Publicité

Sachs, Lim et les autres

6 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il est obsédant ce refrain, à chaque tripartite. Il en devient ridicule. Le patronat continue à s?époumoner, le gouvernement joue à celui qui n?entend pas. Et l?on assiste, inquiets, à un handicap qui n?augure rien de bon : une lourdeur à trancher un dossier sur lequel il ne devrait pas avoir discussion. Productivité, compétitivité sont devenues les voies de survie, et la réforme réclamée du cadre des négociations salariales ne suit qu?une logique à laquelle nous ne pouvons plus nous soustraire. Or, nous piétinons.

Ce qu?il nous faut semble pourtant sain. Voyons Singapour. En 2002, l?île est affectée par la baisse de croissance des États-Unis qui se traduit par une réduction de l?importation d?équipements technologiques. Le « National Wages Council » lance ses recommandations : gel des augmentations salariales. Des bonus sont accordés ici et là. Il évite ainsi des licenciements massifs, laisse une certaine flexibilité aux entreprises frappées et garde l?économie debout. En temps de vaches grasses, il avait procédé autrement : 6,6 % d?augmentation en 2000, toujours tributaire des indicateurs.

L?employé singapourien est prêt à admettre que ce qui rentre dans sa poche dépend de ce qui rentre dans l?entreprise, dans le pays. Le travailleur mauricien refuse cette équation. Pas de flexibilité : ce n?est que l?inflation qui doit déterminer les révisions salariales, même si la compensation annuelle est le double de la productivité, même si l?entreprise risque d?être condamnée. Les syndicalistes devraient pouvoir admettre ces nouvelles règles. Or, ils font blocage. Pourquoi ? Peut-être parce que les parties n?en ont jamais vraiment débattues. A cette plateforme de communication par excellence, ils ne communiquent pas.

Face au travailleur, le patronat réclame d?abord tout de go « la fin » des tripartites. Il y a de quoi braquer le partenaire. Trait d?union, elles sont rassurantes, nécessaires bien que mal utilisées. Ensuite, l?entreprise n?offre, pour amener un changement de méthode dans la politique salariale, ni garantie de transparence, ni facilités de substitution. La réaction des travailleurs est parlante : les compagnies ont largement de quoi payer, disent-ils. Si elles n?acceptent pas de circuler l?état de leurs finances, comment vont-elles convaincre ? Outre la culture fermée de nos entreprises, la faiblesse intrinsèque des syndicats est peut-être aussi un obstacle à ces changements. Dans un autre cadre de négociation, ils devront défendre leurs intérêts autrement. Il y a peut-être une peur de prendre ce risque, sans la sécurité de l?Etat.

Si les deux parties avaient communiqué, ces problèmes latents auraient trouvé des solutions. Mais le débat n?a toujours pas eu lieu. Y aura-t-il d?autres occasions ? Les temps s?annonçant durs, les travailleurs vont durcir la ligne. Or, d?année en année, le ton du patronat devient plus alarmant. La solution, il l?indique. La toute première condition pour un deuxième miracle économique, dit la MEF dans son « Vision for Mauritius », ce sont des leaders courageux. Pas des spectateurs. C?est ce que le gouvernement s?obstine à être. Comme pour la réforme électorale, il recule au moment de faire le pas ; avec le rapport Sachs, dort le rapport Lim, professeur payé il y a deux ans pour nous montrer la voie vers une politique salariale moderne.

Publicité