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Ralph Lauren : Quand sonne le glas

30 janvier 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

A visiter Arsenal, l?habitué se rend compte que ce village a tout d?un coup perdu de sa superbe. Ces grands et luxueux magasins d?usine Ralph Lauren, qu?on y retrouve en grand nombre, tout comme ceux éparpillés à travers le pays, sont étonnamment fermés. Les propriétaires de la marque américaine ont obtenu cette semaine un ordre intérimaire de la Cour suprême interdisant la vente des produits Ralph Lauren.

Si les Américains gagnent cette bataille, ce sera 11 000 personnes ? directement ou indirectement concernés ? qui se retrouveront sur le pavé. La totalité des luxueux magasins, dont les principaux clients sont des touristes, fermeront leurs portes ou trouveront une marque alternative à Ralph Lauren n?ayant aucun attrait .

Les employés, poussés par propriétaires et industriels, en sont conscients. Afin de sensibiliser l?opinion publique, quelque 1 500 personnes ont manifesté devant la Cour suprême hier matin en guise de protestation contre l?ordre du juge Paul Lam Shang Leen, synonyme de péril pour leur travail.

Contrefaçon ou pas, les principaux acteurs broient déjà du noir. L?un d?eux, Ajay Beegoo, dit craindre la perte massive d?emplois. Les fabricants, qui employent environ 7 000 personnes, partagent ce même sentiment.

Les fabricants et revendeurs de Ralph Lauren n?ont qu?à bien se tenir dans les jours à venir. Les représentants de la marque américaine poursuivront avec des actions légales pour que chemises, pantalons, t-shirts et autres accessoires portant le fameux logo soient interdits de vente.

?PIETRES CONTREFAÇONS?

Ils estiment que ces produits sont des «contrefaçons en deçà de la qualité». En les écoulant, disent-ils, fabricants et magasins agissent à l?encontre du Copyright Act de 1997. De plus, les Américains indiquent que seul Polo Ralph Lauren International détient ces droits sur le territoire mauricien et qu?aucun commerçant offrant ces produits ne détient une licence auprès de la maison-mère.

Les propriétaires de Factory shops engendrent un chiffre d?affaires de Rs 200 millions par mois. La compagnie américaine lorgne d?ailleurs sur ce juteux marché local. Mais les contrefaçons empêchent son entrée, précise un affidavit. Une salve dans la lutte juridique est partie cette semaine. Fort d?une enquête à Maurice, David Robert Brown, vice-président de Polo Ralph Lauren, a obtenu un premier ordre intérimaire du juge Paul Lam Shang Leen jeudi, interdisant à Nundrajsing Dinoo, Umbro Limited et Hollyrood Garments de fabriquer et commercialiser tout produit avec le logo. Le deuxième ordre intérimaire concerne d?autres parties du business : Regent Limited, Hitendranath Beegoo et Kreshna Ramasawmy. Ils sont tenus de remettre à un huissier de la Cour suprême toutes les «contrefaçons» Polo Ralph Lauren en leur possession.

BATAILLE JURIDIQUE

Cette première escarmouche juridique tient de «test case», ce qui explique tant d?agitation chez les producteurs, propriétaires de magasins et employés de la bannière. Me Siddhartha Hawoldar, l?homme de loi de la partie mauricienne, explique : «Si les Américains gagnent cette bataille en cour, c?est fini pour ceux impliqués dans le business des produits Ralph Lauren à Maurice.»

Dans la matinée d?hier, les parties concernées (Américains et Mauriciens), à travers leurs hommes de loi respectifs, se sont présentés devant le juge Paul Lam Shang Leen pour déterminer les futures étapes dans la demande d?injonction. Les principaux concernés ont eu de longues séances de travail avec leurs avocats, Me Désiré Basset, Siddhartha Hawoldar, Nadraj Patten, N. Sibartie et L. Mootoosamy (avoué). Ils soumettent leur contre affidavit lundi.

Les débats ont été fixés à mardi. «Nous voulons soulever des points de droit. Les Américains ont débarqué. Espérons que nous aurons plus de réussite que les Irakiens», dit Me Siddhartha Hawoldar.

Avant d?en arriver là, Polo Ralph Lauren International sollicite les services de Fakebuster Limited, une entreprise spécialisée dans les enquêtes dans les domaines de la contre-façon et de la propriété intellectuelle.

Dans un affidavit du 23 décembre 2003, le Head of Intelligence and Operations, Marcel Lapierre, dit avoir effectuer des visites dans un magasin d?Arsenal, une Duty Free Shop à Flic-en-Flac et une usine de Vacoas. A chaque visite, souligne l?enquêteur, il achète des produits arborant le logo Ralph Lauren. «I aver having inspected the goods purchased before purchase and I confirm and certify that the products purchased are not original», explique-t-il dans l?affidavit rédigé par Me André Robert.

Soutenant sa demande d?injonction, David Robert Brown confirme que les achats de l?enquêteur ne sont pas conformes. «The respondents, by their acts and doings are not only infringing the Copyright Act, but also causing prejudice to the Applicant (la maison-mère) which cannot be adequately compensated by damages».

Historique

La Saga Ralph Lauren

La société Aurdally Brothers fait enregistrer en 1992 le nom Ralph Lauren comme une marque déposée auprès du Contrôleur des douanes (celui-ci ne s?occupe plus de cette fonction qui est depuis dévolue au ministère du Commerce). En 1997, le propriétaire légal du label autorise, au moyen d?une franchise, une autre société, en l?occurrence Captain Tasman, les droits d?exploitation commerciale de l?enseigne américaine. Depuis ce développement, les magasins et les fabricants Ralph Lauren ont poussé comme des champignons à travers l?île. La clientèle visée sont les touristes, qui trouvent dans ces boutiques des vêtements portant la griffe de renom international à des prix fort abordables. Quand les droits d?Aurdally Brothers sur la marque arrivent à expiration, en 1999, les choses avaient déjà déjà beaucoup évolué sur le marché, avec notamment des batailles en cour entre exploitants. La demande de la société pour un renouvellement du permis d?exploitation souffre de tout ce remue-ménage.

Les autorités décident donc d?enlever le nom de Ralph Lauren de son registre. Aurdally Brothers estime que cette décision lui porte préjudice et décide de porter l?affaire devant la justice. Elle poursuit l?Etat au civil pour une somme de Rs 100 millions.

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