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?A Saint in the City? et les mourides de l?île Maurice

24 août 2003, 20:00

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Mary Nooter Roberts, (Polly), historienne de l?Art Africain, directrice adjointe et conservatrice du UCLA Fowler Museum of Cultural History, et son époux, Allen F. Roberts, anthropologue de l?Afrique, directeur du James S. Coleman African Studies Center and Professor of world arts and cultures - UCLA, étaient à Maurice la semaine dernière, pour rencontrer la communauté des Mourides de l?île.

Elle a les traits d?une communauté diasporique de leur culture-mère, peut-on dire. Qui, elle, est révélée par une certaine peinture sénégalaise d?un groupe religieux des plus dynamiques. C?est La Voie Mouride, le mouvement religieux Sufi, inspiré par la vie du pacifiste, poète et saint Sufi, Sheikh Amadou Bamba (1853-1927). Les deux dernières décennies témoignent d?une véritable explosion de l?imagerie sénégalaise sur ce fait de société.

L?espace urbain, dans toute son ampleur devient le support de la peinture mouride. Par contre, les Mourides mauriciens, eux, exposent leurs ?uvres picturales surtout dans des galeries privées.

Nos Mourides intéressent le couple-visiteur à plusieurs titres. ?Ils ne sont pas Sénégalais d?héritage,? dira Polly, ?mais, ils ont trouvé dans le Mouridisme le moyen de s?exprimer. Nous sommes venus pour enrichir la diaspora d?ici. Pour les aider à développer leurs programmes sociaux notamment le Centre d?Education et de développement des enfants Mauriciens, des orphelins, et des enfants en général, les familles brisées et démunies.?

Allen et Polly s?expriment tour à tour :?Nous avons deux buts en rencontrant nos collègues de l?Université de Maurice et du Centre Africain Nelson Mandela : trouver des points de repères pour promouvoir Le Centre des Dames Mourides et les aider à créer les liens qu?elles recherchent.? En d?autres mots, supporter le empowerment of women. Polly fait emphase sur le fait que ?ce sont des musulmans très ouverts qui veulent créer des liens entre toutes les religions, une douzaine environ : Saïbaba, Bahaï et autres.

Nous avons assisté à une rencontre où chaque groupe présentait une danse, une chanson, une vraie rencontre interreligieuse.

Polly parle ?des stéréotypes à propos de la vie féminine musulmane. La femme sénégalaise a beaucoup de droits. Elle ne porte pas de voile. Elle a une dignité, le sanse, à travers la beauté et la conception de soi. Elle est le pilier de la famille et de la communauté. Dans la vie économique, elle est centrale.

Son art est lié à la philosophie du Saint, un travail très spirituel. C?est la mission, la dévotion à travers les arts La maman du Saint, Mame Diarra Bousso, morte très tôt, est son modèle. Elle représente les meilleures valeurs et qualités de la femme.?

Le livre des Roberts, A Saint in the City, Sufi Arts of Urban Senegal, 2003, édité par le UCLA Fowler Museum of Cultural History, Los Angeles, sert élogieusement leurs propos. Allen fait ressortir que le gouvernement américain a financé là un projet culturel islamique à travers le National Endowment for the Humanities, (NEH). Le couple veut ?démontrer d?autres visages de l?Islam que ceux représentés dans la presse américaine.?

Les arts sufi du Sénégal Urbain

La publication reflète les multiples dimensions du projet commun Robertsien, décliné durant les dix dernières années. Il accompagne une exposition exhaustive de 6000 pieds carrés, du même nom.

Financée aussi par le NEH, ?promoting excellence in the humanities.?. Plus de 200 pièces du Fowler collection et des collections privées occupent l?espace. Elles étaient visibles au Fowler museum du 9 février au 27 juillet 2003. En attendant qu?elles quittent Los Angeles, ?pour voyager en Floride et d?autres villes d?Amérique, et ailleurs, éventuellement?, explique Polly.

Les premiers pas du visiteur en terre sénégalaise sont séduits par le foisonnement des peintures murales. Une culture visuellement vitale où la récurrence d?une icône retient la rétine, celle du Saint Amadou Bamba. Le visiteur mesure l?aura de cette personnalité charismatique. Qui galvanise la ferveur de ses disciples. Outre les murs, tout support est bon pour louer le saint : les enseignes et posters, la peinture sur verre, sur du contreplaqué ou autre morceau de tôle récupérés?

Un phénomène à la fois social qui prend ses distances d?un Islam loin de prôner la réplique de la figure humaine. De surcroît, la révérence accrue pour la mère du Saint, Mariam, confère à Bamba un signifiant Christique. Certains peintres réunissent dans l?espace pictural les messagers de paix de l?Histoire internationale, Gandhi, Bob Marley, Jimmy Carter?Telle est l?exception mouridienne.

Une scène répétitive de la vie d?Amadou Bamba, le vainqueur de l?impossible, est celle de son premier miracle. Après son arrestation par les autorités coloniales francaises, il lui est refusé de prier sur le bateau qui le conduit en exil au Gabon en 1895. Il jette son tapis de prière à l?eau. Amadou Bamba s?y retrouve flottant, disant ses prières.

Toutefois, il n?est pas que de ferveur religieuse et d?invocation de la baraka, la recherche de la bénédiction du saint. S?il conte en hagiographe sa vie, l?acte d?en reprendre des scènes et écrits, est en lui-même une éthique du travail, de la vie journalière. Qui a pour nom, à l?image du Saint, résistance à tout colonialisme, débrouillardise, transcendance de l?impossibilité de leur vie. Véritable ascèse qui les transforme. Cela, dans la paix. Une résultante non négligeable. Car, pour leur modèle, Djihad est synonyme de ? lutte sacralisée?, menée contre les faiblesses de sa propre âme, et non de ?guerre?. Toute sainte soit-elle. La seule arme du Saint est sa plume. Sa poésie est source de philosophie pour ses adeptes. De quoi fasciner nos bollandistes, les Roberts.

Aux côtés de la peinture narrative, existe au Sénégal, un Art abstrait, visant le marché international de l?Art Contemporain. Ses partisans, toutefois, reprennent la thématique du Mouridisme.

Pour exemple, un bois, introduit par l?artiste dans le champ pictural, tire de son poids la peinture vers le bas. Signifiant implicite pour exprimer la pesanteur de la vie, contrée par la résistance essentielle pour y échapper. L?esthétique du recyclage y est tangible. Ce bois récupéré, chargé de mémoire et détourné de sa fonction habituelle, est doté de vie nouvelle. L?Art Contemporain au Sénégal, est des plus actifs. Dak?art en est la manifestation internationale artistique la plus prestigieuse.

Jeanne Gerval-Arouff

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