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Questions à?Suresh Munbodh
● Quel est le regard que vous portez sur l?évolution du programme d?études à Maurice ?
Il y a des dysfonctionnements liés au programme d?études qui ont été identifiés depuis des lustres. Personnellement, je me suis intéressé à la question depuis les années 70. Vers le milieu des années 80, j?ai contribué à la première encyclopédie sur l?éducation, réalisée par des professionnels à travers le monde, où je soulignais que le principal problème de notre système éducatif était le programme d?études car s?il était adapté, on n?aurait pas eu autant de problèmes.
Les années ont passé mais les choses n?ont pas évolué. Dans les années 90, dans une autre édition de l?encyclopédie sur l?éducation, j?écrivais que les changements socioéconomiques mettront davantage de pression sur le système éducatif et le programme d?études.
● Qu?est-ce qui ne fonctionne pas dans le système ?
Les critiques et cris d?alarme viennent autant de la communauté des affaires que de la société en général. Il y a le fait que les jeunes ne sont pas toujours équipés pour le monde du travail dans lequel ils sont appelés à évoluer. Il leur manque quelque chose. Ce qui implique qu?il y a un problème de planification. Car on organise le système en fonction de son environnement économique et social. C?est ce qui manque toujours.
Quand on va construire un bâtiment, on se tourne vers un concepteur. Ensuite interviennent l?architecte, l?ingénieur, les techniciens, les maçons, les charpentiers? Ce sont les gens qui donnent une forme à la vision du concepteur. Au plan de l?éducation, c?est au gouvernement d?énoncer sa vision pour le pays sur une période donnée. Ensuite, la communauté des affaires, les acteurs religieux et sociaux, la société civile en large intègrent des préoccupations qui leur sont propre. En fin de compte, il y a un consensus à rechercher pour identifier un système qui est adapté à la société dans laquelle nous vivons et, mieux encore, un système qui nous permet de construire une meilleure société.
● Comment expliquer qu?après tout ce temps on se retrouve toujours avec un programme d?études en déphasage ?
Un premier comité a été institué pour travailler sur le programme d?études dans les années 75. Ensuite ont été créés le MIE et ultérieurement le NCCRD. Or, il faut savoir qu?à travers le monde, il existe peu de personnes susceptibles de travailler à l?élaboration d?un programme d?études. Permettez-moi de vous citer l?exemple de l?IVTB.
A ses débuts, nous voulions trois personnes pour travailler sur le programme. Soit un concepteur, une personne pour travailler sur les manuels et une autre pour effectuer les évaluations. Nous avions sollicité une agence étrangère pour identifier ces personnes. Finalement, nous nous sommes déplacés dans un pays étranger où une liste de trente personnes nous était proposée. Il s?est avéré qu?il n?y avait personne de vraiment compétente. Ceux qui ont été embauchés ont finalement dû être formés par nous. C?est dire la difficulté de la tâche. Sur cette question, il faut vraiment the right person in the right place.
● Comment expliquer que tout le système soit orienté exclusivement vers les examens ?
L?élaboration d?un programme d?études obéit à de nombreux objectifs. Mais en fin de compte, ce qui ressort pour les collégiens et leurs parents, c?est leur obsession d?un diplôme. Ce qui est légitime parce que nous sommes dans un système où, sans le diplôme, on a difficilement un travail. Nous sommes un peu prisonniers de cette mentalité. Or, il ne faudrait pas que le programme d?études soit conçu pour faire échouer l?élève. Le programme ne peut pas être élaboré seulement pour tester la connaissance des élèves. Si on reste dans cette logique, nous n?enseignons et n?apprenons que pour réussir des examens. Or, ce n?est pas la finalité de l?éducation. Les examens ne servent pas à tester ce que vous ne savez pas. Cela n?a que trop duré ! Le système d?évaluation doit être adapté au programme d?études et non l?inverse.
Il faut aussi pouvoir tester la débrouillardise, les aptitudes créatives, entre autres, des jeunes. J?épouse, à cet effet, entièrement le concept du ministre de l?Education pour une ?World Class Education?. J?ajoute que lorsqu?on parle de ?knowledge hub?, de compétitivité dans le monde global, de l?avènement de la communication et de l?Internet, il nous faut regrouper toutes les compétences pour être à la hauteur des défis.
● L?uniformité du programme d?études sert-elle tous les enfants ?
Quand on prépare un programme, on le fait pour tout le monde indistinctement. S?il est vrai que tous les enfants n?apprennent pas à la même vitesse, il est aussi vrai que le rythme de l?enseignement doit s?adapter en conséquence pour ne pénaliser ni les plus brillants, ni les moins performants. C?est une question de flexibilité et d?adaptabilité du système.
● On dit souvent que notre principal atout, ce sont les ressources humaines. Comment les valoriser davantage ?
Je tiens d?abord à dire que je suis satisfait qu?il y ait un intérêt prononcé à revoir le programme d?études. J?espère que cela se fera professionnellement. Il s?agit aujourd?hui, à travers une éducation de qualité mondiale, de doter les enfants mauriciens des compétences qui leur permettent d?évoluer n?importe où à travers le monde.
Propos recueillis par Nazim ESOOF
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