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Rupture
Par Akilesh ROOPUN</B>
Les pratiques commerciales sont à l’aube des grandes transformations. La nouvelle loi sur la concurrence viendra changer les rapports de force entre les distributeurs, les fournisseurs et les consommateurs. Le gouvernement préconise une redistribution des cartes dans le marché de la distribution de détail pour favoriser la compétition au profit des consommateurs et des petits fournisseurs.
Le “Competition Bill” a d’abord une portée hautement politique. Ce texte de loi vient apporter dans une large mesure du sens à la promesse de l’Alliance sociale de démocratiser les opportunités de business dans l’économie. Il y a un souci de promouvoir l’équité et une certaine éthique dans l’échange des biens et services.
Il y a aussi une démarche économique pour corriger des déformations dans le marché. La grande distribution a apporté une certaine sophistication dans les modes de consommation des Mauriciens. Les grandes surfaces et les chaînes de supermarchés ont favorisé la concurrence et ont mis à la disposition des consommateurs des gammes de produits plus variées. Toutefois, leur expansion peut poser problème. Les bienfaits qui sont généralement attribués à la présence des grands magasins sur la place peuvent être sérieusement compromis si ces derniers commencent à occuper des parts de marché jugés trop dominants.
La loi appliquera des limites aux parts de marchés des différents opérateurs. L’espace physique qu’occupent les magasins est utilisé comme un critère de parts de marché. Une chaîne de magasins ou une alliance de chaînes ne pourra pas dépasser un certain seuil. Les directives de la Commission européenne dont le gouvernement s’en est inspiré pour préparer la loi préconise une limite de 30 %. Dans des territoires outre-mer telle la Réunion, le plafond est de 20 %. Les limites concernant le marché mauricien devrait se situer dans cette fourchette.
Dans un entretien qu’il accorde à “l’express”, le président de la Commission de la démocratisation de l’économie, Cader Sayed-Hossen, met en garde contre les dangers que représente les arrangements entre les différentes chaînes de supermarchés et les hypermarchés. Cette situation, selon lui, nuit aux intérêts des consommateurs en réduisant le niveau de concurrence sur le marché et en excluant beaucoup de petits fournisseurs de la chaîne logistique.
La loi imposera aussi des restrictions sur la concentration de certains opérateurs dans une région donnée. Elle vise à laisser l’espace nécessaire aux distributeurs indépendants pour pouvoir s’épanouir dans leurs localités respectives.
Les opérateurs existants de la grande distribution ne sont pas convaincus de la justesse de ces propositions. Si cette restriction peut sauver des business dans la région, elle peut aussi avoir l’effet contraire avance la chaîne de supermarchés Way dans un mémoire soumis à la commission de la démocratisation. Une telle mesure, selon elle, pourra aussi agir comme une barrière à un nouveau concurrent dans une localité. Cet opérateur cite l’exemple de la France où cette politique n’a pas donné des résultats escomptés. Les prix ont continué à grimper mais le taux de mortalité des petits magasins n’a pas baissé.
L’application de cette politique devrait être laissée à une institution forte, indépendante et crédible. La mise sur pied d’une “competition commission” sera un des axes vitaux de la nouvelle loi. Il incombera à cette agence d’appliquer les règles selon les réalités du marché.
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