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Régis Fanchette entre tourisme et littérature

8 mars 2005, 00:00

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Régis Fanchette rentre à Maurice après s?être temporairement mis au service du secrétariat mondial du Tourisme, en tant qu?attaché de presse de l?OMT. Il affiche sa foi dans le plein essor du tourisme à longue distance qui, dit-il, a le vent en poupe tandis que s?étiole le tourisme intra-territorial ou interrégional. L?année 1979 enregistre un total de 279 millions d?arrivées touristiques. Il se félicite de la perspicacité mauricienne ayant privilégié un tourisme sélectif. On est alors en pleine crise pétrolière même s?il n?est pas toujours question, comme aujourd?hui, de pétrole à 80 ou à 100 dollars le baril. La plus belle île au monde ne peut offrir à ses visiteurs que ce qu?elle possède. Il lui suffit pourtant de pouvoir distiller le rêve des charmes de la vie créole pour que s?opère la séduction et qu?étincelle l?illusion magique.

l?express continue pourtant de publier les lettres de Madrid de Monsieur Tourisme. Dans celle, de ce début de mars 1980, l?ami Régis redit toute son admiration pour Somdath et Chandranee Buckhory. L?auteur du Call of the Ganges choisit l?espoir, pense-t-il. L?homme, le poète, l?ami est à la mesure de l??uvre littéraire. Il est un semeur d?espoir. Il indique que l?Inde doit être prise comme une gamme d?humanité comme celle qu?on retrouve dans toute ?uvre shakespearienne. L?émotion est toujours sous-jacente chez Buckhory. Il distille l?art du « non-dit » à la manière de Tchekov. Ses préférences vont là où bruit la vie comme une ruche, là où la convivialité est le sel suprême de l?existence, là où l?espoir naît comme une fleur sur le fumier d?une étable. Buckhory aime citer un poème mettant en scène deux détenus. A travers ses barreaux, l?un voit la fange et l?autre des étoiles. Voilà qui résume Buckhory en quête de Bénarès. Maîtrisant pareillement hindoustani, anglais et français, il sait que toute langue doit véhiculer idées et émotions tout en étant instrument de communication et outil de travail. La plume doit être au service de l?espoir et de la fraternité. Elle doit transcender les mesquineries. Fanchette conclut : Buckhory honore l?île Maurice !

Ne quittons pas la littérature sans saluer une des plus émouvantes plumes du sud de l?île, de cette ?Savane en fleurs? où ?naquit l?âme? de Paul Jean Toulet et ?que l?Océan trempe de pleurs et le soleil de flamme?. BLB (Blanche Labat-Bruneau) laisse s?échapper un cri du c?ur déchirant: ?Ils ont tué Sophie? Le Sud perdu, oublié, le Sud sauvage (devenant depuis hôtelier et touristique), le Sud paisible et heureux n?existe plus? Notre tranquillité n?est plus? Route de Riambel (en partie détournée, soi-disant pour aménager une plage publique cinq-étoiles, comme le gobent trop facilement quelques journalistes-nigauds), route de la côte bordée de maisons, de cases, de bungalows sans prétention, au style simple et sobre. Riambel, avec ses campements humbles, ses demeures familiales, ses routes et sentiers où les passants peu pressés et la vie coulaient doucement. Etres proches des vérités réelles, de la nature? Route où l?on se promenait, jadis, en toute quiétude? Voilà que la tortue célèbre d?Amy et d?Emile Labat, voilà que ?Sophie? qui faisait la joie de tout un chacun, qui portait allègrement sur son dos les enfants du village, voilà que Sophie aussi n?est plus. Il faut parler d?elle au passé car cette route si calme est devenue, en raison du capitalisme, de l?arrivisme, de l?égoïsme, du je-m?enfoutisme, une route où rien, ni personne n?est respecté ou ne respecte? Des enfants au regard clair deviennent des vagabonds oisifs, prêts à se livrer à n?importe quel coup fourré? Ils deviennent des adultes grossiers et vulgaires? toujours prêts, en bande, à s?attaquer lâchement aux plus faibles, aux plus vulnérables? La mort aussi se promène sur cette route jadis si sereine? La mort roulant à la vitesse grand V sur cette route, devenue celle de ?l?or blanc?, ce sable si nécessaire au Dieu-Développement en béton, ce Mammon qu?il faut toujours servir de plus en plus en plus vite, au mépris de toute règle de prudence et de sécurité, au mépris même de la Vie. Sophie, la tortue géante d?Emile Labat, meurt le samedi 1er mars 1980, mortellement mutilée par un énorme camion de sable, trop pressé pour s?arrêter et accorder même un regard à sa victime.

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