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Relation suspecte

9 mai 2006, 00:00

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Dans une société aux attitudes conformes, le moindre décalage dans le langage et dans les idées est facilement réduit à un simple état d?âme ou à de l?irrévérence à l?ordre établi. Soodursun Jugessur ne fait ni l?un ni l?autre. Son ?Jaagran, The Awekening? est plutôt une implacable autopsie de l?état de dégénérescence institutionnelle qui atteint la société mauricienne. Le chargé de cours à l?université de Maurice a le mérite de ré-arpenter ces ruelles sombres de la déchéance qui pervertit le rapport entre la politique et la religion. Dans cette partie de bonneteau à laquelle les deux institutions se livrent, c?est souvent le concept même de la République citoyenne qui en fait les frais.

Face à ceux qui temporisent et qui récusent toute remise en question du caractère incestueux du rapport politique-religion, il importe d?insister sur ses effets désastreux sur l?édification d?une nation. Celle-ci est ainsi continuellement sacrifiée sur l?autel des bas marchandages, des lobbies indécents et d?un clientélisme éhonté. Chacune des deux parties en profite. Au nom du socioculturel, l?une fait son beurre. Au nom de l?électoralisme, l?autre monnaye des voix. C?est connu et en parler aujourd?hui pourrait même paraître comme de la candeur compte tenu du manque de souci des politiques et des religieux à apporter un peu de transparence dans leur relation.

Nous en payons chèrement le prix à travers les subventions accordées aux religions et la récupération politique des manifestations religieuses et socioculturelles. C?est le propre des groupes sociaux qui tentent d?imposer une pensée unique. En toute complicité, voire en toute innocence, politiques, religieux, société civile, intelligentsia et observateurs sont coupables de mensonge ou de silence. Il ne s?agit pas ici de faire d?amalgame et de radicaliser pour le simple plaisir de le faire. Mais parfois face à l?indifférence et à la faiblesse de nos penseurs, il faut oser appeler un chat un chat. A cause de quelques pseudo socio-religieux et de certains politiques aux intentions morbides, l?île Maurice ne cesse de sombrer dans le ridicule. Et on s?étonne que les citoyens se déresponsabilisent !

Ce sont de tels contre-exemples qui justifient la fainéantise et qui rendent caduques nos prétentions à la laïcité. L?île Maurice républicaine en pâtit. L?île Maurice schizophrène s?en renforce. Nous voilà donc embarqués dans la frivole aventure de la bêtise et du pharisaïsme socio-politique.

Dans un tel contexte, les appels à la discipline et à la rigueur butent sur l?irrationalité générale de la société. Pourquoi se sacrifier si c?est, pour caricaturer, pour que l?Etat puisse continuer à subventionner des associations qui n?ont de religieux que le nom ? Qui prendre comme modèles si les relayeurs sont des adeptes du lèche-bottes et des arrivistes qui cherchent à se faire une place sous le soleil de la médiocrité ? Tel est-il fatalement notre destin ? Il faut espérer que non.

Du moins, le fait que des personnes comme Soodursun Jugessur joignent leur voix à ce refus du cléricalisme permet un espoir nouveau. C?est d?autant plus réjouissant que Soodursun Jugessur, lui-même, fait partie de certaines organisations socioculturelles. La dénonciation était l??uvre jusqu?ici de quelques journalistes, d?hommes de conviction et de tous ceux qui plaident pour un Etat séculier. A ce jour, ils ont surtout souffert de l?indifférence de l?opinion et de nos décideurs.

Pour leur part, les politiques se sont signalés par des discours d?intention qui n?ont jamais été suivis d?actions concrètes. Ils ont surtout l?art de pratiquer ce qu?ils dénoncent ! Face à l?urgence de modernisation et de rationalisation, une telle roublardise est suicidaire.

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