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Question de culture

20 février 2008, 00:00

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Certains acteurs politiques peinent à occuper le devant de la scène par manque d?idées nouvelles. Cependant, ils savent qu?il y a une méthode efficace pour rebondir. Il suffit d?aller avec le vent dominant. C?est la recette que le leader du MSM vient d?appliquer. Pravind Jugnauth s?est appuyé sur l?exacerbation des passions provoquée par la montée de la délinquance pour entamer une croisade en faveur de la peine de mort et occuper ainsi l?espace médiatique.

Le leader du MSM joue la carte de la démagogie. Il a mesuré à quel point la question sécuritaire préoccupe les esprits. Ce n?est pas parce que le commissaire de police a prolongé son séjour en Inde ou que le ministre de l?Intérieur est parti renouer avec ses racines au Bihar que l?on peut conclure que les autorités ont déjà pris la situation bien en main. Au contraire. Dans la rue, le sentiment d'insécurité se renforce.

Pravind Jugnauth cherche à tirer un capital politique de ce climat généralisé de peur. Sa proposition ne peut que relever d?un grotesque populisme et pas de ses convictions personnelles. Il veut profiter du fait qu?un grand nombre de citoyens, réagissant sous le coup de l'émotion après les récents crimes violents, ont réclamé la peine de mort pour les criminels. Il s?est donc mis à hurler avec les loups.

La campagne de Pravind Jugnauth a peu de chances d?aboutir à un résultat concret. Ce dernier le sait mais il a besoin de faire du marketing politique. Navin Ramgoolam n?osera pas ouvrir un débat sur cette question controversée. On imagine mal un gouvernement en fin de mandat venir proposer le rétablissement de la peine de mort, sujet susceptible de provoquer de vives passions. Par culture, ou pour des raisons liées aux croyances religieuses, beaucoup de Mauriciens s?opposent à la peine de mort. Ceux-là sont peut-être minoritaires mais ils ne céderont pas facilement devant des mesures qui portent atteinte à la civilisation. Ils n?éprouvent pas, eux, la réaction pulsionnelle de ceux qui ont soif de vengeance.

Les grands partis politiques n?ont pas suivi le MSM dans sa dérive populiste mais ils n?ont pas, non plus, proposé de solutions à la crise sécuritaire. Les dirigeants du pays tardent à prendre conscience de l?ampleur du problème et n?ont rien proposé d?autre que le durcissement des sanctions. A chaque fois qu?un fait divers particulièrement choquant survient, le gouvernement annonce son intention de réviser le code pénal pour rendre tel ou tel délit passible d?une condamnation de 60 ans sans rémission. Pourtant cela fait longtemps que les chercheurs ont démontré que ni ces sanctions extrêmes, ni la peine capitale n?ont réellement l?effet dissuasif qu?on leur attribue.

Il y a 13 ans, Maurice s?est débarrassée de cette pratique barbare qu?est la peine de mort. La polémique qui vient de s?ouvrir nous rappelle qu'aucune avancée de civilisation n'est acquise à tout jamais.

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