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Groupe A de Cassis & Lakaz A

Quarante ans de lutte, de foi et d’espérance contre la toxicomanie

13 juin 2026, 18:00

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Quarante ans de lutte, de foi et d’espérance contre la toxicomanie

Mgr Jean-Michaël Durhône (à g.) et le cardinal Maurice Piat coupent le gâteau traditionnel pour célébrer l’anniversaire et l’inauguration du local rénové de Lakaz A, voisine de l’église Immaculée Conception à Port-Louis. © Kiranchand Sookrah

Ce vendredi, l’église Immaculée Conception à Port-Louis accueillait une célébration chargée d’émotion des 40 ans du Groupe A de Cassis et des 20 ans de Lakaz A. Une messe d’action de grâce, célébrée par Mgr Jean-Michaël Durhône, a rassemblé membres, anciens bénéficiaires, familles et proches autour d’un même message : celui de l’espérance face au fléau de la toxicomanie à Maurice.

Dans son homélie, l’évêque de Port-Louis a rappelé que cette œuvre est née d’un appel profond à répondre à la souffrance humaine. «Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau», a-t-il rappelé, soulignant que Lakaz A est devenue un lieu où des vies brisées retrouvent peu à peu dignité et accompagnement. Depuis 1986, le Groupe A de Cassis s’est construit au cœur d’un contexte marqué par la montée de la drogue – à l’époque surtout le brown sugar – qui a ravagé des quartiers entiers. Des hommes et des femmes, animés par la foi et la compassion, ont choisi de ne pas rester indifférents. Leur mission : accompagner, écouter, relever et redonner espoir.

Le «A» du Groupe A – Aide, Amour, Amitié, Affection et Assistance – continue de figurer un engagement vivant. En 2006, la création de Lakaz A est venue renforcer cette mission, en offrant un espace d’accueil plus structuré, mais surtout une véritable famille pour ceux qui n’en avaient plus. Selon la responsable, Ragini Rungen, autrefois les toxicomanies étaient moins nombreuses, mais les drogues synthétiques ont tout changé. Aujourd’hui, à partir de Rs 50, l’accès est facile, mais la sortie quasi impossible. Les familles vivent dans la peur, la détresse et la désorganisation, bouleversées par cette réalité nouvelle à Maurice.

Cependant, au-delà des discours officiels, ce sont surtout les visages des familles, particulièrement des mères, qui ont marqué cette célébration. Sur les bancs de l’église, beaucoup ont laissé couler leurs larmes en silence. Certaines tenaient des photos de leurs enfants, d’autres serraient un chapelet entre leurs doigts tremblants.

L’une d’elles, la voix brisée, confie : «Mo krwar mo’nn perdi mo zanfan, me isi mo krwar ankor ena lespwar».

Une autre explique vivre dans une peur constante, entre nuits sans sommeil et appels à l’aide restés sans réponse. «Sak zour se enn batay. Nou pa kone si li pou retourn lakaz ou swa disparet ankor dan lari mem», murmure-t-elle.

Ces témoignages traduisent la dure réalité de nombreuses familles mauriciennes confrontées à la montée des drogues synthétiques. Plusieurs mères évoquent un sentiment d’impuissance, mais aussi une profonde gratitude envers Lakaz A, qui leur offre un espace d’écoute et de soutien dans leur détresse.

Mgr Durhône a également insisté sur la dimension spirituelle de cette mission, rappelant que Dieu rejoint les humains dans leur fragilité. L’œuvre du Groupe A et de Lakaz A, a-t-il souligné, est une expression concrète de cet amour qui relève sans juger. Dans l’assemblée, les émotions étaient palpables. Entre prières et silences lourds, certains parents essuyaient discrètement leurs larmes, tandis que d’autres laissaient éclater une douleur longtemps contenue.

Mais au milieu de cette souffrance, une lueur persistait : celle de la solidarité. Depuis quatre décennies, des vies ont été transformées. Des personnes autrefois perdues dans la dépendance ont retrouvé une stabilité, parfois une famille, souvent une nouvelle dignité. Mais les responsables reconnaissent aussi que le combat reste difficile, surtout face à l’évolution des drogues synthétiques.

Pour de nombreuses mères présentes, cette célébration n’était pas seulement un anniversaire, mais aussi un moment de survie émotionnelle. «Nou krwar nou pou kase, me bondie finn donn nou lafors», confie l’une d’elles, les yeux rougis.

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