je suis un homme d’action. Je partage plusieurs des valeurs américaines”. Sacré remplaçant de Blair… en prélude a ce que nous réserve Gordon Brown !

Mais indépendamment du modèle économique et de la croissance des chiffres, et au-delà de la politique prônée au Proche-Orient, le monde d’aujourd’hui ne peut plus se permettre de choisir entre la croissance des emplois et le changement climatique.

Sarkozy sera-t-il de taille pour convaincre George W. Bush que le réchauffement de la planète est une arme de destruction massive et que son pays doit participer, comme la France, aux discussions de Kyoto ? Parviendra-t-il, avec son pragmatisme économique, à convaincre ses amis du pays de l’Oncle Sam, qu’ils soient démocrates ou républicains, de virer, eux, au vert ?

Nad SIVARAMEN</B> <I> (des États-Unis)</I>

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