Publicité

Sacré dodo

27 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?As dead as the dodo.? Reste à voir. L?oiseau mort n?est pas bel et bien enterré. Des ossements auraient été retrouvés à Mare-aux-Songes, dans le périmètre de la propriété sucrière de Mon Tresor Mon Désert. Le tout entouré par le plus grand des secrets.

Il ressort que c?est dans une discrétion quasi absolue qu?une équipe de géologues et d?archéologues travaille sur le site depuis le mois d?octobre. La polémique menace désormais de s?emparer de notre oiseau emblématique. Si le Mauritius Museums Council a été mis au courant des travaux, il semble que tel n?aurait pas été le cas pour d?autres instances concernées.

En attendant que la lumière soit faite sur les responsabilités des uns et des autres, il est indiscutable que plusieurs siècles après sa disparition, le dodo passionne. Et c?est tant mieux. N?oublions pas qu?il est un de ces éléments fédérateurs qui participe à la construction de notre identité de Mauricien. Les enfants apprennent à le reconnaître dès leur plus jeune âge.

Le commerce s?en est mêlé. Même nos savates en caoutchouc rouge, fabrication si typiquement locale, portent le nom de l?oiseau national. C?est dire si pour arpenter cette terre, sa terre, il n?est pas de chausse-pied qui nous mette plus à l?aise que les savates dodo. Mieux, parmi les premiers souvenirs qui assaillent le regard du touriste : des dodos dans une variété de matières : tissus, bois, cristal.

Et pourtant, son histoire n?est que sommairement enseignée dans les écoles. A part l?appétit hollandais pour cette chair dite huileuse et indigeste, ce qui a conduit à un massacre, l?on sait peu de choses de la bête.

Elle a repris du poil cette année sous plume d?Alan Grihault, spécialiste local, pour ses recherches approfondies publiées sous le titre ?Dodo, the bird behind the legend?. Ce qui fait qu?il n?y a rien d?étonnant à ce que son nom soit cité parmi ceux qui ont participé aux fouilles de Mare- aux-Songes. Lieu où l?ingénieur civil Harry Higgingson (dont le nom n?a pas été retenu par l?histoire) a découvert des ossements de dodo en 1862.

Venu dans l?île pour participer à la pose des chemins de fer, il a consigné en écrit les circonstances de la découverte. D?autres restes ont été découverts sur le même site entre 1891 et 1892 par Théodore Sauzier. Ils ont été envoyés à Cambridge, où le squelette de l?oiseau a été reconstitué, avant d?être retourné au musée d?histoire naturelle à Port-Louis.

Autant de faits relatés avec délectation par par Alan Grihault. Sous sa plume, envolé l?oiseau disgracieux et grotesque de notre imaginaire collectif. A la place, un oiseau du paradis.

L?auteur a ainsi retrouvé la première trace écrite de l?oiseau, datant de 1599. Témoignage qui en parle comme des ?fowls twice as big as swans.? Passant allègrement de la grande à la petite histoire, l?auteur relève avec à propos qu?un esclave marron, libre de 1663 à 1674, n?a vu un dodo que deux fois en onze ans.

Alan Grihault ne se laisse pas décourager par le mystère entourant la date de disparition du volatile. Il préfère nous surprendre tout en nous apprenant des choses. Le saviez-vous ? ?(The name of the Dodo) was attributed to another Mauritian resident, the Red Rail.?

S?aidant de la loi des chiffres, Alan Grihault explique que des mathématiciens ont calculé la date de la disparition du dodo à partir de dix rapports confirmés. Les chiffres auraient alors livré l?année 1690 comme celle où le dodo est entré dans la légende. Espérons que le début de polémique concernant les ossements de Mare-aux-Songes ne vont pas l?entacher.

Publicité