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Retour à la terre
<B>Par Ariane CAVALOT-DE L?ESTRAC </B>
La farine de Jeetah nous servira-t-elle de catalyseur ? On peut voir, dans l?abrupte décision de l?Etat de retenir le producteur local comme fournisseur après s?y être refusé, un manque de discernement de la part du ministre : au lieu d?être pragmatique dans sa gestion, au lieu de se préoccuper de la sécurité alimentaire des citoyens, il s?est laissé guider par une certaine idéologie qui le transformait en chevalier anti-monopoles, aux frais de l?Etat. Mais l?incident contient surtout une vérité plus pénible : les pays exportateurs de ces denrées de base sont réticents à exporter ou le feront désormais à plus cher, leurs propres populations ne mangeant pas à leur faim sous l?effet de la hausse du prix des denrées alimentaires. Le mot d?ordre est qu?il faut dès lors essayer de se débrouiller.
Comment ? A quelques jours de l?ouverture du Sommet de la SADC sur la pauvreté, au lendemain de l?appel de la Banque mondiale pour un «renouveau agricole» pour l?Afrique subsaharienne - seule solution durable contre la pauvreté - l?établissement d?une politique agricole commune pour les pays de la SADC ne devrait-il pas être l?ultime priorité ? Nos voisins ont, eux, les terres. Nous avons, nous, les moyens d?investir et l?expertise dans le développement de semences susceptibles de contourner les contraintes climatiques. Le fait demeure que cette complémentarité-là a été maintes fois constatée mais timidement utilisée.
Les raisons citées pour expliquer cet acte manqué sont souvent l?absence de stabilité politique ou d?infrastructures dans les pays voisins, voire les aléas du climat et le manque d?eau. Mais il est plus probable qu?il s?agisse davantage de motivation et de volonté politique, à voir comment nous avons mené notre propre projet de diversification agricole. Le «Non Sugar Sector Strategic Plan» 2003-2006 est plein de bonnes intentions, mais il n?a abouti qu?à de médiocres résultats. Notre dépendance sur les produits importés n?a fait qu?augmenter, dépassant les Rs 10 milliards. La Chambre d?agriculture, dans son dernier rapport annuel, déplore cet état de fait. Elle dénonce la mauvaise planification stratégique, le manque de vision à long terme, l?engagement insuffisant des partenaires, l?absence d?une structure formelle pour la définition, le développement et l?application des priorités et actions nationales sur ce plan. Et elle constate : la production agricole non-sucre régresse depuis 2005.
Nous n?y croyons pas suffisamment. Nous n?y avons jamais été contraints. La faute à un certain confort, un mode de consommation essentiellement composé de produits importés et faciles d?accès. Mais les temps changent. Avec l?annonce d?une hausse continue du prix des denrées, sur le plan mondial, il faut que l?on assure la sécurité de ces familles vivant dans la précarité et qui risquent, demain, d?être plus nombreuses. L?agriculture est le moyen le plus durable de lutte contre la pauvreté, selon la Banque mondiale. C?est le moyen utilisé par la Chine et l?Inde dans les années 60-70. Nos terres devant rester sous cannes pour la nouvelle industrie que nous dessinons, il faut travailler plus résolument avec les pays voisins. L?Afrique subsaharienne a toutes les raisons d?accueillir notre connaissance scientifique en matière d?agroalimentaire, elle qui est identifiée comme la plus vulnérable dans la conjoncture.
L?«urgent clear new policy» que réclame la Chambre d?agriculture, qui ne s?est épargné aucun effort de prospection à Madagascar et au Mozambique, est de rigueur. Le ministre de l?Agro-industrie y croit ; il a la responsabilité de traduire sa conviction en un nouveau plan stratégique d?envergure aussi ambitieux que celui dessiné pour la transformation du sucre.
C?est une question de survie.
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