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Quelle Fête nationale ?

15 mars 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il y a longtemps que le 12 mars ne devrait plus être seulement la fête de l?Indépendance. Nous avons un devoir de mémoire envers l?Histoire. Pas seulement celle des politiciens mais aussi l?autre, la vraie?

Premièrement, il s?agit de ne pas oublier ceux qui étaient contre cette option politique, il y a presque un demi-siècle et qui optèrent pour l?intégration. Ils constituaient 44 % de l?électorat. Ils proposaient une formule qui ressemble à celle de la Réunion d?aujourd?hui avec un statut de ?département?. Le destin de l?île Maurice a été autre. Une majorité choisit l?indépendance. Cela impliqua qu?en tant que pays nous n?étions plus rattachés à la Grande-Bretagne.

Certains disaient que c?était la Grande-Bretagne qui n?exploiterait plus Maurice à son avantage, d?autres concluaient que ce soutien de la puissance impériale n?étant plus disponible, la seule option était de fuir? D?autres parmi les 44 % ont accepté le choix de la majorité de façon démocratique et restèrent.

Nous avons un devoir de mémoire envers ces dizaines de milliers de familles qui émigrèrent dans les années 60 et 70, apeurés par le spectre du désordre, de la violence ou de la dictature communale, sans parler du chômage. Victimes de démagogie politique autant que de leurs propres incertitudes, ils se sont exilés pour assurer l?avenir de leurs enfants, disaient-ils, mais déchirés par la séparation et meurtris dans leurs racines.

Ceux qui restèrent par choix ou par obligation bâtirent l?île Maurice économiquement autonome dont nous jouissons. Nous avons un devoir de mémoire envers eux, génération de bâtisseurs du XXe siècle : ouvrières et investisseurs de zone franche, pionniers du tourisme, entrepreneurs et travailleurs de l?industrie sucrière

Nous avons aussi un devoir de mémoire envers les bâtisseurs du XVIIIe et du XIXe : colons et esclavagistes, esclaves et coolies.

Saluons aussi d?autres bâtisseurs d?une île Maurice meilleure : pas celle des richesses économiques mais celle de l?émancipation politique et de la liberté.

Il s?agit des militants de terrain de tous bords : de la plume et du pot de colle, du pinceau et de la ravanne, de chansons et de poèmes, des grévistes de la faim et des manifestants, des dénonciateurs de corruption et de dictature, des bénévoles de l?éducation confessionnelle et spécialisée.

Beaucoup sont restés dans l?ombre, d?autres ont péri. Saluons le courage et les souffrances de tous ces Mauriciens qui ont obtenu de vrais titres de noblesse sur le terrain de combat. Ils ont participé a créer l?image de ce pays que nous fêtons.

Deuxièmement, il serait burlesque de fêter le jour de notre émancipation politique si en tant que nation nous ne jouissons pas encore d?émancipation par rapport à nos propres émotions. Le 12 mars se doit d?être un temps fort du sentiment national, un élan de solidarité envers nos compatriotes, sans mépris et avec respect. Notre attitude se doit d?être plus qu?une tolérance, un accueil de l?autre dans toute sa différence : tant pour le pauvre, que pour le riche, tant pour l?adepte d?une autre religion, que pour le compatriote d?une autre race, tant pour l?élève brillant de l?école prisée, que pour l?enfant à besoins spéciaux, tant pour le descendant d?esclave ou de coolie, que pour celui de l?esclavagiste et du colon.

Puisque nos ancêtres, quels qu?ils soient, ont forgé ce pays, nous l?avons tous en héritage. Le vrai nationalisme, c?est d?être respectueux de cet héritage. Portons donc un regard d?amour sur nos frères et s?urs mauriciens, afin de vivre heureux ensemble. Plus qu?un devoir, c?est une obligation pour la survie. Le nationalisme est un devoir d?acceptation du passé, afin de construire un avenir, afin d?envisager et rendre possible notre futur ensemble.

A ce titre, le nationalisme est aussi un devoir de respect envers notre patrimoine naturel, flore et faune. Une vraie fête nationale devrait célébrer aussi mer et terre, montagnes et rivières, oiseaux et poissons, fleurs et fruits.

Pour terminer, que notre nationalisme ne soit pas chauvin ! Etendons donc notre regard d?amour et de respect envers toute l?humanité et toute la planète.

A nous tous, ensemble. Vive la planète Terre. Vive l?île Maurice de demain.

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