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Questions à?Renat Akchurin
● Vous vous êtes rendu célèbre à travers le monde après un sextuple pontage coronarien sur Boris Eltsine. Malgré cela, vous venez opérer gratuitement à Maurice ?
Je suis consultant du Centre de cardiologie de Pamplemousses et j?ai effectué huit missions et opéré le c?ur de plus d?une centaine de Mauriciens.
● On vous réserve les cas difficiles...Votre taux de réussite ?
Je ne dirais pas difficiles. La chirurgie est un art et toute opération chirurgicale est difficile. Je dirais plutôt que pendant mes séjours ici, je m?occupe des cas problématiques pour lesquels il faut l?avis d'au moins deux experts. Des 115 personnes que j?ai opérées ici, j?en ai perdu deux. Donc un taux de mortalité de moins de 2 %. Mais pour vous et les militaires, ce sont des statistiques. Pour nous, derrière ces chiffres, il y a des gens qu?on a connus, avec lesquels on a travaillé, qu'on a essayé de sauver. Notre mission est de réduire et d'éviter au maximum les décès liés aux problèmes cardiaques.
● Quel est le taux de mortalité lié aux maladies cardiovasculaires à Maurice ?
Le même qu?en Europe, soit entre 20 et 40 % dans une population moyenne dont le gouvernement ne dispose pas de moyens modernes pour soigner ces malades : médicaments et médecine high-tech, dont les dilatations, les angioplasties et les pontages. Avec ces moyens, le taux va varier entre 12 et 16 %. Il en est ainsi en Europe et à Maurice.
● Maurice a donc une unité de cardiologie high-tech comparable à l'Europe ?
Pas du tout. Vous êtes encore loin derrière. Vous avez une équipe de médecins et d?infirmiers très dévouée. C?est tout. Le bâtiment que vous utilisez pour abriter le centre de cardiologie n?est pas du tout approprié à la médecine high-tech. On ne pratique pas cette médecine dans le genre de bâtiments que vous construisez pour abriter vos hôpitaux types. On ne fait pas de médecine high-tech dans des hangars et je me tue à le dire aux autorités mauriciennes. Personne ne veut comprendre que le bâtiment qui abrite le Centre de cardiologie de Pamplemousses pose d?énormes risques d?infections aux malades et aux opérés du c?ur. Il faut un bâtiment avec des spécifications bien précises pour un centre de cardiologie.
● Que reprochez-vous d?autre à notre centre de cardiologie ?
Beaucoup de choses. Comment arriverez-vous à expliquer aux parents d?un malade décédé que la mort est survenue parce que le centre n?a pu disposer à temps de tel équipement, matériel, ou médicament ? La première fois que je suis venu opérer, il n?y avait pas d?artères artificielles qui devaient être sur place pour ces opérations. On a pu en obtenir de la Réunion. C'est scandaleux pour un centre de médecine high-tech. Il y a tout à revoir ici. Les conditions d?emploi de vos infirmiers et infirmières sont exécrables. Ceux qui se dévouent au chevet des opérés du c?ur n?ont même pas un espace décent pour se décontracter entre deux cas difficiles. Le ministère a-t-il une idée de l?incidence de telles conditions de travail sur la qualité des soins ? J?ai parlé aux responsables de ce centre encore une fois et l?administrateur, qui est nouveau, mais intelligent, a compris, je crois. Finalement, l?espoir d'un centre de cardiologie high-tech à Maurice n'est peut-être pas perdu.
● La population mauricienne compte un taux très élevé de cardiaques et de diabétiques. Avez-vous une explication pour cette situation ?
Pas vraiment. Mais je compte parler aux autorités de Moscou pour qu?une étude soit faite à ce sujet. Il est très important d?étudier cette particularité. En attendant, je conseillerai aux Mauriciens de faire du sport à tout âge, depuis l?enfance jusqu?à la vieillesse. Il est important que les autorités investissent dans des espaces de loisirs et de sport. Il faut une autre qualité de vie aux Mauriciens. Une vie différente, faite de sport et de loisirs.
Propos recueillis par Raj JUGERNAUTH
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