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Raddhoa à l?index

29 mai 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La brutalité policière est mise à l?index par la justice. Quatre agents accusés d?avoir agressé le journaliste Jacques Achille en février (voir hors-texte) ont été reconnus coupables et condamnés mercredi à l?amende par le tribunal de Mapou. Et la semaine dernière, dans un ruling, la cour intermédiaire a reconnu que des policiers placés sous la direction de l?inspecteur Hurry-deo Raddhoa, ont passé à tabac un homme arrêté pour meurtre.

Un suspect qui s?agenouille en implorant pardon et qui, de surcroît, supplie des policiers à écouter ses confessions? C?est digne d?un épisode de la série The Shield, mais le magistrat Benjamin Marie Joseph n?a pas cru la version de l?inspecteur Raddhoa.

En octobre 2000, l?enquêteur est sur les dents. Il a sur les bras le meurtre d?une femme de 50 ans, qui n?a pas été résolu depuis cinq mois. Il vient alors de prendre les commandes de la Criminal Investi-gation Division (CID) de Cure-pipe et compte bien montrer qui est le nouveau maître des lieux.

La victime, Josiane Cheniard, a été tuée chez elle lors d?un cambriolage, au début du mois de mai. La malheureuse est morte étouffée sur son matelas après avoir été ligotée et bâillonnée avec ses vêtements. Tout porte à croire qu?elle a été victime du gang Larhubarbe, tristement célèbre pour ses mauvais coups. Les frères sont connus pour avoir plusieurs vols à leur actif.

Le 30 octobre 2000, les limiers de la CID de Curepipe sont sur la piste de Richard Philippe Larhubarbe. Ils le pourchassent dans les rues de Curepipe et lui mettent finalement la main au collet dans un terrain vague situé route La Brasserie.

« The operation involved a hot pursuit during the course of which the accused was injured with barbeb wire. But no medical treatment was afforded to him as he did not request for same and as his injuries, according to the officer, were not serious », note le magistrat. La décision est alors prise de l?interroger sur place. Il ne faut pas perdre de temps. « He knelt down to beg for excuse and implored to confess », ex-plique Raddhoa à la cour. Le suspect se serait donc mis à table et aurait avoué une série de cambriolages, dont celui commis chez Josiane Cheniard.

Des contusions sont visibles

Larhubarbe n?est pas emmené au poste, mais sur les lieux « pour vérifier certains faits ». Les policiers s?offrent même eu le luxe d?accompagner Larhubarbe chez lui pour qu?il se douche et qu?il se change. Ce n?est que quelques heures plus tard qu?il est placé en détention.

Ses confessions sur le meurtre de Josiane Cheniard sont consignées une semaine après. L?inspecteur déclare lui avoir lu ses droits, lui avoir demandé s?il désirait la présence d?un avocat, offre que l?accusé aurait refusée, « voulant coopérer ».

Raddhoa reconnaît que quelques jours plus tôt, l?avocat Yousuf Moha-med, Senior Counsel, s?était présenté et l?avait informé qu?il représentait le suspect. Or, pour la première déposition de Larhubarbe sur le cas Cheniard, l?inspecteur dit avoir essayé en vain de prendre contact avec lui? Il l?a appelé à plusieurs reprises jusqu?à ce qu?il apprenne que l?avocat s?était désisté dans cette affaire.

Le lendemain, jour de sa seconde déposition, Larhubarbe est traduit en cour de Curepipe. Face au magistrat, il enlève sa chemise et affirme avoir été battu. Des contusions sont visibles et le magistrat ordonne qu?il soit examiné. Cependant le médecin de la police ne voit rien. Un autre praticien, affecté à l?hôpital de Candos, se souvient avoir examiné l?accusé le 31 octobre 2000. Larhubarbe lui avait confié avoir été agressé par 15 agents de la CID de Curepipe. Il portait des traces de coups sur tout le corps et son visage était abîmé. Or, ces blessures, après examen et passage au rayon X, n?ont rien à voir avec du fil barbelé, comme l?a prétendu Raddhoa.

Une demi-douzaine d?hommes qui s?acharnent

Un autre témoin, dont la maison se trouve en face du terrain vague où Larhubarbe a été arrêté, a vu une demi-douzaine d?hommes en train de s?acharner sur l?accusé. Après cinq ans passés en détention préventive, Larhubarbe a présenté une motion ? par l?intermédiaire de son avocat, Me Rex Stephen ? réclamant que ses aveux sur la mort de Josiane Cheniard soient déclarés irrecevables, parce qu?obtenus sous la contrainte. Même si le magistrat Joseph reconnaît que Larhubarbe a été victime de brutalité policière, il estime qu?il ne peut pas se prononcer sur le fait que ses dépositions ont été faites sous la contrainte.

Il se base sur les « entrées » dans le Diary Book du poste de Curepipe de deux avocats, qui ayant rendu visite à Larhubarbe, ont réclamé qu?il soit examiné par un médecin, mais nulle mention n?était faite quant aux brutalités.

« And, there is nothing on record that would allow me to say that the violence complained of was still operative on the mind of the accused or that it was in fear of similar or any other form of violence that he accepted to give the impugned statements » écrit le magistrat. À la lecture des points avancés par Me Stephen, le magistrat Joseph reconnaît que Larhubarbe a été brutalisé et que les hommes de la CID de Curepipe n?ont pas suivi les procédures.

Larhubarbe répondra, le 14 juin, des accusations de coups et blessures sans intention de tuer, d?association de malfaiteurs et de recel. Quant aux policiers qui l?ont passé à tabac, rien n?est dit.

Achille a bien été malmené

Jacques Achille (photo), journaliste et rédacteur en chef suppléant du magazine Week-End Scope, a bien été malmené par des policiers du poste de Piton. La cour de Mapou est arrivée à la conclusion que l?inspecteur Beeharry, le sergent Assyrigadoo et les constables Taurachand et Appalasamy ont abusé de leur autorité en interpellant Achille, le 4 février 2004, au stade Anjalay. Le journaliste couvrait le Jump Around Youth Concert à ce moment-là et était intervenu dans un différend entre les policiers et un collègue après que les agents aient fouillé des étudiants. Les officiers l?ont alors pris à partie et embarqué dans leur fourgonnette jusqu?au poste de Piton. En route, ils l?ont malmené. Arrivés au poste, ils l?ont dirigé vers le dortoir à l?étage pour le brutaliser. Dans son verdict, le magistrat Azam Neerooa trouve étonnant qu?ils aient dû partir à Piton pour un simple cas de disturbance alors qu?il y a un poste de police au stade. Il estime que la version du journaliste tient la route, malgré les contorsions de l?avocat des policiers, Navin Ramchurn, pour le déstabiliser.

Il avance aussi que c?est tout au crédit de la victime d?avoir été cohérent et « qu?il a même prouvé son honnêteté en déclarant que le chauffeur de la fourgonnette ne l?avait pas frappé ». Lequel chauffeur, le constable Somrah, est traité de témoin de complaisance, pour avoir déclaré que ses collègues n?ont pas tabassé le journaliste alors qu?un document médical et qu?une entrée au poste de Piton prouvent le contraire. Les quatre policiers ont chacun été condamnés à une amende de Rs 2 000. L?accusation de disturbance qu?ils avaient porté contre Jacques Achille a été rayée.

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