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Que le plus vert gagne
Le jour tant attendu est arrivé. Aujourd?hui les électeurs américains décideront de celui qui sera l?homme le plus puissant du monde pendant les quatre prochaines années. Après huit ans d?un gouvernement Bush qui a brillé par son dédain absolu pour l?environnement, notamment en refusant de signer le protocole de Kyoto quelque mois après son arrivée au pouvoir et, plus récemment, en cherchant à ouvrir le refuge arctique en Alaska à l?exploitation pétrolière, les environnementalistes attendent avec impatience un changement de régime à la Maison-Blanche.
En tant que producteur d?un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les Etats-Unis ont un rôle clé à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Mais qui, du démocrate Barack Obama ou du républicain John McCain, sera le plus apte à mener ce combat, quitte à se mettre à dos les multinationales avides de profits ?
La réponse courte est : aucun des deux. La dépendance des Etats-Unis sur le pétrole a parfois été comparée à celle «d?un junkie sur l?héroïne». En atteste, l?invasion de l?Iraq en 2002. Même si la raison citée par les faucons néo-conservateurs était les armes de destruction massive, c?est un secret de polichinelle qu?ils avaient jeté leur dévolu sur ses réserves pétrolières.
De fait, il sera extrêmement difficile, pour ne pas dire dangereux, de défier les compagnies pétrolières et autres intérêts fermement implantés à Washington. Les lobbyistes sont devenus un mal systémique. Il sera quasi impossible de les déloger de l?appareil d?Etat. Les républicains semblent toutefois légèrement plus enclins à défendre les intérêts du big business que les démocrates.
Il faut aussi compter désormais avec la crise financière mondiale qui est venue s?immiscer dans les débats avec la subtilité d?un camionneur en rogne contre le prix des carburants. Les gouvernements des pays les plus puissants du monde se sont précipités pour secourir leurs institutions financières. S?ils pouvaient agir avec autant de célérité et de générosité pour s?attaquer aux problèmes écologiques, la planète serait en bien meilleure santé. Tel n?est cependant pas le cas.
D?aucuns ? des optimistes sans doute ? espèrent que la crise engendrera une sorte de New Deal écolo, à l?image du New Deal initié par le président Franklin Roosevelt à la suite du krach boursier de 1929 qui avait permis de relancer l?économie américaine grâce, en grande partie, à des projets de construction nationaux et à la création massive d?emplois.
Dans son manifeste électoral, Barack Obama promet d?investir $150 milliards dans des «technologies énergétiques avancées» au cours des dix prochaines années. Ainsi, il espère créer une «économie aux énergies propres» et des «emplois américains». Au premier coup d?oeil, ce chiffre peut impressionner mais il relève du dérisoire quand on considère que le gouvernement américain vient de débourser plus de $700 milliards pour tirer les banques du marasme dans lequel elles se sont elles-mêmes fourrées.
Il mérite toutefois d?être souligné que les deux candidats ont affiché des objectifs ambitieux en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Barack Obama s?est engagé à réduire les émissions de ces gaz de 80% d?ici 2050, ou «la quantité jugée nécessaire par les scientifiques», alors que son adversaire républicain veut de son côté les diminuer de 60% avant la même échéance. Les deux aspirants à la Maison-Blanche espèrent accomplir ces réductions grâce à un«market-based cap-and-trade system».
<B>Réconcilier l?Amérique avec le reste du monde</B>
Selon le manifeste de John McCain, ce système consiste à allouer un certain nombre de crédits aux entreprises. Ces crédits fixent la limite maximale en termes de la quantité de gaz à effet de serre qu?elles peuvent émettre. Si elles «dépensent» moins de crédits que ceux alloués, elles peuvent revendre la différence. «La poursuite des profits coordonnera les efforts des opérateurs du capital-risque, des planificateurs corporatifs, des entrepreneurs autour d?un objectif commun: réduire les émissions», explique le site web du républicain. Un tel système aboutira-t-il aux réductions escomptées ? Rien n?est moins sûr.
Deux facteurs majeurs séparent les deux candidats. John McCain place beaucoup d?espoir dans l?énergie nucléaire. Il compte bien «mettre son administration sur la bonne voie pour construire 45 nouvelles centrales nucléaires d?ici 2030». De son côté, Barack Obama ne fait aucune mention de l?énergie nucléaire dans son manifeste, préférant parler de l?efficacité énergétique et des énergies propres.
Deuxièmement, pour le candidat démocrate, l?environnement ne se limite pas à l?énergie. S?il est élu, il compte mettre en place une pléthore de mesures pour protéger la qualité de l?air et de l?eau, entre autres. Il a activement opposé l?ouverture du refuge arctique aux exploitations pétrolières. En matière d?environnement, John McCain semble se préoccuper uniquement du changement climatique.
Quoique décident les électeurs américains, la communauté internationale semble espérer une victoire du charismatique Barack Obama. Il ne fait aucun doute que le sénateur de l?Illinois possède les qualités requises pour réconcilier l?Amérique avec le reste du monde. La même chose ne peut être dite de John McCain. Une victoire du candidat républicain serait catastrophique sur tous les fronts.
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