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Quel bazar !
Il doit y avoir des dizaines de produits liquides fabriqués ou embouteillés à Maurice. Plus ? Le ministère du Commerce intérieur et l?Association des Consommateurs doivent en connaître le nombre exact.
Mais le nombre n?est pas mon propos. Certains de ces produits liquides sont vendus en contenants plastiques avec bouchon vissé. Si un bouchon se visse, c?est qu?on peut le dévisser. Cet emballage ne donne donc à l?acheteur aucune garantie qu?il paie pour un produit authentique, non dilué, conforme à sa composition et à son volume théoriques et aux normes appropriées. Entre le producteur et l?acheteur s?intercalent les magasiniers, les livreurs, le grossiste, le détaillant,les responsables d?étagères. Des intermédiaires qui peuvent être tentés par un bouchon qui se dévisse sans laisser de traces.
« Triche-moi sur le prix, ne me triche pas sur la qualité », c?est un adage, proposé ou en vigueur jadis. Mais les tricheurs n?ont que faire de cet appel. En passant, notons que les produits ainsi frelatés permettent de casser les prix et de mener une concurrence déloyale et de donner un exemple contagieux au sein même du commerce.
Les instances de contrôle de qualité et d?authenticité ne devraient-elles pas bannir ces méthodes d?embouteillage qui n?offrent aucune garantie à l?acheteur ? Nous vivons dans une société commerçante qui traîne une longue tradition de frelatage : le rhum (les alcools en général, où tricher rapporte plus) et le lait en bidon additionné d?eau et de farine font partie de cette tradition. Et rien n?est plus véniel que de remplacer une ampoule brûlée chez soi par une ampoule qui allume chez un autre. En un temps où la réforme économique enclenchée (qu?on approuve ici) va reposer sur les petites et moyennes entreprises, il est souhaitable qu?un ?il bien exercé surveille les petits et les gros malins. Sinon le consommateur, ayant déjà contribué, par l?intermédiaire du Trésor public, au lancement d?entreprises, risque de payer une deuxième fois pour un produit en rupture avec ses prétentions publicitaires. La savonnette qui ne mousse pas (surtout dans son dernier tiers), les bonbons à la menthe sans menthe et les allumettes sans soufre sont des exemples pas seulement hypothétiques.
Qui protège le consommateur ?
Le consommateur est berné par le moins autant que par le plus. N?avez-vous pas quelquefois acheté des pommes de terre avec terre ? Faites un calcul : si chaque pomme de terre achetée est salie par un gramme de terre, combien cela rapporte-t-il de plus au circuit producteur-distributeur par tonne de pommes de terre ? Tous les produits de la terre présentent ce moyen de tricher. Que faire quand les inspecteurs de bazar se cachent derrière leurs bureaux et que, de toute façon, ils sont au mieux avec les vendeurs ?
Est-ce beaucoup demander que les contrôleurs contrôlent et que les inspecteurs inspectent ?
Un changement de mentalité (?) est en cours pour ce qui est des produits d?exportation. Les normes imposées par la plupart des importateurs étrangers sont impitoyables. Dans le passé un producteur agricole a exporté, à la place du gingembre, des rhizomes de « longouzes ». Inutile d?ajouter que le marché d?exportation du gingembre ne s?en est pas remis. Le respect des normes est en train d?être imposé aux exportateurs de la manière forte : c?est ça ou rien. Un jour, bientôt peut-être, sera-t-il reconnu que la gageure de l?exportation ne doit pas se terminer en queue de poisson. D?une imposition par l?étranger, il faut espérer que la qualité deviendra une habitude nationale, une nouvelle mentalité. Mais tout se tient, la même rigueur devrait donc s?appliquer au commerce intérieur. On ne conçoit pas deux attitudes contraires se côtoyant sans se contaminer. Le consommateur mauricien a le droit, lui aussi, d?exiger la qualité ; de plus, il en a aussi le devoir, dans la mesure où la réputation est un ensemble, où les valeurs sont inculquées par l?environnement social. Alors, notre honnêteté « remplira notre ventre ». Le laxisme pratiqué par nos gouvernants devant des attitudes déraisonnables ? depuis les squatters jusqu?aux taxis marrons et les marchands ambulants ? est une menace qui pèse finalement sur toutes les entreprises mauriciennes, y compris l?Entreprise : celle de la réforme. Une réputation canaille menace surtout ceux que l?on dit vouloir protéger.
<B>Périscope</B>
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