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Qui c?est les plus forts ?
Les Verts sont de retour dans l?élite au moment où le football français traverse une période euphorique. Tout un symbole. C?est le moment de plonger dans l?histoire d?un club devenu mythique dans les années 70.
Qui c?est les plus forts ? Bien évidemment c?est les verts... La suite du refrain, on la connaît par coeur : ils ont un grand public et les meilleurs supporters, ils vont gagner, ça c?est juré. Allez, allez eh eh eh, les verts?
A bien voir, ce n?est pas qu?un refrain, mais une éternelle vérité. C?est que Saint-Etienne ne mourra jamais. Plongés dans l?anonymat d?une Ligue 2 décidément pas taillée pour eux, les Stéphanois ont entamé, il y a peu, leur ultime résurrection, cela après avoir survécu, il y a trois ans, à une crise financière et sportive sans précédent. Une crise née de la fameuse affaire des faux passeports et qui avait contribué à jeter le discrédit sur un club qui bénéficiait, jusque-là, d?un soutien national indéfectible.
Sixième et dernier épisode d?une saga qui ne lassera jamais la France du football : la remontée de l?équipe du forez en première division. En s?imposant à Niort la semaine dernière, le plus beau fleuron du football hexagonal a renoué avec son passé exceptionnel, sans doute le plus glorieux, le plus fou du 20e siècle. Un passé marqué par dix titres nationaux, le premier en 1959, le dernier en 1981, il y a donc 23 ans.
Un passé qui, quoiqu?on dise, a tellement marqué la France et les Français que même le titre européen de l?Olympique Marseille en 1993, fait pourtant unique à ce jour, ne souffre pas la comparaison avec l?épopée fantastique des p?tits hommes verts des années 70. Celle des Larqué, Platini, Rocheteau, Janvion, Curkovic, Repellini, Bathenay et j?en oublie forcément quelques-uns. Celle des exploits d?un autre temps, au premier rang desquels figurent Kiev, Split, Glasgow et Eindhoven. C?était le Saint-Etienne du sorcier vert Robert Herbin. C?était l?époque des caleçons pattes d?éléphants, des 45 tours de Claude François. C?était aussi l?époque des premières télévisions couleurs. Et forcément aussi celle de ce maillot vert qui transperçait l?écran, marquait les esprits. Tellement beau, tellement criant, tellement original.
Cette remontée inespérée en première division porte la griffe d?un homme. Il n?est pas du forez. C?est un Corse pure souche qui a su gagner le coeur du bouillant chaudron du stade Geoffroy Guichard. Il s?appelle Frédéric Antonetti. Après le sorcier vert Herbin, lui c?est le sorcier chauve. Il voulait, au début des années 90, faire de Bastia un club européen d?envergure. La Corse ne lui a pas donné cette chance. Dix ans après, le voilà aux commandes du plus aimé des clubs français, un Saint-Etienne tout neuf avec lequel il a su relever le plus grand défi de sa carrière, en attendant de l?installer durablement en première division et, pourquoi pas, d?en faire un club de dimension européenne. Comme Lyon, Monaco et Marseille.
Côté joueurs, il n?y a pas de stars. Frédéric Antonetti n?en voulait d?ailleurs pas. Du coup, c?est le collectif qui a primé. Et c?est peut-être, précisément, ce qui a fait la force de l?ASSE cette saison. Quelques individualités, sur chacune des lignes, ont néanmoins joué un rôle prépondérant dans la conquête stéphanoise. Le gardien Jérémy Janot s?est avéré un rempart parfois infranchissable. En défense, l?ancien Lyonnais Patrice Carteron a fait parler l?expérience. Le capitaine Julien Sablé, associé à l?infatigable David Hellebuyck, ont catalysé le milieu de terrain. En attaque, Lilian Compan n?a peut-être pas été des plus réguliers, avec seulement onze buts en 37 matches, mais il a eu le mérite de répondre présent dans les moments décisifs.
