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Radhamohun Gujadhur : ?Hold-up de la démocratie !?
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Radhamohun Gujadhur : ?Hold-up de la démocratie !?
A l?heure où l?Assemblée législative de Maurice reprend, en 1980, ses travaux avec des ministres transfuges et des chief whips aussi muets que Chettiar et aussi honorables que Daby, l?express éprouve l?envie de parler de démocratie parlementaire. Son interlocuteur, en ce dimanche 20 avril, est l?ancien deputy speaker, Sir Radhamohun Gujadhur. Il ne va pas avec le dos de la cuillère car il parle tout de suite de ?hold-up de la démocratie mauricienne?. Il veut mettre en lumière ce qui se passe dans l?île Maurice de 1980. Que Maurice soit un Etat démocratique, cela ne peut faire de doute à personne. La Constitution de Maurice le stipule de la façon la plus claire : des élections libres et justes doivent désigner un gouvernement démocratique, autrement dit du peuple, par le peuple, pour le peuple. ?Il est regrettable que des politiciens n?aient pas compris la justesse de cette option.? En revanche, il se constitue souvent un gouvernement de quelques-uns aux dépens de la masse. L?exécutif domine alors le Parlement au lieu de se contenter de mettre à exécution les directives d?une majorité parlementaire. L?Assemblée législative doit au plus vite relever le défi de réaffirmer son rôle suprême.
Q : Mais quid d?une majorité parlementaire comme celle de 1980, comprenant 80 % de ministres, de secrétaires parlementaires, de whips, de deputy speaker ?
R : C?est la forme la plus dangereuse du contrôle par l?exécutif du bon fonctionnement du parlementarisme. Un Parlement ne fonctionne pas dans le vide. Il vit de l?animation de ses membres. Il exige un respect absolu du président-arbitre. La séparation des pouvoirs exige que le législatif soit autant autonome de l?exécutif que ne l?est le judiciaire. Le Parlement mauricien est trop souvent un département de l?exécutif. Le personnel attaché au Parlement ne doit pas être des fonctionnaires avec ministre de tutelle mais des employés d?un corps parapublic. L?on a vu des motions de blâme devoir céder la place à des projets de loi prétendument urgents mais qui furent reportés ?sine die?. Une motion de blâme demeure une priorité même si elle n?a aucune chance d?être adoptée. Elle met en cause l?existence même des fonctions du membre visé. Tant qu?elle n?est pas débattue, tout est suspendu et ne peut plus fonctionner normalement car remis en question. Tout amendement constitutionnel représente un risque d?accroc pour la Constitution, fragilisant du même coup le contenu des autres provisions constitutionnelles. La suppression des élections partielles vient ainsi compliquer la tâche de celui éprouvant le besoin de changer d?orientation politique.
L?éthique exige des réponses ministérielles rapides, exactes, claires, aux interpellations parlementaires. Pas question de biaiser ou d?induire en erreur le Parlement. Tout ministre est responsable de son ministère. Un train déraille, le ministre des Transports soumet sa démission acceptée ou pas par ses pairs.
Le refus de répondre à une question parlementaire au nom de l?intérêt public n?est permis que s?il s?agit d?un secret de défense militaire. L?exécutif ayant des comptes à rendre au Parlement, ne peut rien lui cacher. On ne peut pas gouverner par selected committees. Ces derniers sont des comités techniques pour étudier la technicité d?un problème et éclairer la décision que doit prendre le Parlement. Le Public Accounts Committee est une émanation du Parlement. On n?a pas le droit de sous-estimer son rapport annuel. Des fonctionnaires, refusant de répondre à ses membres, commettent un outrage à Parlement.
Le point faible de la politique à Maurice vient du fait que les leaders des partis politiques choisissent leurs candidats, non en fonction de leurs mérites, mais selon l?apport de voix qu?ils prétendent représenter au sein de telle ou telle communauté ethnique.
Il n?y a rien de privé dans le secteur privé et le secteur public peut parfois ne plus être public mais réservé à des privilégiés. L?Etat devient tentaculaire et nul ne s?en émeut. Plus on multiplie les corps parapublics et moins on les contrôle. Leurs directeurs sont nommés selon le bon vouloir des ministres qui donnent l?impression de n?exiger d?eux aucun contrôle, pas même un rapport annuel présentant quelque once de crédibilité. Nul ne songe à réclamer un débat sur chacun des rapports annuels soumis dans les délais et a fortiori sur les rapports non soumis dans les délais. Et voilà comment une poignée de dirigeants tiennent en otage la démocratie à Maurice, avec la complicité des non politiciens qui persistent à les approuver en votant de nouveau pour eux.
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