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Risques sanitaires importants

31 décembre 2004, 00:00

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Plus de 100 000 morts ? L’estimation est devenue raisonnable avec l’étendue de la catastrophe dans le Nord indonésien, à la suite du séisme et des tsunamis du 26 décembre. L’ONU pense qu’à Sumatra, l’île indonésienne la plus touchée, le bilan pourrait se situer entre 50 000 et 80 000 victimes. Jeudi 30 décembre, les Indonésiens annonçaient que le nombre recensé s’élevait déjà à plus de 45 000.

L’ajustement de ces décomptes macabres se poursuit, d’heure en heure, dans l’ensemble de l’océan Indien : plus de 22 000 morts et de 20000 blessés au Sri Lanka ; plus de 10000 tués en Inde et près de 2000 en Thaïlande. Il y a eu également au moins 67 tués aux Maldives et 66 en Malaisie. Sur la côte orientale de l’Afrique, 114 personnes ont péri en Somalie et une dizaine en Tanzanie.

<B>Fournir de l’eau potable</B>

Ces chiffres provisoires ne pourront que croître car les disparus se comptent par dizaines de milliers. En Thaïlande, le premier ministre a estimé, jeudi, que le nombre des victimes pourrait être proche de 7000, car, a-t-il dit, 80% des quelque 6 000 disparus sont sans doute morts. Alors que l’on continue de découvrir ou de dégager des corps un peu partout dans les régions les plus affectées par les vagues géantes, les services de secours s’inquiètent des menaces d’épidémies.

“Nous ne savons pas combien de personnes risquent de mourir dans les jours et les semaines qui viennent. Mais nous savons de façon certaine que les gens seront malades. C’est pourquoi il est essentiel que l’opération de secours s’oriente sur la fourniture immédiate d’eau potable”, a déclaré, à Genève, Carol Bellamy, directrice exécutive de l’Unicef. “Les centaines de milliers d’enfants qui ont survécu aux vagues géantes risquent d’être désormais gravement malades, simplement pour avoir avalé une gorgée d’eau”.

Si l’accès à l’eau potable est la priorité des priorités, une multitude d’autres problèmes se posent. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que 5 millions de gens n’ont plus le nécessaire pour survivre. Voilà cinq jours maintenant que des pêcheurs et paysans aux îles Andaman, au Tamil-Nadu indien, dans le sud du Sri Lanka, n’ont pratiquement plus à manger. Leurs réserves se sont vite épuisées, puisque des villages entiers ont été rasés ; des centaines de bateaux de pêche sont fracassés et, à proximité des côtes ; des eaux stagnantes et saumâtres, déposées par les tsunamis, ont ruiné les cultures.

Sur les côtes d’Atjeh, des affamés ont commencé à se battre autour des paquets de nourriture largués par des avions militaires en l’absence d’accès par terre. A Lhokseumawe, ville de la côte est, des malfaiteurs ont propagé de fausses alarmes afin de pousser des survivants à fuir pour voler. “Il faudra peut-être encore de 48 à 72 heures pour pouvoir répondre aux demandes de dizaines de milliers de gens qui réclament une assistance”, a déclaré, jeudi, à Banda Atjeh, Jan Egeland, qui coordonne sur place l’assistance de l’ONU.

Le bien-être de millions de sans-abri, de l’Inde à l’Indonésie en passant par le Sri Lanka, est menacé non seulement par la disette, mais aussi par l’inexistencence de latrines et par les eaux stagnantes qui attirent les moustiques propagateurs de paludisme. Le fait que, pour le moment, le tiers des victimes soit des enfants, dont de nombreux orphelins, pose un grave problème dans les régions dénuées d’assistanat social. Qui les prendra en charge ? Dans le nord de Sumatra, dans la province d’Atjeh, zone de conflit armé, les vagues et la boue ont déterré des mines placées par les deux camps en présence, ce qui constitue un danger supplémentaire.

Dans les zones touristiques, comme le Sud thaïlandais et le Sud sri-lankais, des dizaines de milliers d’emplois sont perdus. Il faudra de nombreux mois pour remonter la pente et sans doute d’une à deux années, selon les endroits, pour qu’un retour à la normale soit possible. La note du cyclone qui avait fait 10 000 victimes en Amérique centrale en 1998 a été évaluée à 4 milliards d’euros. L’ONU pense que, cette fois-ci, l’addition pourrait être supérieure à 10 milliards.

Entre-temps, une série de fortes répliques sismiques a été enregistrée dans le nord indonésien. La dernière, peu avant l’aube jeudi, a été évaluée à 5,2 sur l’échelle de Richter. Son épicentre a été localisé dans la mer, au large de la côte ouest de Sumatra. Deux autres séismes avaient été ressentis, mercredi soir, de magnitude 5,1 et 5,2.

“Ce n’est pas assez puissant pour provoquer un raz de marée”, a assuré l’Institut indonésien de géophysique. Mais toute secousse tend à décourager les populations côtières à retourner chez elles. Beaucoup de gens, même privés de tout, préfèrent camper sur des collines en attendant que la terre arrête de trembler.

<B>@ 2004 LeMonde – Jean-Claude Pomonti

Distribué par New York Times Syndicate</B>

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