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Rishi Seeruttun, l?alchimiste du beau

11 décembre 2006, 00:00

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Un peu à la manière d?un enfant qui découvre le monde. Qui poserait toujours plus de questions. Sans cesse. Sur tout ce qui l?entoure. Fasciné par le pourquoi des choses. Rishi Seeruttun, tel l?organisateur d?un grand feu de joie, a décidé de faire passer à la matière l?épreuve du feu.

Alcool, essence, diesel, mais aussi acides et oxydes. Tout un arsenal de produits chimiques pour repousser les limites du denim et de la toile de jute. Why ? Rishi Seeruttun égrène les bonnes raisons. Celles qui invitent à visiter son exposition de 17 tableaux qui se tient jusqu?au 20 décembre à l?école des Beaux-Arts du Mahatma Gandhi Institute.

Why ? Parce que le quotidien du plasticien n?est pas facile. Parce que dans son entourage, les exemples de ?gens qui s?enfoncent? augmentent. Parce que l?on perd chaque jour un peu plus d?innocence.

Marchand de légumes le jour, c?est la nuit qu?il triture les textiles. Son art, qu?il a toujours souhaité différent, Rishi Seeruttun l?a ancré dans son parcours académique. Au départ, il ne se consacre pas à la plastique classique mais à un diplôme en Textile Design. Mais l?étudiant d?alors se rend à l?évidence : ?Le textile ne marche pas?.

A force de manipuler toile écrue et teintures, il a l?idée de s?exercer sur ses propres jeans. Vêtements qui à force d?être portés, sont devenus, pour lui, comme une seconde peau. Voilà comment est née ?une forme d?expression bien à moi?. Un espace où les réactions chimiques deviennent artistiques. Un cadre aussi ?pour que les gens se posent des questions?, s?intéressent à lui.

Un père inquiet

Accroché à l?entrée de l?école des Beaux-Arts, un tableau à deux tons. Yin et yang. Intitulé Satan. Quand on regarde de plus près, le noir qui coule dégouline en? blanc. Mais chut, c?est son secret. Par certains côtés, Rishi Seeruttun, nous fait penser à un savant fou inventant de nouveaux sévices pour la matière textile.

Et dire qu?Unforgettable fire, une autre de ses ?uvres, est un rappel incandescent de l?incendie qui a ravagé la maison de l?exposant, il y a cinq ans. Belle opportunité d?appeler au secours, avec Rescue me. Toile orange qui restitue de manière parlante à la fois la chaleur et la noirceur de la combustion.

Et puis, là aux milieux des ?flammes?, une silhouette. Celle d?un enfant. Son enfant. Rishi Seeruttun l?avoue. Père d?un petit bout de chou de deux ans et demi, il est un père inquiet. Comme nombre de parents. Un père qui s?interroge sur les choix de vie que fera son fils. Et si l?ombre du père est bien présente, là, dans les dégradés noircis du jute, Rishi Seeruttun sait bien qu?il ne sera pas toujours là. Et qu?il ne pourra contrôler ? comme il le fait avec les inflammables et les sels ? les effets de la vie sur sa progéniture.

Alors, pour tromper l?inquiétude, le plasticien se mue en chef d?orchestre. Celui qui dirige le ballet des oxydes quand ils s?emparent des couleurs. Turquoise, bleu, rouge. La chimie entre dans la danse de l?art.

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