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Rowin Naraidoo : voyage au bout de la nuit ?

4 avril 2005, 00:00

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C?est le jour du grand départ. Du faux départ ? Ce sera aux scolaires d?en juger aux séances de 10 heures et 13 heures aujourd?hui et demain. C?est à ces horaires que débutent les représentations de Le Voyage de Monsieur Perrichon, pièce d?Eugène Labiche adaptée par l?Atelier Pierre Poivre.

Un atelier aux allures de champs dévasté. Une semaine seulement avant la première, le voyage menace de tourner court. De phrases assassines en urgence de la création, pour ne pas dire, de pression mal gérée, trois comédiens ? nouvellement recrutés - reprennent la route de leur côté.

Parmi eux : Suren Rampersad, identifié pour tenir le rôle principal, celui de Monsieur Perrichon, nouveau riche qui prétend découvrir le monde à travers les fenêtre étroites de ses ambitions soi-disant morales. Un registre requérant une véritable performance d?acteur, au vu du nombre de lignes à mémoriser et la quasi-omniprésence du personnage sur scène. Six semaines se sont révélées insuffisantes pour, non seulement apprendre ses lignes mais surtout, pour donner une âme au personnage.

Quelques jours avant la première, l?amitié de longue date qui unissait Suren Rampersad et Rowin Naraidoo vole en éclats. La précipitation a eu raison des liens tissés au fil des années.

Mais Rowin Naraidoo refuse ne serait-ce que d?envisager l?éventualité du report ou l?annulation du spectacle. The show must go on. Avec sa tchache légendaire, le metteur en scène recrute à tour de bras. Enrôle jusqu?à sa femme dans ce voyage qu?il a décidé d?entreprendre à tout prix. C?est lui même qui sera Monsieur Perrichon. Le metteur en scène était déjà monté sur les planches, il y a quelques temps pour Le Malade Imaginaire. Sa parade : lire le texte sur scène. Qu?en sera-t-il pour Le Voyage de Monsieur Perrichon ? Rowin Naraidoo sera-t-il un de ces voyageurs hagards, avec une valise mal refermée, d?où dépasse des vêtements jetés pêle-mêle ?

Plus important, quelle image donnera-t-il de cet art des sentiments, aux collégiens qui payeront Rs 70 la place au théâtre de Port-Louis ? S?il est vrai que le théâtre se nourrit pour une bonne part, de la main généreuse de l?improvisation, la justesse de la représentation de l?humain ? dans sa fragilité, ses véhémences et ses contradictions ? ne tolère aucun à-peu-près.

<B>Bande dispersée</B>

Le théâtre est avant tout une expérience d?où l?on ressort, dans le meilleur des cas, avec le plaisir d?avoir ri, d?avoir réfléchi, d?avoir été bouleversé ou attendri. Surtout pas avec une sensation de vague nausée devant un amateurisme ? tous les faiseurs de théâtre le sont à Maurice ? qui n?a même pas eu envie de prétendre à la perfection.

La mise en scène ne roule pas comme une usine. Après toutes ces années, Rowin Naraidoo l?aurait-il oublié ? Lui qui affiche l?ambition de monter deux pièces en quelques semaines d?intervalle. Sa technique est redoutable. Ils sont nombreux à y avoir goûter. A en être dégoûté. Elle consiste à obliger chaque comédien à apprendre son texte dans son coin. La mise en commun consistera alors en une récitation du texte. Des lignes restituées avec un phrasé académique.

Parlons du concept d?atelier. C?est le lieu du choc des sensibilités. Les apprentis regroupés autour du maître finissent par se hisser à son niveau, par alimenter sa création. Chez Rowin Naraidoo, la figure du ?maître? est imposante. Voire écrasante. L?histoire de l?Atelier Pierre Poivre regorge de départs ? fracassants ou seulement amères. Aujourd?hui, les plus populaires ? les plus actifs ? ? ont pour nom Théâtralis.

Certes, le principe même d?atelier est construit autour du renouvellement régulier de l?effectif. Que reste-t-il encore de cet esprit à l?Atelier Pierre Poivre ? Présenter une pièce avec une dose massive de bonne volonté masque difficilement les apparences d?un ramassis disparate. A charge pour Rowin Naraidoo de nous convaincre du contraire lors de la soirée de gala prévue mercredi à 20 heures.

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