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Rama Sithanen s?impose
Il y a deux semaines, Rama Sithanen, le ministre des Finances, bousculait le pays. En dévoilant l?état catastrophique dans lequel se trouvent les finances publiques. Et en affirmant que la voie de la réforme en profondeur de l?économie est la seule à suivre à l?avenir. En opposant une fin de non-recevoir à la demande de compensation des syndicalistes lors des tripartites, il persiste et signe dans cette voie. Sithanen apparaît davantage déterminé. C?est que durant la semaine passée, il a pu imposer encore un peu plus sa manière de voir aux différents groupements qu?il a reçus dans le cadre des consultations pré-budgétaires publiques.
« J?ai l?impression que la population mais aussi beaucoup des interlocuteurs qui sont venus nous voir ont compris l?urgence des réformes. Mais tous n?y sont pas favorables. Et comme je l?ai dit auparavant, cela ne les empêche pas de réclamer des exemptions fiscales et avantages qui font grimper les dépenses de l?État », a résumé Sithanen hier, à l?issue d?une de ses dernières consultations publiques.
Samedi, c?est avec le Joint Economic Council (JEC) qu?a eu lieu la grande réconciliation. « Nous sommes tous dans le même bateau » est la formule que Rama Sithanen et le président du JEC, Jacques de Navacelle, reprennent désormais. Lors de cette rencontre Sithanen a tenu un discours ferme envers le privé auquel il a demandé d?introduire plus de méritocratie dans ses procédures de recrutement, de faire davantage de place à la concurrence et d?investir dans les créneaux qu?il a longtemps négligés comme les infrastructures publiques, la santé ou l?éducation.
« Mais j?ai aussi accepté les critiques du privé », précise-t-il.
À partir de demain des rencontres autrement sérieuses débutent pour Sithanen. Les séances d?arbitrages avec les collègues sont souvent redoutées par les ministres des Finances. Car, dire non à des dépenses parfois considérées comme étant primordiales par d?autres ministres, est difficile. Rama Sithanen fait face : « J?ai le soutien du Premier ministre. Beaucoup de politiciens ont des difficultés à prendre des décisions difficiles. Nous avons été honnêtes et transparents avec la population mais je dis aussi à tout le monde qu?il nous faut être responsables. »
Le ministre des Finances dit à qui veut l?entendre que « it?s now or never ». En invoquant une conjoncture qui finalement joue en la faveur du gouvernement. « En politique, un gouvernement a tout intérêt à faire des réformes en profondeur dès la première année de son mandat alors qu?il possède encore un capital politique important. En ce moment, nous avons également une opposition fragmentée. Et finalement, si nous engageons les réformes immédiatement, nous serons en mesure d?en récolter les fruits dans deux ans. »
<B>Menace d?une augmentation de la TVA</B>
Le ministre des Finances évoque six ou sept réformes en profondeur à être initiées dans le pays. Et à ce propos, son principal sujet de préoccupation reste l?assainissement des finances publiques tout en créant des conditions idéales pour favoriser l?investissement et le redémarrage économique. Ainsi pour Rama Sithanen, il est désormais primordial d?envoyer des signaux clairs à la communauté internationale dès juin. Pour que les bailleurs de fonds internationaux comprennent que le pays s?engage sur la voie de la consolidation fiscale. Incitant dans la foulée, les bailleurs de fonds à financer des prêts que réclame Maurice.
L?autre saine obsession que Sithanen s?est trouvée est l?amélioration du climat d?investissement à Maurice.
« Une personne qui veut lancer sa petite entreprise doit obtenir 14 permis. C?est inconcevable. Notre système actuel d?incitation n?arrive ni à attirer l?investissement étranger. Et encore moins à encourager l?emploi, l?exportation ou la création de l?entreprise. Tout cela devra changer. »
En attendant de dire comment, Sithanen peaufine son « best policy mix » entre dépenses utiles, économies réalisables et mesures visant à relancer l?économie. Mais il laisse planer la menace d?une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée pour financer des dépenses insuffisamment maîtrisées. « Cette solution n?a pas encore été écartée. Je ne prendrai de décision finale qu?après les sessions d?arbitrage avec mes collègues et mes dernières rencontres avec le Premier ministre. »
<B>La sérénité retrouvée du JEC</B>
Le secteur privé et le gouvernement avaient besoin de se dire quelques vérités. Ils l?ont fait hier, lors de la rencontre du ministre des Finances, Rama Sithanen, et du Joint Economic Council (JEC) dans le cadre des consultations pré-budgétaires. Et point d?escalade dans les propos cette fois-ci. L?heure est à la compréhension mutuelle. « Il y a un climat positif. La réunion s?est déroulée sous le signe d?une volonté commune de sortir de cette situation difficile. Les débats ont été ouverts et francs. On a parlé sans arrière-pensées. C?est une rupture par rapport à ce que l?on voyait dans le passé », se félicite Jacquesde Navacelle, le président du JEC.
Le secteur privé se satisfait des récents gages de la bonne volonté du gouvernement à reformer profondément le pays pour y créer un climat propice aux affaires, à l?investissement et à l?émergence de nouveaux « clusters » économiques. Dans le mémorandum du JEC cette année-ci, aucune liste de commissions. Le conseil se borne à maintenir le cap déterminé depuis janvier dernier : prôner l?ouverture économique alliée à de profondes réformes dans le pays. « Si cette orientation est choisie, Maurice peut prétendre à un taux de croissance de 6 % dès 2008 », affirme Raj Makoond, le directeur du JEC.
Le secteur privé se prend même à préciser ses objectifs sur l?investissement en pensant pouvoir mobiliser Rs 150 milliards d?investissements durant les cinq prochaines années, faisant grimper le taux d?investissement privé du pays à 24 % du produit intérieur brut. Notamment dans les pôles de l?hôtellerie et des loisirs, le Seafood, les Tic, l?Industrie du Savoir, la Canne et la production énergétique et le textile habillement et mode. « Il est maintenant temps d?agir. Le ministre des Finances a fait preuve d?audace et a démontré sa volonté de rompre avec les pratiques passées, notamment lors des tripartites. Nous pouvons donc espérer que des actions concrètes seront prises pour réformer notre modèle économique dépassé », lance Jacques de Navacelle.
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