Publicité

Questions à?Gift Chimanikire

3 août 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>? Vous débutez votre mission mauricienne ce matin. Quels sont vos objectifs ? </B>

Nous comptons faire connaître la situation zimbabwéenne aux leaders politiques, hauts fonctionnaires et organisations de la société civile. Nous voulons aussi participer aux consultations régionales qui ont démarré dans le cadre de la mise en place de normes électorales pour les pays de la SADC.

<B>? Le Zimbabwe sera de nouveau à l?agenda du sommet de la SADC qui aura lieu à Maurice la semaine prochaine. Vous attendez-vous à une décision majeure sur le Zimbabwe ? </B>

Pas directement. Mais nous espérons que les leaders de la Southern Africa Development Community (SADC) agréeront à une série de principes et de directives pour la tenue d?élections démocratiques et qu?ils forceront le Zimbabwe à s?engager à les respecter à la lettre lors des prochaines élections en mars 2005.

<B>? Comment évaluez-vous la réaction de Maurice face au problème zimbabwéen ? </B>

Maurice a joué un rôle constructif en restant équilibré. A plusieurs reprises, elle a souligné son engagement à trouver des solutions à la crise au Zimbabwe.

<B>? Peut-elle faire davantage ? </B>

Ce n?est pas une question de faire plus au niveau bilatéral. C?est à Maurice et aux autres pays membres de la SADC d?intensifier la pression diplomatique sur le gouvernement zimbabwéen pour qu?il retourne au peuple ses droits et ses libertés et restaure l?autorité de la loi. Une pression régionale concertée est cruciale pour que le Zimbabwe retourne sur le chemin démocratique.

<B>? Les leaders africains ont été léthargiques à condamner le régime Mugabe ? </B>

Il ne faut pas assumer que Mugabe a eu le soutien tacite de tous les leaders africains. Cela n?a jamais été le cas. Un certain nombre de leaders africains ont exprimé en privé leurs inquiétudes sur les abus violents du régime Mugabe. Mais c?est vrai que Robert Mugabe a reçu une certaine protection de certains leaders qui ont défendu sa cause et l?ont protégé de la censure internationale. Ce cercle de soutien semble toutefois s?éroder car Mugabe rompt promesse après promesse par rapport à ses engagements de réformes. Je crois que son intransigeance devient une source de frustration pour tous ces leaders africains qui l?ont soutenu mais qui n?ont rien reçu jusqu?ici.

<B>? Mais leur position va-t-elle changer ? </B>

Je crois que le rapport de la commission de l?Union africaine sur les droits de la personne qui condamne les abus perpétrés au Zimbabwe démontre à quel point Mugabe s?est affaibli sur le continent. Il ne peut plus rejeter les allégations d?abus des droits de l?homme en les qualifiant de fabrication de l?opposition.

<B>? Mugabe a évoqué la réforme électorale. Est-ce une vraie réforme ou une tactique pour apaiser les leaders africains ? </B>

Les réformes proposées constituent un pas dans la bonne direction mais elles ne créent pas une situation qui serait juste pour tout le monde lors des prochaines élections. Sans des réformes politiques en profondeur pour ouvrir l?espace démocratique, ces propositions ne voudront rien dire car elles se concentrent sur le scrutin et non sur tout le processus électoral. Actuellement, l?environnement politique au Zimbabwe est caractérisé par la violence des forces pro-Mugabe mais aussi par des atteintes à la liberté d?expression et d?association. La loi nous interdit, en tant que parti d?opposition, de mener campagne librement ou d?avoir accès aux médias appartenant à l?Etat.

Il n?est pas possible d?avoir des élections libres et justes dans de telles circonstances. Le peuple doit avoir accès à la vérité, évaluer les alternatives et voter sur la base d?un choix informé. Ce qui sera impossible si la campagne est caractérisée par la violence, l?intimidation et une censure de l?opposition. Sans réformes politiques, les propositions ne seront qu?une tentative de berner la communauté internationale.

<B>? Mais ces réformes seront peut-être suffisantes pour les leaders africains, régnant dans des États non démocratiques?</B>

L?Afrique change. La formation de l?Union africaine et l?adoption du Nouveau partenariat pour le développement économique de l?Afrique l?a démontré. L?Afrique essaie de s?éloigner d?un passé caractérisé le despotisme, l?exploitation et l?instabilité. Des pays comme Maurice montrent l?exemple en matière de démocratie et les autres suivront. La soif de démocratie s?intensifie à travers le continent et ce serait mauvais d?assumer que les réformes proposées par Mugabe satisferont les leaders africains. D?ailleurs, les normes pour la tenue d?élections dans les pays membres de la SADC devraient aller beaucoup plus loin que les propositions de Mugabe. Ce qui voudra dire que les réformes actuelles ne seront pas suffisantes aux leaders de la SADC.

<B>? Qu?attendez-vous donc des élections de mars 2005 ? </B>

Nous ne sommes pas sûrs qu?il y aura des élections en mars. Mais nous sommes confiants que, si les prochaines élections sont libres et justes, nous remporterons beaucoup de sièges et même une majorité parlementaire. La priorité est d?assurer qu?elles soient justes et libres.

<B>? Comment évaluez-vous la situation économique et politique actuelle au Zimbabwe ? </B>

Elle est épouvantable. Le chômage a crevé la barre des 80 %, le niveau de pauvreté a atteint un seuil alarmant et le prix des articles de base augmente même si le gouvernement dit avoir réduit l?inflation de 600 % à 380 %. Par exemple, deux litres d?huile comestible coûtent Rs 153 contre Rs 46 en 2003. La hausse des prix met la nourriture de base hors de la portée du grand public. C?est trop simpliste de penser qu?une inflation réduite équivaut à une reprise économique.

La situation politique ne s?améliore pas non plus. L?arrestation arbitraire d?un autre membre du MDC le démontre. Seulement sept de nos 54 députés n?ont pas été arrêtés ou torturés par le régime Mugabe ces quatre dernières années. Certains députés ont même été torturés. L?an dernier la police a placé des électrodes sur les organes génitaux du député Jon Sikhala alors qu?il était cloué au sol. Cette attaque brutale a été confirmée par des rapports médicaux produits en cour mais personne n?a été arrêté jusqu?ici pour ces actes odieux.

Trois journaux indépendants ont été obligés de fermer cette année. La milice pro-Mugabe sème la violence dans le pays. Les ONG ont enregistré 115 cas de tortures. Et, au Parlement la semaine dernière, Mugabe a annoncé la venue d?une loi pour interdire certaines ONG.

<B>? Etes-vous prêts à dialoguer avec Robert Mugabe ? </B>

Nous sommes toujours prêts à dialoguer avec Mugabe pour arriver à un consensus et résoudre les problèmes qui minent le pays.

<B>? Mugabe a promis une récolte record et la reprise. Selon vous, quel serait l?état du Zimbabwe dans un an ?</B>

La légère remontée économique ne continuera pas en raison des troubles politiques. Le parti de Mugabe n?a toujours pas compris qu?il n?y a pas de croissance sans stabilité politique. Mais il y a plus inquiétant. Nos estimations et celles des Nations unies ne corroborent pas la déclaration de Mugabe. Si nos estimations sont correctes, le Zimbabwe fait face à une catastrophe humanitaire sans précédent car des centaines de milliers de gens risquent d?être touchés par la famine. Nous espérons que Mugabe n?est pas en train de décevoir la nation, mais nous suspectons qu?une fois de plus, le bien-être de la population est secondaire à sa motivation : conserver le pouvoir. A tout prix?

<B>Propos recueillis par Ryan COOPAMAH</B>

Publicité