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Robert Rivalland, « témoin malheureux »de l?affaire

6 avril 2008, 00:00

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Robert Rivalland n?y aura finalement pas réchappé. Cet ancien cadre du groupe Rogers a été condamné, cette semaine, à six mois de prison pour complicité dans l?affaire de détournement de fonds au détriment d?Air Mauritius. C?est la deuxième personne à s?être vu infliger une peine de prison dans cette affaire. Robert Rivalland a signifié son intention de faire appel de sa condamnation. De l?avis de certains observateurs, ce jugement vient clore le dossier du « scandale » Air Mauritius.

Pour rendre son jugement, le full bench de la Cour intermédiaire, composé de Benjamin Marie-Joseph, de Nicolas Ohsan-Bellepeau et de Renuka Devi Dabee, s?est grandement appuyé sur le témoignage de l?ancien directeur financier d?Air Mauritius, Gérard Tyack, qui a été le témoin à charge durant le procès.

« Le livre de caisse a été tenu d?une façon rigoureuse et n?a pu être fabriqué. Tyack est un témoin de la vérité », ont-ils conclu. Un avis qui est venu prendre à contresens la défense de Robert Rivalland qui a, tout au long du procès, essayé de « démolir » le témoignage de l?ancien directeur financier d?Air Mauritius.

Lors des auditions, Gérard Tyack a, en effet, expliqué qu?à la demande de sir Seewoosagur Ramgoolam, il avait mis sur pied une formule afin de financer le journal Advance. Une commission spéciale de 1 % a ainsi été prélevée sur les billets d?avion à destination de Londres. Une commission spéciale de 3 % cette fois sera, par la suite, appliquée sur les billets d?avion à destination de l?Afrique du Sud. Quatre hauts cadres de la compagnie nationale d?aviation et de Rogers ont été impliqués dans cette affaire.

L?ancien patron d?Air Mauritius, sir Harry Tirvengadum, et Joseph Yip Tong ont vu les poursuites judiciaires initiées à leur encontre arrêtées à cause de problèmes de santé. Le troisième protagoniste de l?affaire, Derek Taylor a, pour sa part, bénéficié d?un non-lieu. C?est ce qu?a tenté d?obtenir Robert Rivalland, sans succès.

<B>« Je n?ai jamais touché un sou de la caisse noire »</B>

Depuis l?arrêt des poursuites à leur encontre, tous trois se sont faits discrets. « Ces dernières années ont été très dures, notamment avec la médiatisation du procès. Ils souhaitent maintenant s?accorder un peu de temps pour tenter de tourner la page », laisse entendre un avocat, proche de l?affaire. Et d?ajouter : « En ce qui concerne sir Harry Tirvengadum et Joseph Yip Tong, il ne pouvait y avoir d?autre solution que de mettre fin aux poursuites. Ce sont deux personnes qui font, aujourd?hui encore, face à de gros problèmes de santé. »

Un constat qui n?est pas sans rappeler des déclarations qu?avait faites Jack Bizlall lorsque les poursuites initiées contre l?ancien patron d?Air Mauritius ont été abandonnées l?année dernière : « Vous allez voir ce que je vais faire si je le vois marcher en janvier. »

À sa sortie du tribunal après sa condamnation, Robert Rivalland a estimé avoir été « injustement » condamné et a fait part de son intention de faire appel du jugement. Un sentiment partagé par l?entourage de l?ancien cadre qui explique qu?il n?a « jamais touché à un sou de la caisse noire. Il a été le témoin malheureux de toute cette affaire ».

Les avocats de la défense, Mes Guy Ollivry, Queen?s Counsel, et Yanilla Moonshiram, avocate, ont pourtant tout tenté pour mettre à mal le témoignage de Gérard Tyack. Ils ont notamment fait remonter sa participation dans le fonctionnement de ce fonds occulte. Une tentative qui visait à décrédibiliser les déclarations de l?ancien directeur financier.

Lors de l?une de ses précédentes comparutions, Robert Rivalland avait même affirmé n?avoir jamais évoqué l?existence du fonds spécial avec Gérard Tyack. Il a en outre expliqué que son implication dans cette affaire ne peut résulter que d?une vengeance dont il aurait été victime pour avoir refusé de payer un chèque de Rs 1,8 million en 2000. Toujours selon ses dires, Gérard Tyack aurait fortement insisté, mais en vain. Ses explications n?ont manifestement pas convaincu les magistrats.

Les conseillers légaux de Robert Rivalland s?attellent maintenant aux procédures en vue de faire appel du jugement. Le chapitre de la caisse noire d?Air Mauritius pourrait donc continuer à être au centre de l?attention encore quelque temps, avant que la page ne soit tournée, définitivement. « À moins que d?autres révélations ne soient portées au grand jour », laissent entendre certains observateurs, sceptiques.

L?affaire en dates</B>

5 septembre 2001</B> : Le syndicaliste Jack Bizlall envoie une lettre dénonçant des malversations qui, selon lui, sont en cours depuis 1989 à Air Mauritius.

■ <B>3 octobre 2001</B> : La police procède à l?arrestation de Gérard Tyack, directeur financier de la compagnie d?aviation nationale.

15 octobre 2001 </B>: Le P.-D.G. d?Air Mauritius, sir Harry Tirvengadum, est interrogé par la police pendant plus de sept heures. Il doit alors faire face, selon les enquêteurs, à des « preuves accablantes ».

■ <B>16 octobre 2001</B> : Sir Harry Tirvengadum est inculpé d?entente délictueuse. Il s?acquitte alors d?une caution de Rs 1,5 million et signe une reconnaissance de dette de Rs 5 millions.

■ <B>22 novembre 2006</B> : L?état de santé du P.-D.G. d?Air Mauritius se dégrade. Les médecins diagnostiquent un syndrome coronaire aigu.

■ <B>4 septembre 2007</B> : Sir Harry Tirvengadum comparaît en cour intermédiaire. Il arrive à bord d?une ambulance et est transporté dans la salle d?audience sur une civière. Cette comparution fait couler beaucoup d?encre.

■ <B>3 décembre 2007</B> : La cour ordonne l?arrêt des poursuites contre Harry Tirvengadum estimant que sa santé ne lui permet pas de faire face à son procès.

■ <B>11 mars 2008</B> : Estimant qu?il n?y a pas assez de preuves, la cour intermédiaire décide de l?arrêt des poursuites entamées contre l?ancien patron du groupe Rogers, Derek Taylor.

<B>3 avril 2008</B> : Robert Rivalland est trouvé coupable de complicité. Il est condamné à six mois de prison.

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