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Revoilà la grippe aviaire !
L?épidémie de grippe aviaire qui a commencé à sévir en Asie à la fin de l?année 2003, n?est pas résorbée, au contraire. Le 24 mai, un nouveau décès, survenu la semaine précédente, a été signalé au Vietnam, où 18 décès sont officiellement liés à la maladie depuis décembre 2004.
Mais ce sont surtout les risques d?évolution de l?épidémie qui préoccupent les spécialistes. Des experts, inquiets du manque de préparation, appellent dans la revue scientifique britannique Nature datée du 26 mai, à agir pendant qu?il est encore temps.
Fin décembre 2004, dans la revue américaine Science, Klaus Stöhr, le spécialiste de la grippe à l?Organisation mondiale de la santé (OMS) avait évoqué le scénario d?une pandémie de grippe qui pourrait toucher 20 % de la population mondiale, nécessitant en quelques mois l?hospitalisation de près de 30 millions de personnes et conduisant à la mort du quart d?entre elles. Cela « fait partie des prédictions les plus opti-mistes », affirment, cette semaine, Albert Osterhaus et d?autres experts de l?hôpital universitaire Erasmus à Rotterdam, au Pays-Bas.
Le « vrai scénario de cauchemar », c?est le retour d?une pandémie de même ampleur que la grippe espagnole de 1918, qui avait fait jusqu?à 40 millions de morts, soulignent des éditorialistes de Nature.
Les habituelles épidémies de grippe font 1,5 million de morts par an dans le monde, précise Michael Osterholm (université du Minnesota, Minneapolis, États-Unis). Une pandémie, multipliant le taux de mortalité, créant la panique, changerait aussi brutalement nos conditions d?existence (réduction ou arrêt du transport aérien, paralysie économique?), dit-il appelant les pays du G8 à se mobiliser. « Contrairement à la situation qui prévalait lors des précédentes pandémies de grippe, nous avons maintenant le savoir et la technologie permettant de mettre au point des mesures contre cette maladie mortelle », relève Anthony Fauci (National Institute of Health, Bethesda, États-Unis).
<B>Plusieurs mois pour mettre au point un vaccine</B>
Le virus H5N1, responsable de la grippe aviaire, qui a fait 53 morts depuis fin 2003 dans trois pays d?Asie (Vietnam, Cambodge, Thaïlande), n?a pas acquis jusqu?à présent la capacité de se transmettre facilement d?homme à homme. Les malades avaient été en étroit contact avec des volailles infectées. Ainsi, dans le cas de l?homme dont le décès a été annoncé mardi, la victime possédait dix canards (des animaux considérés comme un réservoir du virus), et des poulets morts ont été trouvés dans les maisons de ses voisins.
En septembre 2004, en Thaïlande, les interrogations autour d?un cas de possible contamination interhumaine avaient fait craindre que le virus se soit adapté à l?homme. Les experts avaient finalement conclu qu?il était resté « purement aviaire ». Puis le 18 mai 2005, l?OMS a fait état de la « possibilité que les récents virus H5N1 puissent davantage infecter les humains » et qu?ils deviennent « davantage capables d?être transmis d?homme à homme ». Ils « continuent d?évoluer et constituent une menace épidémique croissante », avait ajouté l?OMS. N?ayant jamais rencontré un virus grippal du même type, l?homme n?a pu préparer ses défenses immunitaires à l?affronter, d?où le risque de mortalité élevée lorsqu?un virus nouveau apparaît, comme lors des pandémies de grippe de 1918, 1957 et 1968.
Les efforts doivent, selon le Pr Fauci, porter à la fois sur la capacité à détecter le danger, comprendre comment les virus aviaires évoluent, se propagent et causent la maladie et sur les moyens de répondre en cas d?épidémie déclarée : médicaments antiviraux et vaccin. Il faudra plusieurs mois pour mettre au point un vaccin, une fois que le virus dangereux émergera, mais des essais sont déjà en cours à partir du virus purement aviaire connu.
<B>■ @ 2 005 Le Monde ?AFP Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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