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R. Jaddoo : Je quitte le MMM à cause du castéisme

3 juillet 2008, 20:00

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Après deux mois de silence et de réflexion politique, après les tristes événements du 22 mars 1983 (démission de 12 ministres du MMM, cassure de ce parti, suivie de la création du MSM d?Anerood Jugnauth), Ramduth Jaddoo, ancien ministre de l?Education, annonce qu?il fait ses adieux à la politique active. Il les dédie à ses compagnons de lutte de 1970 à 1983. Mais c?est un Ramduth Jaddoo désabusé, amer, dégoûté qui s?en va, en affirmant, avec tristesse, que le MMM le sacrifie sur l?autel du communalisme et du castéisme.

Il ne veut nuire à personne mais ne peut non plus passer sous silence ses 13 ans de combat politique. Il salue donc une dernière fois ses camarades militants qu?il a côtoyés aussi bien en prison que dans la fièvre et l?enthousiasme des grandes campagnes de mobilisation, entre autres électorales. Il regrette de devoir quitter les meilleurs d?entre eux.

Pour lui comme pour sa famille, le MMM a été une façon de vivre. Il ne peut se retirer discrètement comme un militant anonyme. Son c?ur mauve est à présent blessé, découragé. On l?accuse de faire du sentimentalisme. Il sait que pour certains, il n?y a pas de place pour les sentiments en politique. D?autres encore se disent prêts à marcher, au besoin, sur des cadavres. Il avoue être sentimental. Il concède mettre du sentiment dans son combat politique. La cassure du MMM lui a porté un coup terrible et irrémédiable. Jusqu?au bout, il a espéré une réconciliation qui n?est pas venue (N.B. : Elle interviendra en 1990 mais avec un goût de réchauffé et n?ira pas au-delà d?octobre 1993. Celle de juillet 2000, l?accord à l?israélienne de Med-Point, ne survivra pas à la défaite électorale du 3 juillet 2005. Joyeux anniversaire, Navin !).

Quand Paul Bérenger propose à Jaddoo le poste de chef de l?opposition, après le 22 mars 1983, il refuse et se désiste en sa faveur, en mettant en avant un principe d?ancienneté et de méritocratie. On lui propose par la suite le poste de président d?une République à créer. Il subodore le piège, comprend qu?on veut l?écarter de la politique active (comme aujourd?hui Anerood Jugnauth) et refuse d?être réduit au Réduit. Il réclame la permission de prendre un congé politique. Entre-temps, la circonscription No 10 (GRSE-Montagne-Blanche) insiste pour qu?il y pose de nouveau sa candidature. Il met fin à son congé politique et reprend le combat militantiste.

C?est alors qu?il apprend que sa place est prise au Front Bench du MMM. (Par qui ? Il omet de le préciser). Paul Bérenger lui fait comprendre qu?il ne peut plus prétendre au poste de leader adjoint et qu?il devra se contenter d?un poste à l?arrière du Front Bench. Il n?a jamais fait de la politique pour avoir tel ou tel poste. Mais là, on lui fait clairement comprendre qu?il devient un fardeau pour le MMM. Cela devient encore plus évident quand on lui propose le poste de... gouverneur général. Notons que Le Militant, l?organe de presse du MMM, choisit de passer sous silence le départ avec fracas de Ramduth Jaddoo qui fait, en revanche, les choux gras de la presse travailliste.

Jaddoo rappelle le temps où toutes les activités du MMM reposaient sur les seules épaules de Paul et sur les siennes. Il a subi beaucoup d?humiliations. Hier encore ce qui comptait pour le MMM, c?était l?idéal militant. A présent ce qui compte c?est le communalisme. Quand il fallait combattre Boolell et Jagatsingh, au No 10, en 1976, nul ne parlait de communalisme. A présent, il faut tout sacrifier sur l?autel du racisme. On parle d?espoir et on l?accule au désespoir. On ne parle plus de militants historiques. On cherche également à l?enterrer dans un musée.

Quand Paul Bérenger démissionne comme ministre, il le supplie de revenir sur sa décision. Il n?a jamais milité qu?au sein du MMM. Plutôt que d?adhérer à un autre parti politique, il préfère encore se retirer de la politique active. Il refuse de proclamer «ène sel lé pep, ène sel nation» pour ensuite diviser ce même peuple, en lui inventant des cloisons racistes et castéistes.

Il s?en va après 13 ans de lutte. Il ne se connaît aucun ennemi. Seuls les transfuges le dégoûtent. On ne peut promouvoir une saine politique, en flattant les pires instincts de l?homme. Les politiciens détruisent la société mauricienne. La politique devient dégoûtante. (Elle ne s?est pas améliorée entre 1983 et 2008, mon cher Ramduth... Il faut, hélas, savoir se contenter de ce qu?on nous offre. C?est quand même mieux que Robert Mugabe le marxiste).

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