La gloire n?a pas toujours été au rendez-vous à Saint-Etienne. C?est que les générations se sont suivies sans pour autant se ressembler. Mais les verts ont de tout temps été au coeur de l?actualité. En bien ou en mal, il faut toujours qu?on parle d?eux. D?exploits européens en déprimes nationales, de caisse noire en faux passeports, de promotions en relégations, le club du forez est forcément un sujet qui passionne, un sujet qui fait vendre, qui trouve preneur. Pas étonnant, dès lors, que la plupart des médias français, un peu par nostalgie, beaucoup pour répondre à des impératifs commerciaux, n?ont pas manqué de barrer leur une avec un Saint-Etienne vert de bonheur samedi dernier au lendemain de sa promotion obtenue à Niort.
C?était, on l?a dit, le sixième épisode de la saga stéphanoise. Le premier remonte à 1957 quand, sous l?inspiration de Jean Snella, l?ASSE décroche sa première couronne nationale. Ce n?est pas seulement le succès d?une région, mais aussi celle d?un style vie. Saint-Etienne, le Sheffield français, ville grise, ville minière, qui snobe la bourgeoisie française. Pas étonnant, dès lors, que la France ouvrière s?identifie au phénomène stéphanois. Plus que la victoire d?une ville, c?est la victoire du petit peuple.
Deuxième épisode, la glorieuse épopée des années 60. Bien installé dans les moeurs du football français, le club rompt avec l?ordinaire en décrochant quatre titres d?affilée entre 1967 et 1970. Aucun autre club n?a fait mieux. Marseille, au début des années 90, s?est contenté de trois. Lyon essayera d?en faire de même cette saison, en attendant, peut-être, de rejoindre le géant vert en 2005. Plus qu?une équipe, Saint-Etienne devient un mythe. Son président, Roger Rocher, est ambitieux. Son entraîneur, Albert Batteux, est un technicien d?exception.
Troisième épisode, les verts de 1976. Aux commandes, celui qui deviendra par la suite le sorcier vert, le bien nommé Robert Herbin. Sous ses ordres, l?ASSE défie le continent. Les exploits se multiplient. Et l?inimaginable se produit. Saint-Etienne est en finale de la Coupe d?Europe des clubs champions. Mais c?est à Glasgow que lui donne rendez-vous le Bayern Munich, son ultime adversaire. Le problème, c?est qu?à Ibrox Park, les poteaux sont carrés. Et Saint-Etienne doit s?incliner. Piazza, Curkovic, Rep, Larqué et les autres n?ont que leurs yeux pour pleurer.
Le quatrième épisode mène vers les années 80 et marque la fin d?un mythe. En France, les conquêtes stéphanoises se font plus rares. Rocheteau émerge, Platini débarque, mais Saint-Etienne est menacée par la nouvelle vague. Nantes, Bordeaux et le Paris Saint-Germain préparent leur réplique. En Europe, le club à la mode s?appelle Liverpool. Et c?est précisément contre les Reds que prennent fin les années C1. En 1981, le club parrainé par Casino s?offre un dixième et dernier titre de champion de France. En 1982, la fronde s?organise. Dans les tribunes comme à l?intérieur du comité de direction. Roger Rocher est ciblé. On parle de caisse noire.
Cinquième épisode, la relégation. Dépouillé de tous ses francs, le plus grand club de France a du mal à se remettre des suites de sa caisse noire. Ce sont les années galères. De longues saisons durant, l?ASSE flirte indécemment avec la descente. On dresse un parallèle avec Reims. L?inévitable se produit en 1996 quand le club est officiellement renvoyé à ses études en deuxième division, ce qui provoque la colère de ses fans.
Le sixième épisode, vous le connaissez déjà. Pitoyable lanterne rouge de la Ligue 2 au soir d?un match mal négocié au Mans en février 2003, Saint-Etienne, sous l?impulsion de Frédéric Antonetti, entame sa deuxième résurrection après celle manquée de 2001. Revoilà donc les verts en Ligue 1. Cette fois, ils n?auront pas droit à l?erreur. C?est que l?histoire ne pardonne pas deux fois.
Le passé de Saint-Etienne a tellement marqué la France et les Français que même le titre européen de l?OM en 1993 ne souffre pas la comparaison.
Les années 80 marquent la fin d?un mythe. Rocheteau émerge, Platini débarque, mais un ressort s?est cassé.
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