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Rigidités

8 mars 2006, 00:00

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par Stéphane SAMINADEN

Ce n?est pas souvent que la Mauritius Employers? Federation (MEF) décrit avec autant de pessimisme la situation économique du pays et qu?elle crie haut et fort son inquiétude. La fédération patronale nous avait habitués à plus de sobriété dans le passé.

La croissance est médiocre, le taux d?investissement bas, l?épargne est déprimante, le déficit de la balance commerciale est colossal tandis que l?emploi est en déclin. C?est ainsi que la MEF a choisi de résumer la situation économique du pays.

Objectivement, la MEF ne pouvait pas ne pas rappeler que presque tous les paramètres sont dans le rouge. Mais le ton et les adjectifs choisis témoignent d?une volonté de choquer et de secouer. C?est un peu de la même veine que la première analyse économique pour l?année de la Mauritius Commercial Bank (MCB).

Il y a de l?impatience, voire de l?exaspération, au sein de ?Corporate Mauritius?. Alors que même le ministre des Finances évoque une situation d?urgence économique, le secteur privé s?attend à des mesures qui soient en rapport avec les extrêmes difficultés du moment.

Ce serait malhonnête de dire que le gouvernement ne fait rien. Le ?Fast Track Committee? contribue positivement à l?accélération des dossiers et au démarrage d?importants projets d?investissement. Il faut aussi faire crédit au gouvernement d?avoir su doper les arrivées touristiques dont la croissance est à deux chiffres depuis décembre dernier.

Néanmoins ce ne sont pas seulement des interventions ponctuelles qui sont attendues. Comme le Fonds monétaire international (FMI) et la MCB, la MEF réclame des réformes en profondeur pour restaurer la compétitivité des entreprises, améliorer la productivité et relancer l?investissement et la croissance. ?Des demi-mesures ne marcheront pas?, insiste la MEF.

Toute la question est là. Le gouvernement aura-t-il le courage d?entreprendre des réformes qui sont ?long overdue? ?

Rama Sithanen a évoqué des réformes nécessaires au système de pension et aussi à l?encadrement du travail. C?est justement sur ce point que tous les analystes, locaux et internationaux, insistent depuis des années : notre marché du travail est trop rigide. Le FMI le martèle depuis plusieurs années déjà et la MEF depuis plus d?une décennie. Le ministre des Finances est d?accord. ?Notre loi du travail est trop rigide?, dit-il.

Cette rigidité est un handicap à la productivité des entreprises. Dans le textile-habillement, les travailleurs étrangers qui sont souvent source de perturbations sont un mal nécessaire car les Mauriciens ne veulent plus travailler le soir.

Dans le ?seafood hub?, un nouveau secteur qui tient toutes ses promesses, la main-d??uvre étrangère représente près d?un tiers de la main-d??uvre des principales usines de transformation du thon.

Le taux élevé de défection au niveau de la main-d??uvre locale est une source de préoccupation car une entreprise ne peut sans cesse recommencer la formation du nouveau personnel.

La rigidité du marché du travail ne se trouve pas que dans les lois. Elle prend racine dans les mentalités et dans les rapports de force politique.

Quel gouvernement osera mettre une croix sur les sacro-saintes négociations tripartites annuelles ou à la rigueur, introduire le facteur de la productivité dans l?équation pour la détermination de la compensation annuelle ?

On a déjà entendu des syndicalistes revendiquer une compensation salariale anticipée pour permettre aux salariés de faire face aux multiples hausses de prix de ce début d?année (électricité, essence, gaz). Ce n?est pas demain que la farce tripartie cessera.

À sa prochaine assemblée générale en 2007, la MEF pourra reprendre ses mêmes propositions pour un marché du travail plus flexible.

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