Publicité

Que sera 1980 ?

3 janvier 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Englobant toutes les questions hantant les esprits à la fin de 1979, tous se demandent anxieusement ce que sera 1980. Maurice est à un tournant. Vers le meilleur ou le pire. Qu?en pensent les acteurs de l?époque ?

Maurice Paturau : Nous sommes au creux de la vague. Nous allons remonter à la surface. Il sera plus facile d?implanter de nouvelles industries tournées vers l?exportation. La production manufacturière dépassera bientôt son premier milliard de roupies. Les Mauriciens comprennent mieux, après la dévaluation, qu?il faut savoir faire des sacrifices, renoncer à des dépenses inutiles. On peut réduire les déficits des balances commerciales et de paiements. Une attention prioritaire doit être accordée à l?énergie.

Un banquier prévoit de plus fortes pressions sur les banques, provenant principalement des citadins. Ces derniers puiseront dans leurs épargnes pour compenser leurs pertes de revenus. En revanche, les planteurs sucriers pourront épargner plus facilement que par le passé, en raison de la dévaluation de la roupie.

Henri de Chazal de United Docks : la situation portuaire s?améliorera avec l?introduction du vrac. Les entrepôts libérés par le sucre pourront être loués à des commerçants pour l?entreposage de leurs marchandises.

Christian Couacaud, directeur de Rogers : 1980 ne pourra être pire que 1979. Notre niveau de vie s?abaissera mais nous ne serons pas moins heureux que pendant le boom sucrier. Une croissance du taux de chômage pourra favoriser l?agitation sociale et servir de levier à ceux aimant détruire ce que les autres construisent. La relance des secteurs productifs atténuera ce risque.

A. Rajarai, commissaire de police : la conjoncture économique favorise la croissance de la criminalité. L?agitation sociale dépend beaucoup de l?état d?esprit des politiciens et des syndicalistes. Comme d?habitude, la police sera prête à parer à toute éventualité.

Jacques Koenig, secrétaire de la Chambre d?agriculture : le point le plus positif sera l?entrée en opération, en 1980, du chargement du sucre en vrac. On compte aussi beaucoup sur le rétablissement de l?équilibre entre la production et la consommation sucrières mondiales. On ne pourra pas malheureusement corriger les pertes de notre industrie sucrière.

Philippe Boullé préfère parler de développement industriel plutôt que de zone franche. Le textile demeurera le principal créateur d?emplois en 1980. Il entrevoit d?intéressants développements agro-industriels. Il ne faut pas tant réduire nos importations qu?augmenter nos exportations.

Harry Davy, manager de Tuna Fishing and Canning Enterprises : la pêche est malade. La faillite est totale dans l?exploitation hauturière du poisson blanc. Les secteurs privé et public doivent s?entendre pour parvenir à une exploitation rationnelle de nos bancs de pêche. La FAO ne demande qu?à aider. Le pêcheur, convenablement rétribué, peut fournir la marchandise désirée.

S. Ramboro, docker : ?Je gagne en moyenne Rs 1 500 par mois et j?éprouve de la peine à nourrir ma famille. Comment vivrais-je, après le vrac, avec une pension de Rs 600 seulement. Lump sum pas éternel. Zénesse péna travail capave faire mauvais kitsose !?

Guy Lagesse : Action civique a déjà suggéré que 1980 soit l?Année du Renouveau. Elle proposera en janvier des idées concrètes pour que la population participe à ce renouveau. L?effort de conscientisation porte ses fruits. Les Mauriciens redeviennent conscients de la nécessité d?une discipline personnelle.

S.H. la magistrate Narayen (25 ans avant son ascension du Kilimandjaro) : Je crains que nous continuons à dériver. La faute en est à un système d?éducation dépourvu de formation civique. Ce n?est pas une situation qu?on peut corriger en un an seulement. L?éducation secondaire gratuite vient aggraver ce problème. Il deviendra plus difficile pour les jeunes de fonder un foyer, facteur stabilisateur. Le Mauricien apprendra à apprécier la vraie valeur du travail et de l?argent.

Noël Parboo, 30 ans d?expérience des banquets officiels : Attention ! le Mauricien peut tout accepter en silence et dire ?oui? mille fois de suite. Il peut tout aussi bien dire ?non? à n?importe quel moment et plus particulièrement quand la goutte déborde du vase. Un changement brusque n?est pas à écarter.

Publicité