Publicité
Rama Sithanen appelle au sacrifice
Il pourra dire qu?il nous avait prévenus. Rama Sithanen, le ministre des Finances, a effectué un exercice d?explication complet samedi. Durant toute sa conférence de presse, tenue au siège de son ministère, les mêmes mots sont revenus des dizaines de fois : ?Solidarité, discipline, patriotisme, sacrifice.? C?est que le grand argentier compte sur l?effort de la nation pour poursuivre une politique budgétaire et économique qui mêle maîtrise des dépenses à de profondes réformes économiques. Or, le ministre des Finances indique qu?il croule sous la pression ?des ministres, des syndicalistes, des opérateurs économiques, des organismes parapublics et des associations qui réclament tous une hausse dans les dépenses budgétaires?.
Mais Sithanen ne veut pas imposer de force sa discipline. Il cherche davantage à susciter un élan de solidarité nationale qui l?aidera à atteindre ses objectifs. Il prévient, toutefois. S?il continue à subir des pressions, il n?aura d?autre choix que de céder du terrain en essayant de générer des revenus ailleurs, en augmentant le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).
Ce discours fâche les syndicats qui militent en ce moment pour une compensation salariale de Rs 718. Cassam Kureeman, le président du Mauritius Labour Congress ne cède pas d?un pouce. ?Les travailleurs ne peuvent être tenus pour responsables de la situation économique du pays. Elle résulte de la mauvaise gestion des gouvernements. Nous réclamons notre dû et nous continuerons à faire pression pour que le budget soit le plus équitable possible.?
Pourtant, l?avertissement de Sithanen est implicitement adressé en premier aux syndicalistes pour qu?ils tempèrent leur demande de compensation. Le ministre dit vouloir privilégier une approche globale en ne focalisant pas sur les tripartites. N?empêche, la compensation salariale coûtera au moins Rs 1 milliard au gouvernement cette année. Et toute l?économie réalisée à ce poste est bonne à prendre car elle pourrait aller au remboursement de la dette des organismes parapublics par exemple (voir hors-texte).
Cadeau empoisonné
Comme pour bien faire comprendre qu?une forte compensation pourrait être un cadeau empoisonné, le ministre décrit le cercle vicieux qu?il génère. ?Plus de compensation est égale à plus d?inflation ce qui à son tour nécessite davantage de compensation.? Parmi les partenaires sociaux de Rama Sithanen, les syndicats apparaissent comme les plus coriaces et les plus difficiles à convaincre. Ce qui ne semble pas être le cas avec le patronat et les organisations du secteur privé.
Ils finissent par rejoindre le ministre Sithanen, même si tous ne sont pas du même avis que lui. Le secteur privé a fait de l?ouverture de l?économie, de la mise en place de nouveaux piliers de développement et de la facilitation du climat des affaires, ses dossiers prioritaires. Le ministre des Finances adopte exactement la même approche.
Mais tandis qu?au sein du privé, ceux habitués à se débrouiller sans préférence avancent sans broncher, d?autres recommencent à réclamer des incitations et des exemptions fiscales. ?Cela équivaut à augmenter les dépenses?, proteste le ministre des Finances. Avant de confirmer que ce budget sera également celui de la relance des petites et moyennes entreprises (PME) et de la création d?un climat des affaires plus incitatif. Donc susceptible de satisfaire le secteur privé.
Ce qui, du reste, semble être le cas. ?Nous sommes satisfaits de cet effort d?explication sur la situation budgétaire. Et qu?on reconnaisse l?urgence de réformes importantes dans le pays. Il est aussi important de dire que le modèle économique qui avait cours il y a 20 ans et qui reposait sur les préférences et incitations est dépassé. Ce n?est donc pas le moment de faire des shopping lists?, explique Raj Makoond, le directeur du Joint Economic Council. Organisation en froid avec l?hôtel du gouvernement, mais dont la nouvelle posture devrait sans doute réchauffer les relations avec Rama Sithanen.
Pour le ministre, le budget de 2006-2007 devra être celui de la relance. Pour que l?économie bénéficie ?d?un taux de croissance plus élevé, robuste et soutenu? qu?il souhaite voir atteindre les 6 à 7 % dès l?horizon 2008. Car pour lui, la double priorité de maîtriser les dépenses de l?Etat tout en réformant le tissu économique du pays n?a pour seul objectif que de grossir les revenus de l?Etat afin que celui-ci puisse alors les reverser à la population sous formes de prestations et d?aides améliorées.
