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Roger How Cheung Fong et la tradition chinoise

17 février 2007, 20:00

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Aujourd?hui, Maurice s?est réveillé avec le bruit assourdissant des pétarades? et se régalera de petites gourmandises. La fête du Printemps est célébrée par toute la diaspora chinoise. Les sino-mauriciens entrent de plain-pied dans la nouvelle année du cochon. Alors, ne vous refusez pas le plaisir de croquer dans de croustillants chipeks et gâteaux cravate, sans oublier le m?lleux de l?incontournable gâteau la cire. Ces délices d?origine chinoise sont en vente dans les boutiques et les supermarchés, mais rien ne remplace ceux qui sont offerts pour la fête. La tradition du partage leur confère une empreinte toute particulière.

La misère n?était jamais loin

Dans la petite fabrique de gâteaux de Roger How Cheung Fong, les sachets se remplissent de chipeks, de gâteaux cravate, de gâteaux au sésame et de gâteaux la cire. Une activité de fourmi qui débute aux petites heures du matin et ce, trois semaines avant le début des fêtes. Les membres de sa famille viennent en renfort pour tout fabriquer et empaqueter et tout cela est fait de manière artisanale. La modernité n?est pas venue empiéter sur le territoire de la tradition. Et lorsque la période des fêtes sera terminée, tout le monde recommencera à vaquer à ses activités habituelles.

Lorsque l?on mord dans une tranche de gâteau la cire de la fabrique de Roger, ce n?est pas seulement son aspect lisse, sa couleur marron, sa saveur sucrée rehaussée d?orange que l?on apprécie. Mais c?est toute la connaissance et le savoir-faire passés de génération en génération que vous tenez entre vos mains. Roger et sa famille mettent cet héritage en pratique année après année. « Bane sé ki conne manz gato la cire conné qui ici nou pou done zot ène bon produit », confie Roger. Il n?en dévoilera certainement pas le secret, laisse-t-il entendre.

Ils sont nombreux à en fabriquer, mais chacun y met un peu de sa touche personnelle.

Roger n?a pas toujours été dans la fabrication de gâteaux d?origine chinoise. En 1940, il voit le jour à Port-Louis de parents venus de Chine en 1939. À sa naissance, la vie ne lui a pas fait de cadeau ; la misère n?était jamais loin. Il n?a que cinq ans lorsqu?il commence à travailler. Ce ne sont pas des gâteaux qu?il fabrique alors, mais des savates en éponge aux côtés de sa mère. Malgré son jeune âge, il doit lui aussi mettre la main à la pâte. « Mo bien rappel ki mo ti éna cinq ans quand mone commence travail parski ti éna ène cyclone ki ti vine lors Maurice. »

Certains événements nous effleurent à peine alors que d?autres laissent leur empreinte comme le souvenir de ce garçonnet de 5 ans qui sort dans le mauvais temps pour ramasser des mangues afin d?apaiser sa faim.

Ses premiers pas à l?école se font à 7 ans dans une école chinoise et il cesse, par la même occasion, de travailler. Grâce à ce passage dans cet établissement, Roger est une référence en rites et traditions chinoises. Avec fierté, il pointe du doigt un petit placard renfermant ses manuels en mandarin sur l?histoire de la Chine, les diverses fêtes et les rituels. Tout cela fait partie de lui. « C?est parski mone alle dans ène l?école chinois ki mo fine apprane tout ça la », raconte-t-il.

Sans même avoir à consulter le manuel de pages fines parsemées de caractères chinois qu?il tient entre les mains, Roger parle des signes astrologiques, de l?année du cochon qui promet d?être fructueuse. Il pourrait sans aucun doute passer des heures à partager ainsi ses connaissances. Des mots en chinois lui viennent quelquefois tout naturellement et il doit faire appel à l?un de ses enfants pour traduire quelques mots de créole qui lui échappent.

Mais à 12 ans, Roger doit partager sa journée entre l?école et le travail. Cette fois-ci, il prépare des gâteaux arouille avec sa mère. À 17 ans, il quitte l?école et se consacre entièrement au travail avec ses parents. Il continue ainsi durant près de six ans avant d?ouvrir sa boutique à Highlands lorsqu?il se marie. Il vendra son modeste commerce à peine deux années plus tard.

Un vrai commerçant

En vrai commerçant, Roger se lance dans un autre type d?activités. Il effectue des voyages régulièrement à l?île de la Réunion pour y vendre des mets traditionnels chinois. Mines, boulettes et gâteaux en tout genre trouvent preneur à l?île s?ur. Cette affaire l?aide à faire des économies. Cela lui permettra d?ouvrir une boutique à Rivière-des-Anguilles. Il la vendra quel-ques années plus tard. Il se lance ensuite dans une petite usine de sel, de nourriture pour poulet, de chipeks et de bougies. Une année plus tard, en 1979, il ouvre une usine de plastique, qui est aujourd?hui sous la responsabilité de son fils.

Au fil des années, Roger a certes gravi les échelons, mis à son profit les facilités qu?offre la modernité, mais ses délicieux gâteaux la cire demeurent artisanaux. Lorsque la période des festivités touchera à sa fin, la modeste fabrique de gâteaux retrouvera sa tranquillité habituelle, les étagères se videront et le four à vapeur s?éteindra jusqu?à la prochaine fête du Printemps.

Roger How Cheung Fong, ce petit homme menu aux cheveux grisonnants, est la simplicité même ; il est surtout attachant. En le quittant, il nous laisse une impression de bonne humeur et de générosité. On ne peut que se dire que la fête du Printemps ne serait pas la même sans ces hommes et ces femmes qui ont le savoir-faire de toute cette tradition venue d?un autre continent?

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