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Rundheersing Bheenick - Gouverneur de la Banque centrale

12 mars 2008, 00:00

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L?appréciation de la roupie par rapport à certaines devises a certainement été l?une des questions principales avec le FMI. La politique de la roupie forte a-t-elle été encouragée ?

Une roupie forte ou encore la politique monétaire de la Banque de Maurice n?a jamais été désapprouvée par la mission du Fonds monétaire internationale (FMI) pour la bonne raison que la roupie reflète les fondamentaux de l?économie mauricienne. Alors il n?a jamais été question d?empêcher la roupie de fluctuer librement. Il faut plutôt cesser de raisonner uniquement en termes du déficit de la balance commerciale car, bien qu?elle soit déficitaire, il y a des excédents du côté des services et des investissements.

La Banque centrale va-t-elle continuer à éponger les excédents de liquidités sur le marché des changes pour garder le système dans sa fonctionnalité ?

Absolument. C?est le devoir de la Banque centrale de s?assurer que le marché financier fonctionne. S?il y a des signes d?une surabondance de devises qui empêche le marché de fonctionner, c?est le devoir de la Banque centrale d?intervenir pour éponger les excédents de liquidités. Nous faisons celà pour éviter qu?il y ait des dérapages sur le plan monétaire. Nous le faisons aussi quand il y a un excédent de liquidités sur le marché des devises. À l?avenir, avec tous ces grands projets que le pays a en perspective, il est évident que nous aurons un flux considérable de devises qui forcément demandera une intervention soutenue de la Banque de peur que non seulement la roupie ne s?apprécie de façon exagérée mais aussi que le marché ne cesse de fonctionner. Notre intervention ne se limite donc pas uniquement au fait que le marché demeure fonctionnel. On n?a pas l?intention de fixer le taux de change de la roupie par rapport à telle ou telle autre devise. De toute façon, nous n?avons même pas les moyens d?agir dans ce sens, étant donné que le marché est ouvert. Notre mission principale consiste à contrôler l?inflation dans la mesure où on est aidé dans cette tâche par le degré du déficit budgétaire de l?État. S?il est trop grand, il est clair que la politique monétaire ne peut le corriger. Nos actions doivent aller dans la même direction.

L?émission de bons du Trésor est l?une des méthodes de la Banque centrale pour maintenir l?équilibre sur le marché monétaire. Mais cette action implique des coûts très élevés pour votre institution. Comment trouverez-vous les ressources nécessaires ?

Maintenir l?équilibre monétaire est le rôle que la Banque centrale doit jouer, selon la Constitution et elle le fait au nom de l?État. Elle n?a pas été mise en place pour faire des profits. L?objectif en créant la Banque centrale est d?instaurer la stabilité financière, la stabilité monétaire. Au cas où elle réalise des profits, ils sont reversés dans les caisses de l?État qui en est le seul actionnaire. Mais l?objectif du gouvernement n?est pas de réaliser des bénéfices avec la banque centrale. Son objectif est d?atteindre les stabilités financière et monétaire à moyen terme. On est jugé par rapport à la performance générale de l?économie et non à notre balance sheet.

Pour répondre à votre question, oui, nous continuerons à faire ce qu?il faut pour maintenir le cap sur notre mission. Pour le maintenir, il nous faut des ressources adéquates. Si nous ne les avons pas, pour une raison ou une autre, l?État nous permet d?avoir accès à ses ressources en priorité. Il émet dans ce cas des bons du Trésor au nom de la Banque de Maurice pour lui permettre de remplir sa mission.

La croissance économique en 2007 était due en partie à la performance du textile. Aujourd?hui, les acteurs de ce secteur estiment que leurs produits sont moins compétitifs sur le marché international avec l?appréciation de la roupie. Est-ce que cela n?aura pas un impact sur le taux de croissance de l?année courante ?

L?économie est en pleine restructuration. Il y aura toujours des secteurs qui connaîtront des difficultés, tandis que d?autres seront à la pointe. Cela dit, il faut faire la part des choses. Il y a des exportateurs positionnés dans le bas de gamme. Ceux-là auront des difficultés par rapport à la compétition puisque le marché est ouvert. Au même moment, les autres qui ont de meilleurs produits et des valeurs ajoutées plus élevées auront des activités florissantes. Mais Maurice, dans sa globalité, s?en sortira gagnant.

Propos recueillis par Nico Panou

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