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Roopsen Sookaram : des tapisseries aux nuances délicates
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Roopsen Sookaram : des tapisseries aux nuances délicates
Du 3 au 7 août, Roopsen Sookaram expose ses seize somptueuses tapisseries, dont certaines pièces atteignent 1m 50 X 90 cm, au Centre culturel d?expression française de Curepipe.
A la connaissance de l?artiste, sauf erreur de sa part, c?est la première fois qu?une exposition de tapisseries est organisée à l?Ile Maurice, alors qu?au début du XXe siècle, l?Europe avait déjà donné à cet art sa nouvelle conception. Les Italiens l?avaient nommé ?arazzo? et les Anglais ?arras?, deux termes dérivant du nom de la ville d?Arras en France devenue célèbre grâce à ses laines du Moyen Age traitées avec soin et ses tapisseries du XVIe siècle. Mais à Maurice, la tapisserie est, dans certains milieux, toujours accueillie comme un art mineur. Pour échapper à la connotation péjorative dans le terme ?mineur?, elle s?est fait appeler ?art décoratif.?
C?est pourquoi, à travers cette exposition inaugurale, et par la même occasion à travers son premier solo ? car il n?a jusqu?à présent participé qu?à des expositions collectives ?, l?artiste vise à donner à un public large la possibilité d?une nouvelle vision sur les tapisseries contemporaines. D?abord, ?l?idée de cette exposition, déclare-t-il, est de faire découvrir ce métier.? Mais une fois entré dans le merveilleux que constitue le monde du tissage, ce même public ?ne verra plus la tapisserie comme un simple produit d?embellissement?, nous assure-t-il. En effet, comme nous l?explique l?artiste lui-même, il faut voir cet art comme ?le résultat de siècles et millénaires de recherche, de travail, d?expériences et d?imagination.? Voilà le résultat auquel il aimerait que le public arrive en sortant de la salle d?exposition.
Les tableaux de Roopsen ne sont pas réalisés avec de la soie aux fils argentés comme à la période de la Renaissance, mais tout simplement à l?aide de laine. C?est ?une matière destinée à réchauffer l?espace?, nous dit-il. Pas étonnant qu?au Moyen Age, les tapisseries étaient utilisées pour meubler la froideur des camps, pour briser les courants d?air des vastes demeures féodales et pour orner les murs des châteaux.
Fil à fil
Chez Roopsen, chacun des ouvrages est méticuleusement tissé à la main, fil à fil, en maniant les navettes sur lesquelles sont enroulés des brins de laine avec habileté et précision, sur un métier à haute lisse, c?est-à-dire dont la chaîne est verticale (comme les Gobelins). Dans le cadre d?un métier à basse lisse (Beauvais, Arbusson), la chaîne est à l?horizontale et cela permet de placer le modèle en dessous. Mais avec un métier à haute lisse, le modèle doit être placé derrière l?artiste. Ce qui ne facilite pas la tâche du tisserand qui, à moins de dessiner directement sur la chaîne, doit tisser à l?envers pour pouvoir reprendre à chaque instant chaque fil de trame, l?arrêter au bon endroit, le nouer et couper selon le dessin.
On comprend pourquoi chaque ouvrage a nécessité deux à trois mois de travail dans son atelier. Ainsi, réalisées durant les quatre dernières années, ses tapisseries sont de véritables panneaux de tissu formant une véritable mosaïque de laine représentant chacune une ?uvre en soi, théoriquement indivisible. Elles relèvent parfaitement de la catégorie des tapisseries contemporaines.
Rappelons pour la petite histoire, qu?avant la Seconde Guerre mondiale, les tapisseries tentaient de se rapprocher le plus possible des tableaux de peinture. Les couleurs étaient vives et brillantes, les nuances délicates. La composition était élégante et pleine de fantaisie. C?est Jean Lurçat qui a démarré l?aventure de la tapisserie contemporaine. Il fut le premier à comprendre que les lois de la tapisserie n?étaient pas celles de la peinture. En réduisant alors les couleurs à un petit nombre de ?tons francs?, et en supprimant la perspective et le modelé, il a donné à la tapisserie sa fonction de décor mural.
Chez Roopsen Sookaram également, l?art de la lisse s?intègre dans le vaste courant plastique de l?art contemporain. Comme on peut le voir, ses sujets sont adaptés au temps nouveau. Ils ne sont pas mythologiques comme chez les tisserands d?antan qui cherchaient à retracer la ?légende dorée? ou la vie des saints. Roopsen avoue qu?il n?a pas de thème principal. Mais il emprunte les éléments de la vie quotidienne transposables en tapisserie. On peut même voir dans sa Danse typique un thème très local : un groupe de gens dansant au rythme d?un sega au bord de la mer. Son Corail chazalien est par contre réalisé d?après un carton de Khalid Nazroo.
Par ailleurs, dans l?ensemble ses couleurs sont variées. L?Ile au pluriel et Nature morte sont représentées dans un flamboiement de couleurs, alors que Bambous affiche une réduction de couleurs. Par contre, leurs nuances ne présentent cependant pas de graduations délicates, comme dans un tableau de peinture. Ici chaque parcelle est réalisée à l?aide de différents fils de couleurs par un enchevêtrement aux traits délimités ? d?où les ombres ne sont pas soulignées.
Les images sont figuratives, semi-abstraites ou abstraites. Cela permet au tisserand de s?exprimer librement par touches sensibles comme dans Jeu d?enfant et Crépuscule. L?élégance de ses traits permet le détachement sur fond des personnages, comme dans L?attente. Et les scènes sont pour la plupart sans profondeur, obéissant par-là même aux exigences du décor mural.
Quoi qu?il en soit, à travers cette exposition, Roopsen Sookaram dévoile son l?amour du ?métier?, d?un art difficile. C?est un artiste qui rejette la solution facile et la médiocrité. Quand on sait voir dans ce tapissier un tisserand qui modèle et qui peint, on n?est pas étonné que Khalid Nazroo voit en lui ?un cas unique dans le milieu de l?art?.
?Ses tapisseries sont de véritables panneaux de tissu formant une subtile mosaïque de laine représentant chacune une ?uvre en soi, théoriquement indivisible.?
PORTRAIT
?Vish? et la passion de l?art
Né le 27 septembre 1958 à Beau-Bassin, où il a grandi avant de s?installer à Quatre-Bornes, Roopsen Sookaram, ?Vish? pour les intimes de l?art, a fait ses études secondaires au collège New Eton de Rose-Hill. Sa passion pour l?art en général le conduit à faire des études poussées dans le domaine. Aujourd?hui, diplômé en art graphique de l?Ecosse, Roopsen possède également un degré (Bachelor) en art visuel. Il est affecté, depuis plus de vingt ans, au département du Visual Arts de Mauritius Institute of Education où il est actuellement ?Senior Technician?. S?il s?est spécialisé en photographie, en sculpture céramique, et en peinture, ce sont la tapisserie et la céramique qui l?attirent le plus. Il travaille actuellement sur le projet pour une exposition de ses ?uvres en céramique.
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