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Saddam : De tyran à ?martyr? !
par Cassam UTEEM
Il n?y aura pas beaucoup de monde pour pleurer Saddam, sauf peut-être ses filles, quelques-uns de ses proches et des membres de son clan. Les abolitionnistes, eux, profiteront pendant quelque temps encore de l?aubaine pour renouveler leur opposition à la peine de mort. Comme ils l?ont fait depuis que Saddam a été condamné à la peine capitale le 5 novembre dernier. Dès lors, d?ailleurs, on n?a cessé d?ergoter sur cette problématique pendant que le vrai débat a été escamoté : Saddam a-t-il eu ou non un procès équitable ? Et depuis sa pendaison ? un exhibitionnisme qui s?apparente à la barbarie ? on s?interroge toujours sur les raisons qui ont motivé les autorités concernées à mettre hâtivement à exécution le jugement contre Saddam le jour de l?Eid-ul-Adha ? fête musulmane commémorant le sacrifice d?Abraham.
Saddam, on le sait, demeurait le ?unfinished business? de la première guerre du Golfe, lorsqu?à la suite de l?invasion irakienne du Koweït en 1990, encouragée par la représentante de l?ambassade d?une puissance occidentale, la communauté internationale intervint militairement pour lui infliger une sévère défaite. Sa vie fut toutefois épargnée au grand dam de certains jusqu?au-boutistes. On avait reproché à Georges Bush père, alors président des Etats-Unis, de n?avoir pas mené cette guerre à terme en éliminant celui qu?on surnommait le ?bourreau de Bagdad.? Aujourd?hui c?est chose faite.
Après les attentats du 11 septembre 2001 qui virent l?effondrement des deux tours du World Trade Centre à New York, entraînant la mort de quelque 3 000 personnes, les Etats-Unis partirent en guerre contre l?Irak, un des pays faisant partie de ce qu?ils qualifiaient de ?l?axe du Mal?. Prétextant la présence en Irak des armes chimiques (?Weapons of Mass Destruction?), ce qui se révéla une inexactitude après vérification par les inspecteurs de l?AIEA, et faisant fi des conventions internationales, les Etats-Unis et leurs alliés, notamment les Britanniques, se lancèrent en mars 2003 dans une seconde guerre du Golfe, avec une brutalité inouïe, nonobstant l?hostilité de l?opinion publique mondiale et l?absence d?une décision du Conseil de sécurité à cet effet. Ils arrivèrent à bout du dictateur un mois après et en décembre réussirent à le capturer.
Avec l?accord tacite des envahisseurs américains, le tribunal irakien qui devait juger Saddam a été institué et selon de nombreux experts en droit, il comportait de nombreuses lacunes résumées en ces trois points : 1. La défense n?avait pas été autorisée à contre-interroger les témoins ; 2. Le comportement des juges relevait de la partialité évidente ; 3. Ceux-ci ont fait montre d?une absence flagrante de connaissance des ?trial principles?. De son côté, la US Human Rights Watch, dans un rapport volumineux, devait trouver contestable le jugement de la Cour irakienne qui, le 9 novembre dernier, avait condamné Saddam à la peine capitale, par pendaison. ?The soundness of the verdict is questionable?, concluait le rapport.
L?opinion publique indépendante et avisée, qui souhaitait un procès équitable de Saddam, était en faveur de le référer à la Cour criminelle internationale (CCI). Le droit aurait alors triomphé et il aurait été révélé au monde comment sont créés des monstres humains, à l?instar des Idi Amin, Bokassa, Mobutu, Marcos, Hitler, Ceaucesceau et autres Saddam, et qui en sont les vrais responsables. Qui sont ceux qui les utilisent pour les faire vivre ensuite dans l?opprobre avant de les rejeter dans la poubelle de l?histoire.
La CCI nous aurait fait découvrir ce que le tribunal irakien n?a pas osé faire ou n?était autorisée de faire : convoquer et interroger ceux qui étaient les complices de Saddam lorsque celui-ci tuait et gazait son peuple ? Kurdes, ?shias et sunnis?. Ceux qui lui vendaient des armes les plus sophistiquées tout en sachant l?utilisation qu?il devait en faire, ceux qui le considérant comme un rempart contre les khomeinistes, l?avaient encouragé dans son agression contre l?Iran et lui avaient fourni du gaz paralysant pour être utilisé contre les ?ennemis? iraniens ; ceux qui lui avaient vendu des missiles aérospatiaux les plus sophistiqués pour marquer l?anniversaire de son accession au pouvoir de même que ceux qui le trouvaient le ?de Gaulle du Moyen-Orient? !
Sans le support et l?encouragement de ces complices-là, le règne sanguinaire de Saddam, ses fastes et ses crimes, n?aurait pas été de la même ampleur. Il aurait même pu être différent.
Saddam a donc été condamné par pendaison après une mascarade de procès, par une ?kangaroo Court? et le jugement, a été rapidement exécuté : le jour de la fête du Sacrifice d?Abraham. Ce qui n?a pas manqué d?être condamné par l?ensemble de la communauté musulmane du monde. La question de savoir pourquoi ce jour a été choisi reste posée.
Cet acte, téléguidé par les Etats-Unis, ou du moins interprété comme tel, tout en érigeant Saddam en martyr aux yeux d?un très grand nombre de ses coreligionnaires, aurait-il pour objectif d?exacerber davantage les sentiments anti-chiites chez les sunnites afin d?approfondir la guerre civile, déjà enclenchée en Irak, et éventuellement les utiliser dans le bras de fer contre l?Iran, qui refuse de mettre un terme à son projet de développer l?énergie nucléaire ? L?avenir nous le dira.
Concluons avec Robert Fisk, correspondant du journal britannique ?The Independent?, qui, dans un article publié le 30 décembre 2006 et intitulé ?Dictator Created Then Destroyed by America?, disait que l?histoire retiendra que ?for all his wrong doing? Saddam died a ?martyr? to the will of the new ?Crusaders?.
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