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Rétro latino

11 février 2008, 00:00

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Toujours amoureux. Oye amigo, pense ce que tu veux, Martin Samudio lui, chante la grande passion. Avec des sanglots dans la voix. De l?espagnol entraînant, quand il n?est pas un peu traînant. Sur Amorosamente, album en forme de déclaration, lancé mercredi.

Et pourtant, de l?aveu même du chanteur et musicien, «c?est pas une histoire romantique que la mienne». Elle serait même plutôt du genre solitaire, pour ce crooner qui n?est plus en couple après deux unions. Et qui avoue avec franchise, qu?il aurait besoin d?un peu de compagnie.

Alors, un jour qu?il avait du vague à l?âme, qu?il confiait à Allan Marimootoo, un ami de longue date. «Eh, mo dans pins matlo», pour lui remonter le moral, celui-çi lui proposa de «badinn impe» en studio. C?est ce qui a donné après un an et demi de «badinaz», cet album de reprises de standard latino. De Palomablanca à Mais que nada, Martin Samudio pose sa voix sur ces rythmes latino qui ont présidé à sa naissance, qui ont façonné sa carrière artistique et modelé sa vie d?homme.

Et quand on lui parle encore ? trente ans après les faits ? du Los Reales del Paraguay, le groupe mythique dont il a fait partie pendant vingt ans. Avec lequel il s?est produit dans le monde entier ? y compris chez nous, Martin Samudio avoue : «c?est un peu ennuyeux».

Mais on ne se refait pas. Pas quand on parle créole avec l?accent qui est le sien, et c?est d?ailleurs l?un de ses regrets. Pas quand on a pris la nationalité mauricienne, il y a de cela 17 ans, tout en restant dans le regard des gens, le latino. Ce bonhomme qui, parce qu?il est mûr, n?aime pas dire son âge, s?en sort d?une pirouette: «l?âge c?est l?esprit».

Lui, a l?âge d?aimer la vie. L?âge des colères et des frustrations aussi. Bien sûr, il s?en rend bien compte. Sa musique n?est pas celle d?aujourd?hui. D?aucuns la classeraient sans doute dans la catégorie des has been. Oye amigo, pense ce que tu veux. Lui, la défend. «C?est pas du yaourt une musique qui mourra demain». D?ailleurs, Martin Samudio affirme qu?il est «professionnel depuis mes 16 ans».

«J?ai pris une année sabbatique pour aller en tournée avec le groupe Los Reales del Paraguay. Je crois qu?elle dure toujours».

Lui qui voulait devenir médecin, a été un temps footballeur (au sein de Nueva Chicago, équipe de deuxième division en Argentine) pour finir chanteur.

Martin Samudio, c?est donc plusieurs vies. La sienne commence au Paraguay. Ses parents émigrent à Buenos Aires, en Argentine, quand il a cinq ans. Il y apprendra ce que c?est que l?exclusion. Quand dans la cour de récré, on vous fait sentir que vous êtes un étranger, un pauvre. A l?heure des choix, il choisit la faculté de médecine de La Plata à Buenos Aires. Martin Samudio y restera six mois. C?est le Brésil et son football-samba qui l?attirent. Pour vite se rendre compte qu? «à 19 ans, vous êtes déjà vieux dans ce milieu».

Comme il sait aussi jongler avec ses cordes vocales, il intègre le Los Reales del Paraguay. «J?ai pris une année sabbatique pour aller en tournée avec le groupe. Je crois que cette année sabbatique dure toujours». Le sourire est là, mais il n?arrive pas jusqu?aux yeux.

Les tournées s?enchaînent. Et voilà un beau jour Los Reales del Paraguay en Australie. «C?est là-bas que j?ai rencontré le premier Mauricien de ma vie». C?était en 1974. Il s?agissait de Marcel Carver, un homme d?affaires. C?est donc lui qui propose au groupe de se produire à Maurice. De son premier jour à Maurice, Martin s?en souvient encore. «C?était l?hiver. Moi, dès que j?ai vu la mer, j?ai foncé et je me suis jeté à l?eau. Je disais, mais vous êtes fou de ne pas profiter de ce décor. Aujourd?hui, je crois que je suis gagné par la même folie». Sauf que son choix d?être Mauricien a tôt fait de rattraper Martin, qui confie qu?aujourd?hui, lui aussi marche aussi emmitouflé que les autres en hiver.

Hiver ou pas, Martin a le coeur chaud. Pour les beaux yeux d?une Mauricienne, le crooner quitte le groupe et s?installe chez nous. Honnêtement, «après 20 ans, j?en avais un peu assez de cette vie de groupe». Le voilà transformé en directeur d?animation, pendant six ans au Saint Géran et quatre ans au Maritim.

Côté foot, il est au coeur du Sunrise de la grande époque. Adjoint de l?entraîneur Ashok Chundunsing, Martin est tout aussi fier d?avoir coacher le gardien de but de la sélection nationale.

Oui, mais voilà. «A Maurice, on est loin des professionnels». Et ceux voulant gagner leur vie avec la musique n?ont plus qu?à se rabattre sur le circuit hôtelier. Comme lui, avec ses Latinadas. Des relents d?amertume remontent de temps en temps. Colorant la façade d?habitude joviale de Martin et les clichés associés au latino. Lo pasado pisado . C?est un peu sa devise. «Je ne reviendrais pas sur le passé».

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