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Rupture

4 mai 2005, 00:00

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Le changement sous le signe de la rupture. C?est ce que nous propose l?alternance politique. Le leader de l?Alliance sociale, Navin Ramgoolam, a dévoilé dimanche les grandes lignes de son projet économique et social. Les travaillistes et leurs alliés auront la possibilité de développer leurs propositions dans plus de détail durant la campagne électorale.

Souhaitons ardemment qu?ils le fassent. D?abord, si les protagonistes s?engagent dans des débats d?idées, ils auront moins de temps et d?énergie pour s?insulter mutuellement (et insulter l?intelligence des électeurs). Les hostilités électorales ont d?ailleurs très mal démarré avec les attaques personnelles. Tant mieux si le projet de l?opposition arrive à susciter un intérêt populaire d?ici les législatives du 3 juillet.

Autant pour la forme. Pour le fond, le leader de l'opposition suggère un modèle de développement économique qui soit en rupture avec la stratégie actuelle. L?alliance gouvernementale elle, prône en effet la continuité dans les politiques de croissance. La population est habituée à la continuité dans la gestion de l?économie et dans la manière de générer la richesse. Plusieurs gouvernements se sont succédé avec plus ou moins le même modèle de développement.

Le programme des travaillistes et de leurs partenaires vient, du moins à première vue, rompre avec une certaine tradition politique. Il leur incombe de bien évaluer les risques de cette rupture afin de ne pas mettre en péril une croissance qui n?arrive du reste toujours pas à se propulser sur une trajectoire supérieure.

Les travaillistes préconisent une ouverture de l?économie au moyen de la démocratisation : redistribuer le pouvoir et le contrôle économique à un plus grand nombre d?entrepreneurs.

Navin Ramgoolam parlait de l?attention prioritaire qu?un régime travailliste accorderait aux petites et moyennes entreprises (PME) dans un scénario de rupture. L?idée n?est pas contestable. Le pays a grandement besoin de multiplier ses sources de croissance avec l?essoufflement du textile-habillement et le déclin annoncé de l?industrie sucrière.

Mais il est toujours possible de dissimuler un dessein moins glorieux derrière une façade d??empowerment? des PME. Une redistribution des ?privilèges? et ?acquis? de l?establishment du secteur privé vers quelques groupes en dehors du ?mainstream?, mais proche du pouvoir politique, ne fera pas avancer la cause de la démocratisation économique.

Admettons que le Parti travailliste et ses alliés sont sincères dans leur démarche. Encore faut-il identifier, voire développer, une masse critique d?entrepreneurs susceptibles de transformer quantitativement et qualitativement (générer de nouvelles activités à haute valeur ajoutée) une économie habituée aux protections.

Maurice n?a jamais été une nation d?entrepreneurs, malgré son ascension économique dans les années 80 et 90. Le Mauricien moyen se plaît en salarié, et n?a jamais démontré une réelle propension pour le risque et l?aventure en affaires.

Le projet de démocratisation risque de se heurter à ces obstacles. Mais le plus gros danger à gérer reste une éventuelle réaction hostile de la part de l?establishment du secteur privé. Les travaillistes ont été très critiques à l?égard de certains groupes. Un régime rouge devra d?abord les rassurer que son projet n?est pas nécessairement au détriment de leurs intérêts à plus long terme.

Pour beaucoup, la rupture doit d?abord s?opérer dans les attitudes et les réflexes.

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