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Sans éclat
Assez bon début, hier, des émissions politiques à la télévision. Les discours étaient dénués d’agressivité, ce qui a mis à l’aise les téléspectateurs. Cette attitude des politiciens augure bien du reste de la campagne à la télévision. Le ton sobre des interventions se démarque de celui des propos passionnés des meetings. En revanche, sur le fond, il n’y a pas de nouveauté. Les deux principaux bloc jouent la prudence avec des arguments ressassés.
Le leader de l’Alliance sociale, Navin Ramgoolam, a paru crédible en axant d’emblée son discours sur les difficultés économiques du pays. Le problème de l’emploi et la perte de pouvoir d’achat sont des préoccupations réelles des citoyens. Il est donc naturel qu’elles constituent le point d’orgue de l’intervention du dirigeant de l’opposition.
Cependant, celui qui se pose en incarnation de l'alternance est resté évasif sur l'essentiel. Il n’a pas indiqué ce qu’il aurait fait pour empêcher que la Chine inonde les marchés européen et américain de produits à bas prix. Or, c’est bien cela qui a provoqué la débâcle de notre zone franche. Rien n’est dit, non plus, sur les moyens que le PTr entend utiliser pour atténuer les incidences de la hausse du pétrole, du fret et des matières premières sur les prix des produits importés.
Le style de Navin Ramgoolam est apparu différent de ce que l'on a connu lors de ses dernières prestations télévisées. Il a perdu l’usage de son sourire charmeur et il y avait même, dans ses gestes, une crispation évidente. Son langage reste toutefois articulé et accessible. Il a peut-être perdu un peu de son panache mais il a développé l’allure d’un chef prêt à assumer une immense responsabilité.
Pour sa part, le vice-Premier ministre désigné de l’Alliance sociale, Rashid Beebeejaun, est un homme visiblement usé. Il a eu recours à des slogans excessifs pour brosser le portrait de son ancien leader, Paul Bérenger. Il fulmine contre les “cinq familles” tout en se gardant d’expliquer comment il les dépossédera de leurs biens s’il arrive au pouvoir, il évoque les cas de fraude non élucidés sans préciser que ces anciennes affaires ont été mises au jour sous l’actuel régime, il accuse le gouvernement de bâillonner les radios libres mais oublie que quand il était au pouvoir ces radios n’avaient tout simplement pas le droit d’exister...
Quant à Xavier Duval, il aurait réalisé une prestation honorable s’il n’avait pas affirmé, sur un ton solennel, qu’il est “faux” de dire que nos difficultés économiques sont liées à la conjoncture internationale. Cet ancien ministre de l’Industrie connaît pourtant très bien le dossier. Il est vrai qu’il aura du mal à expliquer pourquoi, sous sa direction, le ministère de tutelle n’avait pas de plan pour préparer l’industrie du textile à affronter le démantèlement de l’accord multifibre et la fin des quotas. A ce propos, Ram Seegobin devait, plus tard durant l’émission, faire une remarque pertinente en admettant que ce sont des facteurs externes qui ont précipité les malheurs de notre zone franche. Il a toutefois regretté que pendant dix ans le pays soit resté inerte devant la menace.
Pour leur part, les deux dirigeants de l’alliance MSM-MMM ont misé sur la “compétence” de leur équipe et sur leurs réalisations. Manifestement, ils n’ont pas mesuré la difficulté de la tâche qui consiste à convaincre de la solidité du bilan du gouvernement alors que le citoyen moyen sent que sa situation personnelle ne s’est guère améliorée. Plutôt que de s’enorgueillir d’un riche bilan, les dirigeants ont intérêt à entreprendre un exercice pédagogique pour expliquer pourquoi la situation demeure difficile.
Pravind Jugnauth reste dans le monde de l’abstrait quand il aligne les chiffres flatteurs de nos réserves en hausse ou des déficits publics en baisse. C’est une déconnexion avec la réalité. Il doit plutôt expliquer à l’électeur pourquoi les commissions de fin de mois coûtent plus cher, d’autant plus que le gouvernement n’y est pour rien.
L’alliance au pouvoir atteint sa cible quand elle met en garde contre le goût de l’aventure à un moment où le pays fait face à des dangers externes et alors que le “redressement” annoncé n’est pas achevé. L’alliance MSM-MMM sait que la perspective du changement peut susciter la peur. Elle offre à la place quelque chose de magique, la “duty-free island” et le cyber-progrès.
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