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Quitter l?anonymat a du bon
Ils sont quelques-uns à penser que cibler les pauvres est humiliant pour ces derniers. Or, ce n?est pas l?avis des principaux concernés. Rosemay Spéville, ancienne ouvrière d?usine, victime d?un accident, a pu faire survivre les siens grâce à sa débrouillardise. Le fait que le titre de Rocheboisienne de l?Année lui ait été décerné a permis à de généreux bienfaiteurs de lui manifester leur générosité.
À la fin de l?année 2006, lorsque notre route a croisé pour la première fois celle de Rosemay Spéville, elle était presque au bout du rouleau. Pour des raisons médicales, elle avait été contrainte de mettre un terme à son emploi de machiniste après un accident au retour d?heures supplémentaires. Événement malheureux qui a décalé sa colonne vertébrale. Malgré ce coup dur, elle pouvait encore compter sur les revenus de son compagnon.
Quand ce menuisier perd son emploi, Rosemay doit se montrer inventive, se levant aux aurores pour aller acheter des légumes à l?encan qu?elle transporte dans une poussette d?enfant. Elle fait le tour de cité Roche-Bois et de Baie-du-Tombeau pour vendre légumes, confits et pistaches qu?elle a préparés. C?est tous les jours pareils. Parfois, elle en retire quelques sous. D?autres jours, elle est moins chanceuse. La poisse semble lui coller à la peau et toute la détresse du monde se lit sur son visage. Elle est au bord du suicide car les factures s?amoncellent. Mais deux faits vont transformer sa vie.
Elle fait la connaissance de Sabrina Utile, la responsable du service d?écoute de Caritas qui , en sus de lui offrir un colis alimentaire, l?aide dans ses démarches pour obtenir un financement du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups. Ce qui lui permet de s?acheter deux machines à coudre sur lesquelles elle effectue de menus travaux. Lorsque la Fédération des Organisations de Roche-Bois organise le Roche-Bois Award Night et qu?elle remporte le titre de Rocheboisienne de l?Année, cette mise sous les projecteurs permet à de généreux bienfaiteurs de lui manifester leur aide.
« Quand elle remporte le titre de Rocheboisienne de l?Année, la mise sous les projecteurs permet à de généreux bienfaiteurs de lui manifester leur aide. »</I>
Ainsi, l?un d?eux s?acquitte de sa «ration» pendant neuf mois. La Sentinelle lui offre une balance lui permettant de peser ses légumes et ne plus être dans l?approximation question poids. Une personne lui donne Rs 7, 000 pour qu?elle rembourse en partie l?emprunt contracté sur les machines à coudre. Un autre généreux donateur lui offre des accessoires de couture. Une autre personne lui a offert un vrai caddie de supermarché et elle se fatigue moins ainsi.
Ce qui explique qu?elle ait le visage nettement plus serein et qu?elle soit aussi souriante. «RooBAN inn ed moi boukou. Mo pa finn bisin aste certenn kitsoz e sa finn permet moi fer enn ti lekonomi. Lavi inn vinn impe pli fasil. Eski ou kroir mo pa pou rie apre sa ?»
Ne s?est-elle pas sentie humiliée du fait que son dénuement ait été ainsi mis à nu ? «Li enn verite ki mo pov. Ou bisin dir ou la miser. Si ou pa dir, personn pa pou kone ki ou dan lapenn.» Certaines personnes toutefois, et elles sont rares heureusement, ne semblent pas apprécier que sa situation se soit améliorée. «Monn zoinn enn dimounn kinn ed moi me parski monn arive zordi, li finn reprose. Li pa kontan ki mo sityasyon inn ameliore.»
Rosemay a des projets plein la tête, notamment d?aller à Rodrigues pour vendre ses travaux de couture et en revenir avec des achards et autres condiments qu?elle revendrait ici. Elle n?a qu?un seul souci : son propriétaire veut vendre cette maison de cité Roche-Bois qu?elle occupe depuis 19 ans. Elle n?est pas sûre que le prix sera à sa portée. «Mem si monn bien trime, monn bienheureux dan sa lakaz la. Pa kone kot mo pou ale.» A chaque jour suffit sa peine.
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