Publicité

Sans espoir

29 janvier 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il est difficile de faire la distinction entre la fausse naïveté et la vraie modestie chez certains hommes. Mais il suffit parfois qu?ils fassent le saut vers l?arène politique pour que les choses deviennent limpides. Pour qu?ils perdent aussi cette hauteur qui leur permettait de fédérer au-delà des clivages. Parce qu?on les croyait investis d?une mission nationale et parce que leurs objectifs semblaient désintéressés, ils suscitaient un espoir. Puis, subitement, ils disent vouloir s?engager en politique. On voudrait croire que ces hommes vont enfin incarner une voie nouvelle. Ils vont vivre à la hauteur de leurs idées, de leurs convictions. Ce sont des hommes trop empreints de transcendance pour s?enfermer dans des ghettos culturels. Très vite, on apprend à notre insu que ces hommes qui inspiraient du respect sont en fait de dignes représentants d?une classe politique vieillotte. Les bonnes fées de l?ambition politique ont vite fait de leur apprendre les règles de la realpolitik.

Depuis quelques jours, Suttyhudeo Tengur agite le petit monde médiatico-politique. Le personnage ne manque pas de verve, encore moins d?aplomb. Il n?a pas arrêté de piquer. Et souvent, il a foncé sur ses détracteurs en gardant le sourire aux lèvres. Le verbe assassin, avec la démarche d?un boutefeu et une armure qu?il a pourfendue avec allégresse, il présentait l?image d?un fringant et le symbole même de la négation. Ce syndicaliste de l?univers éducatif était, en effet, le champion du non. Rien ne lui semblait juste. Aucun changement ne pouvait le satisfaire. C?était un drôle de cours qu?il nous assénait. Un cours dont on avait fini par connaître le refrain par c?ur. Derrière notre pupitre, on lui avait accordé cette sympathie qu?on ne témoigne qu?à l?égard de ces profs un peu bourrus et maladroits, mais débordant de bonnes intentions.

Lorsqu?il a annoncé sa décision de se joindre à la politique, on pouvait presque se réjouir. Il va encore s?agiter et brouiller la mare. C?est tant mieux, parce que rien ne devrait être pris pour acquis. Ensuite, il a commencé à égrener un chapelet qui dégage résolument une odeur de moisi. Même là, on était prêt à lui accorder le bénéfice du doute. C?est un homme d?une génération qui a idéalisé un système éducatif élitiste. Il pouvait légitimement souhaiter un retour à ce système. Cela aurait même pu servir d?acte référendaire.

Mais on a dû vite déchanter, parce qu?on croyait qu?il y avait dans ce pays des hommes qui refuseraient systématiquement le cloisonnement ethnique. Or, avec M. Tengur, un espoir est né et il est mort en l?espace de quelques déclarations du principal concerné. Non pas tant qu?on soit choqué par ce qu?il disait, mais parce que, comme nos obscurs politiques, il savait déjà quel type de discours tenir sur telle radio, dans les colonnes de tel ou tel journal? Il savait jouer des subtilités d?un langage qui pouvait séduire tel type d?électorat lorsqu?il intervenait sur tel ou tel support. Du coup, on a tout compris. Certains hommes sont condamnés à ne vouloir défendre que tel ou tel groupe d?individus. Dans les cercles d?intimes, ils iront jusqu?à dire que lorsque d?autres ont agi ainsi, en défendant des communautés d?intérêts précis, les critiques n?ont rien eu à redire.

Certes on n?a rien dit. Mais on ne voyait pas l?intérêt de porter un regard analytique sur des individus qui n?ont de crédibilité qu?au sein d?un groupe d?affidés. On le dit maintenant parce qu?on avait espéré qu?allaient émerger des individus qui sortiraient du lot. Des individus qui allaient se forger un destin national, qui allaient exprimer l?ambition de tout un pays au-delà de l?appartenance ethnique des uns et des autres.

En cette année électorale, il fallait quelqu?un pour ébaucher un autre dessein, ouvrir une nouvelle porte, indiquer à d?autres le chemin vers une autre manière de faire de la politique. On s?est trompé. Alors messieurs, continuez à faire du national en divisant ou en défendant des intérêts spécifiques. Les spécificités, c?est de toute façon votre spécialité?

Publicité