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Hommage
Josiane Cassambo : Fer sega gagn grander lakour
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Josiane Cassambo : Fer sega gagn grander lakour
«Mo sega na pa ni foutan, ni kontrer.» Josiane Cassambo, c’était avant tout un «coffre», comme dit Alain Muneean de Lasosiation pratikan sega tipik. Une voix qui «sort de la terre», décrit pour sa part, le photographe et artiste Pierre Argo, qui l’a côtoyée dès les années 1970. Un timbre montant des profondeurs des émotions, d’un vécu simple, parfois démuni, mais non dénué de joie de vivre. Une voix qui véhicule les si précieuses traditions héritées des gran fami. Grimpant les octaves en poussant à fond les aigus. Le «coffre» s’est refermé le mercredi 10 juin. Josiane Cassambo avait 86 ans.
Il n’y avait pas que son Tangale ki finn ale. Son refrain disait : «Mo mari mo al sinema, mo vwayaz dan loto, si mo pa mor mo va retourne». Il chantait l’amour, tentant de mesurer combien «koko mo ti koko twa, seri mo ti seri twa». Sur la cassette Zenfan Ti Rivière sortie en 1981, mixée par l’ingénieur du son Philippe de Magnée, Josiane Cassambo entonne : «Zame mo pa pou bliye me ki parol ki to ti dir mwa».
Josiane Cassambo en famille pour ses 79 ans, en 2018. (Archives L’Express)
Le parrain de cet album était Pierre Argo, photographe et artiste. Il se souvient encore de ce jour de 1970 où il faisait des photos dans un champ de canne à Petite-Rivière. Son oreille est attirée par un tambour. N’y résistant pas, il entre dans une cour où deux «ravanniers» font sonner lapo kabri. Pierre Argo demande l’autorisation de prendre des photos.
Déclic d’une aventure qui les mènera en France, avec la troupe nationale de l’époque. «De fil en aiguille, après avoir passé plusieurs soirées avec la famille Cassambo, j’ai décidé de travailler avec eux, pour structurer le groupe.» De l’album Zenfan Ti Rivière, Pierre Argo confie : «Je leur ai offert cet enregistrement avant de partir pour la France, en leur disant, “nous avons bien travaillé, vendez votre travail maintenant’’».
À l’occasion de la deuxième édition des MASA Awards en 2007, avec Marclaine Antoine et Zul Ramiah. (Archives L’Express)
Cet album immortalise la voix «brute» de Josiane Cassambo, souligne Pierre Argo. Un timbre inimitable qui transmet son message «avec force, mais aussi avec tendresse». Est-ce que l’on a suffisamment reconnu ce que Josiane Cassambo a apporté à la musique mauricienne ? «Il n’y a pas beaucoup d’amateurs d’art, de la culture authentique», se désole Pierre Argo. D’autant plus que Josiane Cassambo n’était pas une «figure aussi populaire que Fanfan, Ti Frer ou Roger Clency, des artistes qui donnaient des concerts, qui avaient un côté commercial. Josiane Cassambo faisait des soirées de séga traditionnel». Dan lakour. Rarement dans des hôtels, pour des invités de marque, «comme pour la chanteuse Dalida en 1979. Les Cassambo avaient même improvisé une chanson sur elle, ce soir-là».
Josiane Cassambo n’était pas totalement restée dans son jardin. Elle avait notamment participé aux Fêtes de la vigne à Dijon, en France, en 1978. Un festival qui reçoit des troupes folkloriques du monde entier, se souvient Pierre Argo, qui était aussi sur place. C’est donc un «monument» que nous avons perdu.
Josiane avec son oncle Lois Cassambo, un autre chantre du sega tipik (© Pierre Argo)
«Me moniman-la pou reste», témoigne Alain Muneean du groupe Abaim. Josiane Cassambo a été l’une de ses sources d’inspiration. «J’ai connu la famille Cassambo avant même de pratiquer la musique de façon sérieuse. La sonorité des Cassambo résonne au plus profond de moi.»
Apprendre la mort de Josiane Cassambo, c’est une «grande tristesse». Alain Muneean conser ve en mémoire son «talan pou rakont zistwar». Les moments passés avec elle, sa belle-fille, Ginette Nunkoo, son fils Enrico, lui ont donné une «compréhension plus approfondie des histoires qu’elle savait conter. Elle avait ce don de nous ramener aux origines. Linn ne dan sega. Elle s’est construite dans le séga. Le séga était dans son ADN. Personn pa ti kapav anpes li sant sega. Elle avait cela en commun avec plusieurs grands noms du séga qui ont raconté qu’ils ont commencé très tôt, presque malgré eux».
(© Pierre Argo)
Alain Muneean souligne que le séga a eu des effets bénéfiques dans la vie de cette artiste, qui ne savait ni lire ni écrire. «Grâce au séga, elle a eu un parcours remarquable, ça lui a permis de voyager. Josiane Cassambo personnifiait la persévérance qui est caractéristique de ce style de musique.» Le plus important, à ses yeux étant que non seulement Josiane Cassambo a su garder allumée la flamme du sega tipik, mais surtout qu’elle a su passer le flambeau à «deux, trois générations de manière efficace». Non seulement, «zot ena sa dan disan», mais à leur tour, ils ont eu ce souffle qui leur permet de chanter pendant de longues périodes. «Dimounn pa fatige ekout zot.» Le groupe de cette famille d’artistes porte aujourd’hui le nom Zenerasion Cassambo.
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Patrimoine immatériel de l’UNESCO : Elle avait donné son consentement
C’est un dossier que Maurice a dû présenter à deux reprises. La première fois, la demande d’inscrire le «sega tipik» sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco a été rejetée parce que «les pratiquants de “sega tipik” ne figuraient pas dans le dossier», rappelle Alain Muneean. La seconde fois, les autorités ont organisé des consultations pour obtenir le consentement «des gardiens de cette tradition pour dire véritablement quel est l’enracinement de cette musique. Il n’y avait pas de personne plus appropriée que Josiane Cassambo pour cela». Son nom figure aux côtés d’autres illustres disparus, qui avaient été consultés à l’époque : Michel Legris, Marclaine Antoine, Serge Lebrasse, Marcel Poinen, Fanfan, ainsi que des pratiquants du séga traditionnel qui sont toujours parmi nous.
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