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Renée Bellepeau raconte la messe en calèche à Pamplemousses

11 février 2008, 00:00

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Emmanuel Juste, poète mais aussi journaliste inspiré, comme le fut, avant lui, l?inoubliable Pierre Renaud, poursuit sa quête de souvenirs. Après Quartier Militaire et Bel Air-Rivière Sèche, où l?on cultive, avec effroi, le souvenir accusateur du bon Père Dorbec, grand distributeur de lopins de terre en guise d?aumônes devant l?Eternel, Emmanuel jette son dévolu sur Beau Bassin. Il prie Renée Bellepeau de prendre le relais des Alphonse Ravaton et autres Maxime Lagaillarde (voir l?express des 31 janvier et 1er février 2008). Elle ne demande pas mieux car se souvenir c?est vivre deux fois. Et des souvenirs, elle en a plein la tête. Ainsi, elle redevient volontiers une petite fille, se préparant à aller à la messe dominicale. Elle habite alors sur la propriété sucrière de Labourdonnais. Il lui faut se rendre à Saint-François d?Assise, aux Pamplemousses. Cette église paroissiale, le doyen de tous nos lieux de culte, toutes religions confondues, vient d?être restaurée de fond en comble par l?abbé Henri Souchon et par Nano Adam. Grâces leur soient rendues à jamais.

De Labourdonnais aux Pamplemousses, la calèche s?impose. Départ à l?angélus pour la messe de huit heures. Dans la calèche, on installe des bancs pour les enfants. Endimanchés comme il se doit. L?oncle prend les rênes. Le cocher se tient à l?arrière.

Après la messe, il est temps de penser aux estomacs vides pour cause de jeûne eucharistique, alors implacable. Absolument rien avant la communion. Ite missa est est aussi un cri de famine. Distribution alors de petite monnaie parmi la marmaille. Et c?est à qui arrivera le premier chez le boutiquier qui vend aussi des pâtés aussi chauds que succulents. Au moment de l?Indépendance du 12 mars 1968, un pâté Sainte-Thérèse, la référence en la matière, s?échange contre un dix sous au bord ondulé. Le pâté de l?enfant Renée Bellepeau devait coûter un sous ou un cash à moins que le boutiquier-pâtissier ne lui réclame un marqué. Un marqué forcément pas gardé puisqu?il quitte de gentilles menottes pour choir dans le tiroir-caisse.

Les pâtés dominicaux donnent soif. Retour auprès de la calèche familiale. Le thermos n?existe pas encore. On prend soin d?envelopper, dans des serviettes, les bouteilles de café chaud bouillant. Il s?est attiédi depuis, surtout si le prédicant se complaît dans le péché de la chaire. Il (le café, coulé dans la grecque, comme il se doit) conserve cependant assez de chaleur et de saveur pour étancher même les soifs les plus infantiles.

Et ceux qui n?ont pas de calèche ? Ils peuvent se rabattre sur le petit train, transportant à l?usine, en semaine, les cannes à sucre, fraîchement coupées et étêtées. L?on est prié de porter sa chaise, si l?on ne veut pas faire le trajet debout. Attention ! le train vous laisse en plan à? Beau Plan S.E. Le reste du trajet doit se faire à pied.

Renée Bellepeau se souvient de l?immense foyer à briques rouges de la cuisine familiale, à Labourdonnais. Pas de réfrigérateur. Pour la viande, il fallait tuer une bête (cerf, cabri, mouton, dinde) et faire fumer les morceaux ne devant pas être consommés le jour même. Le vin arrivait dans des dames-jeannes. Le jambon s?habillait de paille et de goni (sac de jute).

Côté vêtements ? On ne sortait pas sans bas ni chapeau. La robe-rétro se nomme robe-chemise. Les couturières font merveille. On se dispute celles, travaillant pour les magasins Vidal et Lamberty sur La Chaussée. Comme chapelières, il n?y a pas mieux que les demoiselles Buys. Pour la journée du Maiden, on se rend, au Champ de Mars, dans une voiture découverte pour se faire admirer. Madame Bellepeau mère ne dédaigne pas les plumes d?autruche blanches au chapeau. Nos élégantes portent bustier et large soutien-gorge leur faisant la taille mince (là je n?ai pas bien compris les explications d?Emmanuel Juste). L?ajustage d?un corset réclame l?aide d?une tierce personne. Rouge à lèvre ? Connaît pas. En revanche, on s?échange, entre amies, l?adresse de pharmaciens, vendant des produits de beauté de leur confection. La crème contre le secret.

Les sauteries entre jeunes ne manquent pas. Les jeunes filles en fleur sont, bien sûr, chaperonnées. Les soupirants se disputent l?honneur d?aller leur acheter des «poutous bols», rue Royale, Port Louis ou encore de les prendre, en amazones, sur le cadre de leur bicyclette. Pour une roupie, on vous en remplissait un sac. Pour étancher les soifs vespérales, il y a la limonade de M. Croft. Elle devient même punch si l?on y ajoute une bouteille de vin et des glaçons. On danse de 17 à 22 heures. Pour ne pas déranger les voisins. Le haricot ne fait pas l?affaire lors du ranne zaricots. Des petits malins préfèrent l?avaler plutôt que devoir se prêter aux dangers collatéraux de la fève. Fin donc des zaricots. On les remplace par des figurines en porcelaine moins comestibles. Et la fête continue jusqu?au Mardi gras.

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