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Qu?il est philosophenotre Vallée !
Les connaisseurs sont à l?affût de ses conférences. À l?Alliance française, au Centre Charles Baudelaire, au Centre culturel d?expression française, la moindre indication que Christophe Vallée interviendra, seul ou avec d?autres, attire un public de plus en plus nombreux, de plus en plus attentif. Les dizaines d?adeptes des premiers exposés philosophiques sont peu à peu remplacées par des centaines de nouveaux initiés. Les cloisons mobiles s?élargissent afin de contenir ce public exigeant. L?intendance se fait des cheveux blancs : pourra-t-on recevoir ces auditeurs en nombre croissant ? Une inquiétude qui s?accompagne toutefois d?une vive satisfaction : est-ce un nouvel âge d?or des activités du CCEF avec des salles combles et le retour d?un public avide de connaissances nouvelles et fondamentales puisqu?elles conditionnent nos comportements, le moindre de nos réflexes tout en approfondissant utilement nos modes de réflexion et les tentatives d?explications logiques de nos appréhensions et aspirations.
? Le philosophe est-il « persona grata » dans cette île francophone mais anglo-saxonne et pragmatique sous tant d?aspects ?
? Le système éducatif secondaire mauricien, basé sur celui de l?Angleterre, n?accorde pas une place proéminente à une réflexion philosophique à laquelle seraient assujettis les étudiants en classes terminales. Le système français tient davantage compte que l?élève parvient alors à un âge où il s?interroge volontiers et en profondeur et apprécie de pouvoir remettre en question les acquis de l?enfance comme ceux offerts, sinon imposés, par le milieu familial, lui-même tributaire de pressions religieuses et culturelles plus ou moins intériorisées et acceptées. L?île Maurice offre à ce sujet des spécificités intéressantes. Le pragmatisme des activités politico-économiques n?est pas autant interpellé qu?en francophonie par un système éducatif privilégiant la réflexion philosophique, en tant qu?étape indispensable de la formation académique secondaire à acquérir avant d?entrer sur le marché du travail. Cette absence est cependant compensée par des réflexions religieuses et culturelles, qui incitent volontiers les adeptes à réfléchir sur le sens de leur vie et de leur destinée et sur le pourquoi de chacune de leurs décisions et actions.
? Mais philosophie et religion ne font pas toujours bon ménage ?
? Un certain dogmatisme cède volontiers aux solutions de facilité. On pense pour vous. Nul besoin donc de se mettre martel en tête. La remise en question des idées toutes faites est considérée comme un risque inutile à prendre. Le danger d?infantiliser les fidèles et de les maintenir dans une situation sécurisante mais d?infériorité est réel. Il y a donc de faibles traditions philosophiques à Maurice. Mais il existe assez de personnes, de tous âges, heureuses de pouvoir disposer, même temporairement, de guides compétents et qualifiés pour les aider à voir plus clair dans leur vie. L?élargissement de cet auditoire philosophique indique clairement que ces exposés répondent à un besoin. Nous ne comptons pas ici les Mauriciens, aux formations scolaires diverses, qui approfondissent par eux-mêmes leurs réflexions philosophiques, en s?aidant de livres et de revues. Il est difficile de rassembler ces penseurs autour d?une réflexion commune qui serait pourtant à l?avantage du plus grand nombre. Il est réconfortant de savoir l?île Maurice beaucoup plus philosophique qu?elle ne le paraît et même qu?elle ne le croit l?être.
? Non seulement l?île Maurice pensante a la chance de compter actuellement un philosophe du calibre de Christophe Vallée, mais en plus il nous offre Surface et profondeur, un « petit livre de philosophie à l?usage de chacun ».
? Il s?agit du premier d?une série de livres de réflexions philosophiques. L?objectif est d?offrir, à domicile et au rythme convenant le mieux à chacun, des pistes de réflexions personnelles sur des questions fondamentales, telles une possible part de sacré pour une raison se voulant logique et cohérente ; le désir d?éternité, en sachant que le désir d?éternité réside en chaque désir, que le temps est l?instant fugace entre un passé qu?on ne possède plus et un futur qu?on ne possède pas encore, qu?une vie sans fin est une vie sans fins.
Christophe Vallée aborde aussi dans son livre, publié à compte d?auteur et imprimé par High Quality Press Ltd, à Roches-Bois, la question de l?opposition classique entre la connaissance et l?action. Il rappelle que la connaissance de soi valable est celle qui suscite une véritable conversion et cite à ce propos Descartes qui conseille de « changer plutôt ses désirs que l?ordre du monde » et pose la question de savoir si la science comprend ce qu?elle fait.
? Sommes-nous libres face à la vérité ?
? Jung a raison : « La vérité nous délivrera ». Toute remise en question est normale. Il faut, avec Descartes, douter à fond et même au-delà du raisonnable de toutes les opinions reçues. Elles ne sont pas nécessairement fausses, mais il faut les rejeter si l?on veut aller au bout du doute. Il faut lutter contre les tentatives de l?arbitraire. L?esprit critique est le premier acte et la condition de la liberté.
Lire et méditer les différents chapitres de ce premier traité de philosophie de Christophe Vallée, c?est philosopher sur toutes sortes de sujets, tels la beauté des choses et leur utilité, l?insensibilité du juste, le choix entre le règne du droit et celui de la violence, le temps, la responsabilité de tout être humain, l?art et la vérité, l?initiation au processus de la pensée logique et cohérente.
Né à Angers en décembre 1960, Christophe Vallée poursuit ses études supérieures en lettres successivement au lycée David d?Angers (où enseigna l?illustre Henri Bergson), au lycée Fénelon à Paris, à l?École normale de Saint-Cloud. Il fait un premier doctorat de lettres et philosophie à la Sorbonne-Panthéon et un second à Paris IV.
Il enseigne la philosophie aux Comores, de 1992 à 1996. De Mayotte, il passe à la Réunion de 1997 à 2000. Depuis l?an 2000, il occupe la chaire de philosophie au lycée Labourdonnais. Cela qui ne l?empêche pas d?animer des cours et des exposés dans plusieurs centres culturels ainsi qu?à l?université privée Louis-Pasteur, crée à Port-Louis par le Pr Baligadoo. En 1996-1997, il a préparé et réussi un concours d?entrée à l?Ena ; sans parvenir toutefois à s?éloigner du monde stimulant de la pensée philosophique.
Christophe Vallée connaît l?île Maurice depuis près de 15 ans. Le prof de philo de Mayotte y venait volontiers passer ses vacances. Il avoue être de plus en plus séduit par les mille et une ressources humaines et naturelles qu?offre notre île. Il ne tarit pas d?éloges sur le foisonnement d?idées et d?élans créatifs qu?il y découvre. Il nous appartient désormais de lui donner raison, en faisant le meilleur accueil possible à son « petit livre de philosophie à l?usage de chacun » et en nous prouvant à nous-mêmes qu?il ne nous surestime pas et que nous méritons vraiment les éloges qu?il multiplie sur nos fronts.
Il faut douter à fond? Il faut lutter contre les tentatives de l?arbitraire. L?esprit critique est le premier acte et la condition de la liberté.
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