Publicité

Rog et Volcy préparent ?25 leçons? d?humour

8 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le défunt Cernéen vend la mèche en ce début de novembre 1980 : Yvan Lagesse, dit Volcy, et Roger Merven, alias Rog, mijotent un livre satirique particulièrement féroce et pimenté qu?ils comptent intituler Comment vivre à l?île Maurice en 25 leçons. Ce titre fera recette car il sera en partie repris par un de nos historiens vers la fin du 20e siècle. Beau joueur, Volcy lui présentera ses excuses d?avoir, sans savoir, plagié son titre avec une vingtaine d?années d?avance. Comprenne qui pourra !

Mais nous n?en sommes pas encore là, en ce lendemain de fête des défunts et de ?tu tousses? hein !? Le Cernéen essaye d?en savoir plus et tombe sur un Yvan Lagesse, banquier de son état, ne cachant pas sa surprise. ?Un livre ? de moi ? Première nouvelle ! Je ne suis pas aux comptes courants !? Le reporter éberlué a quand même l?occasion d?entendre Volcy, recommandant la pêche de rivière à un client en quête de millions. Il apprend aussi, car les murs ont des oreilles, que le livre, le chef d??uvre de Volcy, sera « probablement » illustré par Rog et imprimé par l?ami Michel (Coquet). La sortie du livre est prévue pour la seconde quinzaine de décembre. Renseignement exact car, en dernière page, on peut y lire, la note manuscrite suivante : ?Ac(h)evé d?imprimer sur les presses hyper-modernes de l?Imprimerie Commerciale, grâce à la collaboration de son vaillant équipier (vaillante équipe raturée), le dix-huit frimaire, an douze de la République mauricienne (mauritanienne raturée dans le texte)?.

Le livre paraît broché sous une belle couverture bleue, illustrée de silhouettes humaines découpées aux ciseaux. Elle respecte l?étiquette scolaire où sont inscrits le nom de l?auteur (Yvan Lagesse), de sa classe (retenue), de son école (buissonnière) et du sujet (comment vivre à l?île Maurice en 25 leçons). La préface est de Hector Paletot D.D. (Diplômé in Domino) et les illustrations de J. Roger Merven. Le livre est une des rares productions de l?édition mauricienne à respecter les conventions typographiques et éditoriales. La page de garde existe. Elle est même illustrée d?un garde de page, par mesure de sécurité. Un collègue le suit comme son ombre pour surveiller le verso de la page de garde. Des empreintes digitales, agrandies à l?échelle d?un pouce égale un pouce, tiennent lieu de signature de l?auteur qu?il ne faut pas confondre avec l?épaisseur du livre (allusion à Freddy Appasamy alléguant que quelqu?un a déjà réclamé à la bibliothèque municipale de Port-Louis ?ène livre même l?épaissère si ou plaît !?) La mention classique de la réserve des droits d?auteur est illustrée d?un couple de lapins qu?entoure significativement sa progéniture. La page de justification du tirage fait allusion à un ?manuel d?études pour attardés mentaux, commis dans un moment d?égarement?, ?pondu à 3 000 exemplaires numérotés de zéro à 000 000?. La page de reconnaissance mentionne Adam et Eve (« sans lesquels cet ouvrage ne serait sans doute jamais venu au monde ») et aux 980 000 Mauriciens recensés en 1980 (?qui y ont contribué et à chacun desquels en particulier va la reconnaissance émue de l?auteur?, déguisé en crocodile en larmes). La pensée liminaire vaut son pesant d?or et devrait inspirer plus d?un, en commençant par le signataire de cette chronique : ?Ce n?est pas parce que l?on n?a rien à dire qu?il faut le faire savoir?.

La table des matières se divise en système, gens et vie de tous les jours. Chaque chapitre a un titre (accessible à tous) et un sous-titre (déjà plus subtile). Cela donne ceci pour le système : les experts (I can do), le fonctionnaire moyen (go-slow organisé), les impôts (strip-tease légal), les pots de vin (la lubrification des phalanges), l?émigration (zé grarse ize grineur), la politique (to manzé, mo manzé), l?éducation (français ze conne, anglais ze débrie), la finance (la roupie est toujours de boue), le travailleur de relève (lé corps pas bon). Pour les gens, l?auteur retient ceci : les réceptions (les jeux de satiété), les écrits vains (les scribes et les fats risibles), les gens bien (les grands snobles), mendiants et imposteurs (ou même papa), les cérémonies (le lasso nubial), le petit commerce (la cause ou), les touristes (opération Kodak), l?humour mauricien (l?esprit du poulailler). Les rubriques suivantes font partie de la vie de tous les jours : les journaux (la coquille journalière? et la rectification qui sent suie), le transport (le supplice de la roue), radio et télévision (Mille B ruits C onfus ? avec ou sans suspense ion), sports et loisirs (papa lève poids), les courses (l?hippodrame), les cyclones (sont amis que vent emporte), le cinéma (une drôle de bobine), les restaurants (sévices compris).

La préface est de Hector Paletot, président de l?Inamicale Maurice/Londres, fondée après le refus d?une requête concernant la concession de guano de Trafalgar Square. Mention y est faite de Lady Bubblegum, allusion à la gomme se trouvant au verso des Post Office. La plus belle page car la plus patriotique et la mieux inspirée de ce chef d??uvre, à lire et à relire, demeure, bien sûr, l?après-propos car elle rend attachants nos défauts. A apprendre par c?ur. A quand la suite ?

Publicité