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Quand une usine bafoue la loi du travail
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Quand une usine bafoue la loi du travail
On l?a archi-entendu : l?industrie textile souffre du désintérêt des jeunes et des moins jeunes. Alors que davantage d?effort devrait être consenti pour retenir ceux qui contribuent encore à sa survie, force est de constater que certaines usines textiles sous-traitantes bafouent ouvertement les droits humains et du travail les plus fondamentaux.
À Vallée-des-Prêtres, dans le bâtiment de la Mauritius Industrial Development Authority (Mida), trente et un hommes et femmes s?échinent pour produire des pull-overs destinés à l?exportation. Cela fait dix-huit mois que l?usine Al Haramein Ltd sous-traite pour l?entreprise Vieo de Goodlands spécialisée dans le textile haut de gamme.
<B>Une arrière-boutique comme dans le Tiers-Monde</B>
Rémunérés à Rs 500 la nuit et Rs 380 le jour, les salariés parviennent à nourrir leur famille. Mais à quel prix?
« Monn fer 15 ans dan lisine. Premie foi mo travail dan bann condition parey », résume un ouvrier. On se croirait dans une arrière-boutique comme on en voit dans les documentaires sur les pays du Tiers-Monde. Les toilettes des femmes, qui se trouvent près du mess, sont couvertes de crasse car elles n?ont jamais été nettoyées. L?odeur pestilentielle qui s?en dégage fait qu?on les fuit comme la peste et l?eau n?est courante que depuis quelques jours. Celles qui veulent manger préfèrent s?asseoir en plein air plutôt que de tenter le diable en s?asseyant sur les morceaux de polystyrène qui ont servi à l?emballage des équipements électroménagers.
Des fibres de coton pendent au plafond et le mess des employés est dépourvu de chaises. L?usine mériterait un bon coup de balai. Des pièces détachées traînent çà et là et des ordures s?amoncellent dans un coin. À l?entrée, un tas d?immondices attire les mouches. Tel est le quotidien de ces ouvriers qui affirment que leur environnement immédiat s?est dégradé depuis qu?ils réclament leur dû.
« Après un an, nous avons demandé au responsable de nous donner nos local et sick leaves. Aucun de nous n?a contribué au fonds de pension et lorsque nous lui avons demandé de faire le nécessaire, la situation a empiré », souligne un ouvrier. Les employés affirment aussi n?avoir obtenu que 80 % de leur bonus de fin d?année.
« La situation est pourrie depuis trois mois », soutient son collègue. « Le responsable s?en est lavé les mains. » La sécurité, raconte le technicien, a été reléguée au placard. « Un fil de 660 volts pendait près de la machine d?une ouvrière. Si je ne l?avais pas vu à temps, celle-ci serait sûrement morte électrocutée. » N?y tenant plus, les ouvriers se sont plaint au ministère du Travail, mais ont rapidement dû retirer leurs accusations. « Comme ils sont tous de condition modeste, certains ouvriers ne veulent pas froisser leur employeur et se retrouver à la rue. »
Vieo, le commanditaire, est mis au courant de la situation. Selon les ouvriers, elle promet d?y remédier. Mais las d?attendre, un des employés décide de faire quelques clichés de l?usine et d?alerter l?inspection du travail le 10 juin. Deux officiers de l?Occupational Health and Safety Division du ministère du Travail effectuent une visite le jour suivant (voir hors-texte). À en croire l?ouvrier dénonciateur, son initiative a été mal accueillie. Il est mis à la porte le 13 juin pour « gross misconduct » et « abusive language ». Affirmant que son renvoi est injustifié, il déposera plainte auprès du ministère du Travail. Les ouvriers affirment que le soir de son renvoi, « finn avoy dimunn pou netoyer ».
Ahmad Mohamedally, le responsable de l?usine, a été sollicité à deux reprises par l?express dimanche pour s?expliquer. Samedi dernier, il a déclaré très gentlemanly qu?il est « occupé » et qu?il est disposé à nous expliquer la situation, le 13. Contacté de nouveau, il a changé d?avis et nous dit qu?il ne souhaite pas faire de déclaration.
Chez Vieo, de Goodlands, on affirme ne pas être concerné par la manière dont les responsables de sous-traitance gèrent leur usine. « Il y a une dizaine de sous-traitants à travers l?île à qui nous fournissons des commandes. Ils sont autonomes et nous ne nous ingérons pas dans leurs affaires », affirme Shamad Choolun, un des responsables.
Notre article risque de mettre 31 employés sur le pavé, averti un autre responsable tout en soulignant que le directeur de l?usine, qui subit déjà d?énormes pressions, aurait l?intention de mettre la clé sous la porte?
<B>Quand le ministère du Travail sévit</B>
Al Haramein Ltd est dans la ligne de mire du ministère du Travail.
« En ce qui concerne les problèmes de santé et de sécurité au travail enregistré le 10 juin dernier, les officiers de l?Occupational Health and Safety Division ont effectué une inspection le même jour. Le ministère entame des poursuites en cour industrielle contre l?entreprise sur huit points concernant le non-respect des normes de sécurité et de santé », confirme les autorités.
En ce qui concerne le licenciement de l?employé en question, le ministère a convoqué l?employeur le 20 juin à 11 heures.
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