Gages de sérieux budgétaire
La case réforme arrivant avant celle de la récompense, Sithanen utilise en fait son budget comme un véritable business plan pour les partenaires internationaux du pays. Une annexe indispensable au Country Strategic Plan qu?il élabore pour qu?il soit soumis aux organisations internationales et partenaires de Maurice. L?enjeu est colossal, trouver les Rs 150 milliards nécessaires pour financer la restructuration de l?économie d?ici 2010.
De cette somme, près de Rs 75 milliards doivent être trouvées sur le très court terme. ?Sous formes d?aides de bailleurs de fonds internationaux et surtout sous forme d?investissement direct étranger?, précise Sithanen. Et amener la Banque mondiale, l?Union européenne, le Kuwait Fund ou la Banque africaine de développement à financer le plan de restructuration sera difficile. A moins que Maurice ne démontre des gages de son sérieux budgétaire en réglant ses déséquilibres budgétaires chroniques. Synonyme de solvabilité retrouvée. ?Il faut à tout prix garder notre crédibilité et notre honneur au niveau international?il vaut mieux entamer les réformes de manière volontaire maintenant plutôt que de voir le Fonds monétaire international nous les imposer plus tard.?
Cette crédibilité vaut a fortiori aussi pour les investisseurs internationaux. Une économie sur une pente ascendante, passant par une phase de restructuration durant laquelle de nouveaux secteurs d?activités émergent, constitue un lieu d?attrait pour les investisseurs étrangers. Sithanen estime ainsi que la discipline en cours dans le pays et le retour d?une croissance soutenue ne pourront que faciliter des arrivées plus massives d?investissement étranger direct dans le pays.
Comme gage de sérieux, le gouvernement ne souhaite pas également stopper net ses dépenses de développement. ?Le budget de développement génère la croissance, aide à promouvoir l?emploi et à attirer l?investissement. La priorité pour nous est d?équilibrer le budget de fonctionnement.?
L?objectif ne pourra être atteint que si le ministre Sithanen suscite l?adhésion de toute la population. Il a quelques jours pour achever de la convaincre. A défaut, il choisira ?la solution de la facilité.? Davantage de taxe ou de discipline. C?est aux Mauriciens de choisir.
ORGANISMES PARAPUBLICS
Rs 45 milliards de dettes accumulées à éponger
■ Plus de Rs 4,5 milliards de dettes à éponger : Rama Sithanen les qualifie de ?squelettes dans le placard? qu?il a trouvés en arrivant aux Finances. Ce sont les dettes accumulées de plus d?une dizaine d?organismes parapublics ou d?entreprises publiques ayant contracté des prêts garantis par l?Etat. ?J?ai l?impression qu?on a signé des contrats surtout pour encaisser les fonds. En ne faisant pas du tout attention aux conditions attachées aux prêts. Du coup, le gouvernement se retrouve obligé de rembourser des prêts que certaines agences ne peuvent plus honorer.? Et elles sont nombreuses.
En tête de peloton arrivent la State Trading Corporation et Business Parks of Mauritius Ltd qui ont cessé de rembourser leurs dettes respectives de Rs 1,5 milliard et Rs 1,3 milliard.
Le gouvernement honore également les prêts du Central Electricity Board (Rs 417 millions), l?Irrigation Authority (Rs 253 millions) mais aussi du Centre de Conférences Swami Vivekananda de Pailles (situé entre Rs 300 et 400 millions). Des dettes liées à l?organisation de la conférence des Small Island Developing States et au financement de certaines opérations d?Airports of Rodrigues doivent également être acquittés par le gouvernement. Parallèlement, il se voit obligé d?honorer d?autres engagements pris par des agences comme la Development Works Corporation ou la Mauritius Post Limited.
Les deux souffrent de ?huge operating deficit? selon Sithanen. Ce qui les a amenées à cesser d?alimenter les fonds de pensions pour leurs employés.
L?Etat devra donc décaisser Rs 275 millions et Rs 375 millions pour renflouer leurs fonds de pension respectifs. Au final, un peu plus de Rs 4,5 milliards de dettes s?ajoutent à celles que l?Etat a contractées en son nom. C?est l?équivalent du budget de fonctionnement d?un important ministère comme l?Education qui devra être trouvé par Rama Sithanen pour remédier à la situation.
Publicité
Publicité
Les plus récents