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Responsabilité réelle
Nouvelles sueurs froides cette semaine, à la halte à la station-service. À la peur immédiate des conséquences sur les budgets, cède l?inquiétude sur la rareté des ressources, titillée à chaque hausse du litre. Chacun ? le citoyen, le gouvernement, l?entreprise ? a-t-il bien saisi les enjeux ? Assurément. Tous les efforts ont-ils été faits pour se « libérer du pétrole » et changer nos habitudes ? Pas sûr.
Certes, la transition a commencé. Les énergies renouvelables et autres éoliennes n?ont plus de secret pour le ministre des Finances. Le gouvernement a déployé une armada de projets pour rendre l?île durable et le Mauricien, écocitoyen à long terme, lesquels projets ne devraient aboutir que dansles décennies à venir. Derrière leur département « CSR », les entreprises s?impliquent, sensibles aux inégalités que peut causer l?inflation provoquée par la hausse du pétrole, entre autres. Chacun semble satisfait d?avoir posé les structures susceptibles de servir la cause.
Tout en reconnaissant au gouvernement et à l?entreprise ce mérite, il faut craindre que derrière ce jargon nouveau et vite adopté, les consciences s?endorment et que de réelles opportunités d?évolution se perdent. Or, si les uns et les autres veulent assumer réellement leur « responsabilité sociétale », ils doivent induire des changements nouveaux, autant au sein de leur organisation qu?au sein des groupes qu?ils servent.
En clair, les actions concrètes reflétant les nouveaux soucis environnementaux manquent.
Prenons le CSR, et revenons à l?essence du mouvement. C?est sous l?effet de l?inquiétude grandissante causée par les changements climatiques et leurs conséquences sur les inégalités sociales que ce mouvement vieux de trente ans, a connu, partout dans le monde, un nouvel essor ces dernières années. Ainsi, une entreprise soucieuse de sa responsabilité envers la société s?interroge sur l?intérêt qu?elle doit porter aux individus et aux groupes que peuvent affecter ses propres activités.
Dans ce contexte, par exemple, une firme installée à Port-Louis et qui draine chaque jour des centaines d?employés doit se demander si elle peut contribuer à réduire le trafic causé par cette mobilité, limiter les transports automobiles de ses employés. Tout comme l?industrie agroalimentaire doit surveiller la traçabilité de ses produits tout au long de la filière de production ou que la banque réfléchira aux impacts que peuvent avoir les projets qu?elles financent et réparer les dégâts qu?ils peuvent causer. Que chacun se demande s?il peut « assainir » son activité.
Or, CSR rime uniquement avec philanthropie. La stratégie de certaines entreprises consiste à dégager un pourcentage de ses profits et à se demander quelle ONG elle pourra bien prendre sous son aile. Elle semble se limiter à n?être qu?une politique de communication externe vers les « stakeholders » et de motivation interne des salariés. Les enjeux de développement durable prennent l?aspect de «10 gestes simples » d?économie sur le lieu de travail. Cela ne suffit pas.
La discipline est nouvelle. Nous pouvons faire évoluer le débat. L?environnementaliste Pamela Bappoo avait invité la communauté de « CSR Managers » à se réunir pour réfléchir à leur utilité, à voir où ils peuvent le mieux servir le bien commun.
Des idées nouvelles peuvent émerger de ce rassemblement, telle celle de la location libre de vélos au sein des villes, qui, de Shanghai à Paris, est entrée dans les m?urs. Nous pouvons trouver des idées adaptées à notre société.
Le gouvernement, lui, a pris les bonnes décisions en matière de ressources nouvelles. Il a également compris que pour réduire la consommation de pétrole, il n?y a pas mieux que d?en réduire la consommation, en augmentant le prix des objets polluants et en détaxant les équipements utilisant les ressources naturelles. Mais il doit maintenir la pression pour occasionner cette décroissance de la consommation énergétique. Cela suppose une campagne d?information et de stimulation soutenue et permanente et des objectifs chiffrés.
Le citoyen a compris que le prix de l?essence n?est pas tributaire d?une mauvaise gestion gouvernementale. Le silence général qui a suivi la décision de l?« Automatic Pricing Mechanism » donne à penser qu?il est résigné. Ses initiatives montrent une volonté de s?en sortir. Mais parce qu?il doit bien aller travailler et que changer son mode de vie n?est pas geste facile, il doit être accompagné.
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