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Sarah, trois ans et demi battue à coups de savate
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Sarah, trois ans et demi battue à coups de savate
? « Mo avoye twa kot mama ? To pu aller ? »
? « Non ! »
? « Kifer ? »
? « Mo pu reste kot papi? »
? « Kifer to pa pu al kot Corinne ? »
? « Christophe bate? »
Montrant sa joue et l?intérieur de ses lèvres, Sarah, du haut de ses trois ans et demi, explique à son père, Roy Louis, sa peur du concubin de sa mère. L?enfant avait le visage enflé et plein de marques rougeâtres sur tout le corps lorsque Roy est parti la voir samedi dernier.
Séparé de sa femme depuis bientôt sept mois, le maçon se faisait un devoir de récupérer sa fille unique chaque week-end. Ce samedi, vers 17 h 30, lorsqu?il débarque à Pailles, chez le concubin de sa femme, il remarque que Sarah a le visage enflé et qu?elle porte des traces de coups.
Direction, le poste de police
« Mo zanfan so figir ti rouz partou, si figir tine anfle, li tinn defigire. » Roy sort de ses gonds lorsque Corinne lui avoue, en pleurs, qu?elle ne sait rien, venant à peine de rentrer du travail.
Il se tourne alors vers Christophe. « Line dire moa atann mo dir toa kinn arive me ti mama linn tuitt. » Excédé, Roy emmène Sarah avec lui, direction le poste de police de Petite-Rivière, à côté duquel il vit, pour porter plainte.
La petite est examinée dans la même soirée par un médecin de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin. Ce dernier décèle effectivement des hématomes, symptomatiques d?une maltraitance, sur son dos, ses fesses et ses joues.
Le médecin demande alors que des clichés soient pris le lendemain pour montrer éventuellement à la cour où l?enfant a été frappé. Bavarde comme pas deux, Sarah expliquera aux policiers présents et au médecin comment Christophe s?y est pris pour la corriger. Elle montre sa lèvre fendue et déclare avoir été frappée avec une savate.
Ghislaine, la grand-mère paternelle de Sarah, enrage. L?enfant portait encore des traces de coups quatre jours après les faits. Elle dévêt la petite et montre les hématomes encore bien visibles sur son dos.
Roy est vraiment très remonté contre sa femme. Elle s?est permise de l?appeler le lendemain du délit pour lui dire que Sarah a, en fait, été malmenée par un camarade de jeu.
Bénéficier de la garde provisoire de sa fille
« Li pe pran mwoi pou c? sann kout la. Li vre ki li pa an tor parski li pa ti la mais sa bate la enn zanfan pa kapav fer »,s?insurge Roy. Afin d?éviter que Corinne ne lui prenne de nouveau son enfant, il a contacté la Child Protection Unit (CPU) afin qu?il puisse bénéficier de la garde provisoire de sa fille.
Depuis samedi, Corinne, 21 ans, n?a pas encore refait surface à Petite-Rivière pour revoir sa fille. Ghislaine, en colère, veut tout déballer sur les ondes d?une radio privée, afin « qu?elle reçoive une bonne leçon et que ses collègues à l?usine sachent quel genre de mère elle est. »
Ghislaine espère cette fois que Sarah restera à ses côtés. Et toute la maisonnée est aux petits soins avec l?enfant depuis son calvaire.
Mais Sarah oubliera son martyr avec le temps. Tout le monde rit lorsqu?elle lance à Patricia, sa tante, qui vient d?entrer dans le salon : « Hé, tonn amenn gato ? Tone amenn lamousss ». La gaieté d?un enfant peut parfois prendre le dessus sur une innocence martyrisée par les adultes?
Beaucoup se sont montrés solidaires avec les proches de la petite Marie-Anita, violée et assassinée au début du mois. Mais ce que vous ignorez c?est que la Child Development Unit (CDU) est confrontée à plus d?une centaine de cas de maltraitance, incluant les cas de sévices sexuels, chaque mois. Rien que pour les faubourgs de la capitale et des Plaine-Wilhems, la CDU a environ quatre-vingt dossiers à traiter par mois, con-tre une soixantaine pour l?ensemble des villages. Dans les cas les plus graves, l?État et les ONG les prennent en charge. « Un cas de maltraitance ou d?abus sexuel doit être suivi régulièrement. Ça prend des années », confie un membre de la CDU qui fait aussi état d?un manque de ressources dans ce département pourtant très important placé sous la tutelle du ministère de la Femme, du Développement de l?enfant et du Bien-être de la famille. La plupart des affaires sont dénoncées par des anonymes et dans les cas difficiles, les enfants sont placés dans des abris ou des centres gérés par les associations caritatives comme SOS Village et Terre de Paix. Le problème est visible surtout dans les poches de pauvreté. Mercredi, dans une lettre au Mauricien, le père Filip Fanchette de la paroisse de Roche-Bois faisait état des enfants délaissés dans cet endroit malfamé qu?est Karo kalyptis par leurs mères, parties faire le trottoir. Comme le souligne le curé, il faudrait qu?ils soient victimes d?un sadique pour qu?on se soucie de leur sort.
LES ENFANTS BESAGE RETIRÉS À LEURS PARENTS
José et Haseena Besage, des habitants de Cassis, sont des parents indignes. Ainsi en ont jugé les autorités en leur retirant la garde de leurs quatre enfants, il y a quelques mois. En avril 2003, éméchée et enceinte, Haseena a balancé, dans un accès de rage, une poêle remplie d?huile de cuisson sur son beau-fils Donovan, 14 ans, ébouillantant au passage ses filles de cinq ans et d?un an à peine. Le pauvre ne méritait pas cela, étant donné qu?il faisait frire du poisson pour nourrir ses demi-s?urs, car ses parents ne faisaient pas leur devoir. Le bébé agonisait dans un coin lorsque la police est venue interroger la mère. Deux jours après le drame, alors que les enfants souffraient au service des grands brûlés de l?hôpital Candos, les parents se saoulaient sous les décibels de leur radiocassette. La CDU leur a offert une chance de se ressaisir à maintes reprises avant qu?elle ne leur retire la garde de leurs enfants. Ils n?ont rien fait pour améliorer la qualité de leur vie, préférant rester dans leur minable taudis, assis à se tourner les pouces et à ingurgiter du vin rouge bon marché. Il n?y a qu?à aller chez eux, à quelques mètres du cimetière des Salines, pour le vérifier. « Maintenant lorsqu?ils viennent voir leurs enfants, ils s?inquiètent pour savoir s?ils n?ont pas de poux. C?est mieux que rien », confie un officier s?occupant de leur dossier.
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